La nouvelle de son décès laisse sans voix. Une maladie découverte subitement a en effet eu raison de Géraldine Aliphon. Cette défenseuse acharnée de la cause des jeunes autistes, elle-même mère d’un enfant souffrant de ce trouble bouleversant pour la famille, avait mis un terme à sa carrière dans la force policière pour se consacrer à sa lutte pour les enfants autistes. En dépit d’un parcours semé d’embûches, la fondatrice d’Autisme Maurice n’avait eu de cesse de relever les défis avec force et détermination pour améliorer la condition de vie de ces enfants.

Il y a une dizaine d’années, mère d’un enfant autiste en bas âge, c’est non sans dépit que Géraldine Aliphon constate qu’il n’existe rien en termes de diagnostic ou de prise en charge pour de tels enfants. C’est alors qu’elle entreprend avec quelques parents d’accueillir des enfants dans un premier centre à Beau-Bassin. Quelque temps après, elle quitte la force policière pour s’y consacrer totalement. Elle ne tarde pas à entrer en contact avec Autisme Réunion, qui lui apporte son appui technique. L’équipe réunionnaise viendra ainsi former diverses instances, dont des écoles spécialisées.

Consciente de l’importance de la pose du diagnostic pour les autistes, ce handicap comportant des troubles très variés pouvant être confondus avec d’autres problèmes, Géraldine Aliphon parvient, en 2012, à mettre sur pied un Centre d’évaluation et de diagnostic de l’autisme à Maurice (CEDAM). Consciente aussi que la complexité de l’autisme requiert une formation pour la prise en charge, elle ne cessera de capitaliser sur la formation. Quatre ans après, alors que plus d’une centaine de personnes sont sur la liste d’attente depuis un an pour la pose d’un diagnostic, le CEDAM est contraint, à son grand dam, de fermer ses portes, faute de finances. Grâce au soutien de Ciel Nouveau Regard, toutefois, le centre a pu rouvrir. D’autres partenaires, touchés par la cause, s’y associent. L’hôpital Wellkin met à la disposition du centre deux salles de consultations, permettant un cadre hospitalier plus approprié pour la pose de diagnostic.

Malgré ces progrès, Géraldine Aliphon, vraie professionnelle déterminée, avait le sentiment qu’il restait beaucoup encore à faire au niveau des services pour les personnes souffrant de maladies mentales à Maurice. Toujours prête à répondre aux questions des journalistes, même quand il lui arrivait de se trouver dans l’autobus, elle n’avait qu’un but : faire avancer la cause pour laquelle elle luttait. Sans s’apitoyer sur son sort, il lui arrivait de citer en exemple ses difficultés en tant que mère d’un fils autiste pour mieux faire comprendre les défis des parents. Elle était loin d’avoir fini de batailler pour les jeunes autistes. Mais la vie en a décidé autrement. Nous ne pouvons qu’espérer qu’Autisme Maurice trouve une présidente aussi déterminée pour le bien-être de ceux qui souffrent de ce trouble.