Chaque année, le mois d’octobre s’habille de rose, symbole de la lutte contre le cancer du sein. Le cancer est un mot qui fait peur, qui effraie, mais ce sont surtout des êtres, voire des familles entières qui mènent le combat contre la maladie à l’issue incertaine. Les patients doivent endurer un traitement souvent lourd et mutilant. C’est le parcours plein de courage que vivent de nombreuses personnes, dont celles avec un cancer du sein. A l’occasion de la manifestation mondiale Octobre rose, dédiée à la sensibilisation pour le dépistage du cancer du sein, Week-End vous propose, chaque semaine de ce mois, le témoignage de malades qui racontent leur combat contre leur cancer. Combat qui a bouleversé à jamais leur vie. Ce dimanche, c’est Sophie qui se livre.

« Je suis Sophie. Je suis mariée et j’ai deux garçons de 18 et 20 ans. On m’a diagnostiqué un cancer du sein il y a quatre ans maintenant. Je dois dire que cette nouvelle était comme un coup de massue sur ma tête quand le médecin nous l’a annoncé. A cet instant, je me suis littéralement vue accrochée à un fil qui pouvait se casser à n’importe quel moment. Les premières choses qui me sont venues à l’esprit étaient: Est-ce que je vais voir mes enfants grandir ? Est-ce que je serai là dans six mois, dans un an ? Parce que, il ne faut pas se voiler la face, pour beaucoup d’entre nous Cancer = Mort. J’avais mille et une questions qui se bousculaient dans ma tête avec la peur de mourir et de ne plus voir ma famille, mon mari et surtout mes enfants. Des moments horribles et difficiles à gérer.
Voilà mon histoire. En août-septembre 2016, en prenant ma douche, j’ai senti une grosseur à mon sein gauche. J’avais le pressentiment que ce n’était pas bon… Faut dire que j’étais sujette aux mastites (kystes causés par des seins denses) et ces mastites font mal. Mais là, je n’avais aucune douleur. Cela ne m’a pas pour autant fait me précipiter chez le médecin ou partager cette crainte à mon entourage. Je n’ai rien dit à mon mari, ni à ma sœur, ni à mes amies et ni à mon médecin traitant. En octobre, ressentant une douleur, je vais voir mon gynécologue, pensant que, puisque ça fait mal, donc ce n’est pas grave finalement. Le gynécologue me prescrit une mammographie, mais je perds la prescription. Ça m’arrangeait bien et, du coup, l’année passe sans que je prenne rendez-vous pour la mammographie. Finalement, en mars 2017, je me décide. Je n’étais pas rassurée du tout, même si, dans le passé, j’avais déjà effectué des mammographies. Cette fois-ci, c’était comme-ci que je savais déjà que les nouvelles ne seraient pas réjouissantes. Je demande à une copine de m’accompagner parce que j’ai peur. Après l’exercice, le radiologue me fait entrer dans son bureau et me dit de m’asseoir. Avec un manque de tact, il me parle déjà de « lumpectomie » et ajoute, dans la foulée, qu’il a téléphoné à mon gynécologue et que celui-ci me conseille d’aller voir immédiatement l’un des meilleurs chirurgiens à Maurice.
« C’est ce qu’on ne veut pas
entendre: Je suis désolé »
Je décide effectivement de faire enlever la grosseur la semaine suivante. Nous obtenons les résultats après une semaine et là… bouleversement total dans ma vie, dans nos vies. A mon mari qui m’accompagnait et moi, le chirurgien dit : « C’est ce qu’on ne veut pas entendre: Je suis désolé. » Même si j’en avais le pressentiment, même si j’y avais pensé, la nouvelle est une onde de choc. J’ai été complètement écrasée et, pendant deux jours, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Apres deux jours, mes amies devaient venir prendre un café à la maison. Ce matin-là, je me suis dit : « Tu as le choix: soit tu continues de pleurer ou soit tu te lèves, tu te secoues et tu vas faire ce que tu as à faire. » J’ai choisi la seconde option.
Ensuite, tout s’est enchaîné très vite. La décision de faire une mastectomie était toute réfléchie. Je voulais même faire une double mastectomie, mais le médecin n’a pas voulu. Je dois dire que je n’ai jamais eu peur quand j’attendais dans le couloir avant d’entrer dans la salle d’opération. J’étais en paix et bien accompagnée par des cancer survivors. Mon mari et moi sommes, par la suite, partis à Johannesbourg pour un deuxième avis. Mon premier achat là-bas a été une perruque. J’avais une frayeur de faire la chimio et de perdre mes cheveux. La professeure qui m’a vue à Johannesbourg nous a proposé de faire envoyer mon prélèvement en Amérique pour faire des tests supplémentaires, afin de savoir si je pouvais éviter la chimiothérapie et la radiothérapie. Là aussi, on s’est retrouvé face à un mur en rentrant à Maurice. L’oncologue qui me suivait nous a dit qu’il était désolé de ne pouvoir nous aider parce qu’il ne faisait, lui, que les chimios et qu’il nous fallait voir un pathologiste. Aucun nom. Rien. Je me revois sortant de son cabinet en larmes et en me disant que je ferai la chimio. Mais mon mari s’est battu pour avoir un pathologiste et signer toutes sortes de documents, afin de faire le nécessaire pour envoyer ce prélèvement en Amérique.
Mon premier achat: une
perruque
Je me suis battue tous les jours depuis ce jour. Et je n’étais surtout pas seule. J’ai eu mon mari qui a toujours été à mes côtés et m’a soutenue dans toutes mes décisions et à chaque étape de cette maladie. Je dois dire que ça n’a pas été simple et fluide durant ces quatre dernières années. J’ai subi plusieurs opérations de reconstructions avec des problèmes post-opératoires. La première année a été la plus dure de toutes. Pour moi, une femme sans un sein est aussi estropiée que quelqu’un sans bras ou jambe. Tous les soirs, quand j’enlevais mon soutien-gorge, la réalité me rattrapait et me frappait en plein visage. C’était difficile à gérer.
Les soins qui ont suivi n’étaient pas faciles. La reconstruction s’est faite en plusieurs étapes : une première intervention un an après la mastectomie pour mettre un ballon en silicone qu’il fallait faire « gonfler » avec du sérum physiologique « pour avoir la peau » comme on dit. Ensuite, il m’a fallu faire des injections de ce sérum toutes les 6 semaines pendant 6 mois. Une fois le sein arrivé à la taille voulue, j’ai refait une intervention pour enlever ce « ballon » et le remplacer par un implant mammaire. J’en ai profité pour faire enlever le sein sain par une mastectomie et mettre un implant aussi. Aujourd’hui, je me sens une femme complète.
Je ne dis pas « mon » cancer… Je ne veux pas de lui
J’ai eu beaucoup de chance, vu que je n’ai eu que l’hormonothérapie comme traitement. Différente de la chimiothérapie et de la radiothérapie, mais lourde quand même, surtout avec les effets secondaires. Au début, pendant quelques mois, j’ai eu beaucoup de douleurs, aux articulations surtout. Par la suite, j’ai pris sur moi et je me suis prise en mains. J’ai décidé de me maquiller et de porter du parfum tous les jours – que ce soit en jour de semaine ou en week-end, que je sorte ou reste à la maison, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau. C’est mon incentive pour être bien avec moi-même. J’ai cherché des professionnels pour m’aider à gérer chaque moment difficile. J’essaye d’être positive au maximum. Je fais pas mal de travail sur moi : d’abord, je ne dis pas « mon » cancer. C’est pas à moi et je ne veux pas de lui. Donc, je dis « le » cancer. Et je reprends les gens afin d’attirer leur attention sur ce petit mot qui peut faire la différence. Pas trop évident par moments. Et puis, il y a d’autres mots que j’essaie de ne pas dire, comme en ce moment, j’ai beaucoup de douleurs au niveau des bras, sous-bras (armpits) et, des fois, au sein reconstruit. J’essaye de ne pas dire « douleur », « je n’ai pas mal » mais plutôt « je suis bien ». Depuis 3 mois, j’ai développé une douleur chronique au niveau de mon bras gauche et ça joue un peu sur mon moral. Je fais des drainages lymphatiques régulièrement et ça m’aide beaucoup. Je porte aussi un bas de contention au bras pour aider le drainage lymphatique au quotidien. Malgré les petits soucis, j’avance petit à petit, à mon rythme. Des fois, plus facilement que d’autres. Mais surtout, je ne suis pas seule, et ça c’est très important de le réaliser.
Cela fait quatre ans que j’ai découvert un cancer. Mon combat n’a pas été facile, mais la peur du premier jour «Cancer = Mort » ce n’est pas véritablement ça et après ces quatre années, grâce à moi-même et au soutien de mes proches, je suis encore là. Bien sûr que j’ai des hauts et des bas comme tout le monde. J’aime dire « Tout le monde a des mauvais jours et on n’a pas besoin d’avoir le cancer pour passer une mauvaise journée. » J’ajouterai que je suis toujours là à lutter et que je ne baisserai pas les bras. Je peux dire aussi que mon motto aujourd’hui est que « je suis la personne la plus importante pour moi et je m’aime. »
Je souhaite ajouter un message à toutes les femmes ayant un cancer : Vous n’êtes pas seules. Il y a toujours une solution et des gens sur notre route pour nous aider, même dans nos moments les plus sombres. Ne baissez surtout pas les bras. »