Fin de quarantaine depuis vendredi soir pour Neetesh Sewpal, recteur et manager du Curepipe College. De retour chez lui, il nous a accordé un entretien où il revient sur les moments difficiles que traverse son établissement, où plusieurs cas positifs à la Covid-19 ont été identifiés.

Qu’est-ce qui a été, pour vous, le plus difficile à gérer lorsque vous étiez en quarantaine?

Ma première inquiétude était mes élèves. La première chose que j’avais en tête, c’était eux et les épreuves auxquelles ils devaient prendre part. Quand on considère la particularité de l’année académique de 2020/2021, tout le travail assidu qu’ils ont abattu et le fait qu’ils étaient arrivés pratiquement à la dernière ligne droite, pour moi, à ce moment-là, le plus important c’était eux. Au Curepipe College, ils sont chez eux, ils ont leurs repères… S’adapter dans un autre environnement en période d’examen ne sera pas évident pour eux. Le personnel sera différent. Cela peut jouer sur la psychologie des élèves et aussi celle de leurs parents.

Sinon, je n’ai cessé de travailler pendant cette quarantaine. D’ailleurs, durant les premiers six jours avec mon épouse Chandanee, qui est aussi assistante-rectrice du collège, nous étions scotchés à notre bureau. Il y avait des affaires courantes et administratives à poursuivre, comme le Registration of School, faire la demande de grant… Vous savez, dès qu’il y a eu l’annonce du confinement, avec mon épouse et un membre du personnel, nous nous sommes rendus au collège pour récupérer des ordinateurs et des dossiers, que nous sommes allés déposer aux quatre coins du pays; de Rivière-du-Rempart à Saint-Aubin, chez notre personnel. Je suis rentré chez moi à 3h. Et aussitôt que le directeur de la Private Secondary Education Authority m’a informé qu’un élève du collège avait été testé positif, j’ai travaillé en étroite collaboration avec le département de la santé de l’Education et le ministère de la Santé.

Toutes ces dispositions que j’avais prises m’ont permis de travailler facilement pendant la quarantaine, comme-ci j’étais à mon bureau. Dès que les autorités avaient besoin de données sur les élèves ou leurs parents, j’avais tout à portée de main. En deux jours, tous les élèves concernés par la contamination étaient en quarantaine. Avec les responsables de département, nous avons créé un groupe WhatsApp pour communiquer et travailler.

Vous aviez dit dans vos différentes déclarations que le ministère de l’Éducation n’a, à aucun moment, communiqué avec vous. Vous semblez plutôt amer

Évidemment! J’ai toujours été à leur disposition lorsqu’ils m’ont contacté. Au troisième jour de ma quarantaine, j’ai écrit au ministère de l’Éducation pour dire qu’il fallait décontaminer le collège. Je leur ai également demandé quelles dispositions prendre pour les élèves qui prendront part aux examens de NCE et de Cambridge. Eux ne connaissent pas mes élèves aussi bien que moi! Il y a des cas particuliers qui méritent une attention.

J’ai aussi écrit un long courrier au Premier ministre, au secrétaire permanent de l’Éducation, à la ministre de l’Éducation. On aurait pu avoir, entre-temps, décontaminé le collège. On avait amplement le temps de le faire avant la tenue des examens. Ce qui aurait permis aux étudiants de participer aux épreuves au collège même. Après tout, le Curepipe College n’est pas le seul établissement à avoir eu des contaminations. Sauf que les collèges de la zone rouge ont été décontaminés! Alors que, dans notre cas, on n’a pas daigné nous consulter.

Je n’ai même pas reçu un appel de la ministre de l’Éducation, qui me connaît pourtant très bien, non seulement en tant que recteur et manager du Curepipe College, mais aussi comme président de la Managers of Private Secondary Schools Union, et que je rencontre souvent dans le cadre de mes fonctions. L’absence de considération du ministère de l’Éducation à notre égard m’attriste.

Comment allez-vous rétablir la confiance des parents d’élèves et de vos étudiants eux-mêmes pour un retour, sans craindre une sorte de stigmatisation?

J’ai pensé à tout cela. Je suis convaincu que le collège ne peut être stigmatisé. Dès lundi prochain, une équipe de décontamination de la Santé sera à l’école. Nous avons aussi un grand nettoyage à effectuer, pour lequel nous avons fait appel à des professionnels. Dans une semaine, le personnel devrait disposer de son Work Access Permit. Lorsque nous aurons terminé avec tout ceci, nous allons émettre un communiqué afin d’annoncer la réouverture du collège.

Je ne suis pas inquiet quant à la confiance; les parents croient en nous. Ils ont été d’un grand soutien pour mon épouse et moi-même pendant notre quarantaine. Ils nous ont textés. Ils ont apprécié la transparence exprimée dans mes communications avec les médias. Je n’avais rien à cacher. Il est inutile de dissimuler les informations : tout finit par se savoir!

Le collège fêtera ses 60 ans en janvier 2022. Il a une bonne réputation et nous avons la confiance des parents d’élèves.

Renforcerez-vous davantage les mesures sanitaires ?

Je ne peux être plus vigilant que je ne le suis déjà. Néanmoins, il est possible que j’exigerais le port du masque de manière quasi systématique. En 2020, le ministère de l’Éducation avait préconisé la reprise des écoles en différentes phases. Nous avons participé activement à la préparation de cette mesure avant qu’on nous annonce de tout laisser tomber. Faudrait-il envisager la réouverture des écoles par phase? C’est une question à laquelle nous pouvons revenir en mai prochain.

A ce jour, comment se portent vos élèves et le personnel qui ont été contaminés?

Ils vont tous bien. Seize élèves, dont 14 de la même classe, ont été testés positifs à la Covid-19. L’un d’eux pourra même prendre part aux examens de SC. J’ai pu garder contact avec tous. Mercredi dernier, un membre du personnel non-enseignant a été testé positif. Selon lui, il n’aurait pas été contaminé au collège, mais du Cluster de Forest-Side.

Vous êtes en isolation. Comment reprenez-vous le travail dans ces conditions?

Je serai autorisé à me rendre au collège lundi pour l’exercice de décontamination. Je ne serai en contact qu’avec des officiers de la Santé, et ce, en gardant de la distance. Ensuite, je considérerai de près la question de promotion automatique que la ministre a annoncée et qui, à mon sens, n’était pas une priorité en matière de décision. Elle pouvait attendre et être prise après consultation avec les partenaires de l’éducation. La priorité reste les examens de NCE, du SC et du HSC.

Avez-vous un message particulier à transmettre?

J’ai été touché par le soutien de mes confrères, Bashir Taleb, du syndicat des managers du privé, Munsoo Korrimboccus, de l’UPSEE, de Vikash Ramdonee, secrétaire de la United Deputy Rectors & Rectors Union, et de Preetam Mohitram, de l’union des recteurs, qui m’ont contacté et demandé comment ils pouvaient m’aider. Je les remercie, ainsi que tous ceux – dont les parents d’élèves – qui m’ont témoigné, ainsi qu’à mon épouse, leurs encouragements pendant cette période difficile.