La nouvelle Cour suprême est fonctionnelle depuis septembre. Ce bâtiment moderne, doté de nouvelles technologies, a certes apporté un nouveau souffle au judiciaire, mais un mois après sa mise en service, les usagers de cet immeuble hi-tech, principalement les membres du Barreau, notent avec déception que plusieurs aspects de ce bâtiment, qui devaient faciliter les procédures en justice, ne correspondent pas à leurs besoins. Mauvaise gestion des espaces, longues queues quotidiennes devant la Family Court ou encore trop d’accent sur le seul confort des juges sont quelques-uns des manquements décriés.

Ce nouveau bâtiment, qui est doté de nouvelles technologies, a été conçu pour donner un nouveau souffle à l’une des institutions des plus importantes du pays, devant en effet permettre une meilleure administration de la justice. Luxueuse, moderne, imposante et dotée de technologies nouvelles, la nouvelle Cour Suprême est certes un jalon important du judiciaire, mais à peine un mois après sa mise en opération, le public, les membres du Barreau de même que des Court Officers ne cachent pas leur déception. L’impression générale est que le bâtiment a été conçu de façon à donner priorité au confort des juges, aux dépens des autres usagers.

Comme annoncé lors de la présentation de la maquette du nouveau bâtiment, chaque juge a désormais sa propre salle d’audience attachée à son bureau. Le bureau en lui-même ressemble à un studio aménagé avec une kitchenette, un coin salon et une salle de bains. Tout cela occupe évidemment un immense espace. D’autant que la nouvelle Cour suprême est dotée de 24 salles d’audience, pour les 24 juges. C’est donc 24 bureaux similaires à des appartements dédiés aux juges que l’on trouve dans le bâtiment.

Le corps légal ainsi que des Court Officers estiment que l’espace général a mal été géré en misant sur un trop grand confort des juges, alors que les Court Officers, eux, se retrouvent entassés dans un seul espace. Sans compter que plusieurs départements qui opéraient séparément, tels que le Registry, se retrouvent aujourd’hui dans le même bureau que d’autres départements de la Cour suprême. Les 30 huissiers, quant à eux, sont d’avis qu’ils sont une fois de plus les « délaissés du judiciaire », car ils occupent toujours leurs anciens bureaux, à l’ancienne cour, le nouveau complexe n’ayant en effet pas suffisamment de place pour les accommoder.

Inaccessible

Autre problème : la question de l’accessibilité à des personnes clés pour le bon déroulement des procédures. Un juge dispose ainsi de deux secrétaires : le “confidential secretary”, qui est attaché à son bureau, et un autre secrétaire, qui fait la communication avec le Barreau pour tout ce qui a trait aux procès. Ce dernier était auparavant dans un bureau indépendant, où les membres du Barreau avaient accès. Mais avec la structure du nouveau bureau des juges, les deux secrétaires se retrouvent dans le même bureau que les juges, rendant ainsi l’accès impossible.

« Nous ne pouvons plus rencontrer le secrétaire pour les ordres de la cour ou encore des démarches par rapport à nos affaires. Comment la justice va-t-elle fonctionner ? Cela ne facilite vraiment pas les procédures. Au contraire, c’est plus compliqué ! » soulignent des avoués. Ces derniers regrettent dans le même souffle les queues quotidiennes interminables devant la Family Court, car une seule personne reçoit les plaideurs, alors que ces derniers n’ont même pas un espace privé pour les affaires de divorce ou de garde d’enfants. « Ceux qui sont venus signer leur divorce n’ont même pas un endroit pour le faire. Dans un bâtiment aussi moderne que la nouvelle Cour suprême, cette opération se fait sur le dos de quelqu’un ou contre un mur », déplorent des membres du public.
Par ailleurs, le lundi matin, c’est un véritable parcours du combattant pour les avoués et plaideurs, qui doivent se rendre dans la cour du chef juge pour le “formal matters”. Or, cet exercice se déroule au 10e étage, où se trouve le bureau du chef juge. « Cent personnes doivent prendre l’ascenseur pour aller voir une seule personne. Cela fait perdre énormément de temps, car il n’y a que trois ascenseurs, qui ne sont même pas synchronisés. Cela aurait été plus pratique que le chef juge descende dans une cour au rez-de-chaussée », indique-t-on.

Les membres du Barreau avaient fait part de certaines suggestions lors de la conception de la maquette du bâtiment afin que la nouvelle cour puisse prendre en compte les lacunes de l’ancienne. L’on note cependant avec grande déception que ce bâtiment, plutôt perçu comme une « extravagance », ne fait que le bonheur de certains. Même les membres du public qui, initialement, devaient être placés au centre de ce grand projet, ont été laissés pour compte. Les officiers de la cour, qui aspiraient, eux, à des meilleures conditions de travail, ont également été pris au dépourvu.