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Octobre Rose – Stéphanie : « Ce qu’il reste de moi n’est pas ce que j’étais »

En ce mois d’octobre, consacré à la sensibilisation et la lutte contre le cancer du sein, Week-End publie le témoignage de Stéphanie, une jeune femme qui mène un combat depuis trois ans. Non seulement contre la maladie et les effets secondaires du traitement, mais aussi dans sa vie de tous les jours. Une vie bouleversée à jamais. Voici son histoire.

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Je suis Stéphanie et j’ai 45 ans. Très active, j’ai toujours, en sus de mon travail, fait plusieurs choses. J’adore aller à la plage, mais aujourd’hui, j’y vais très rarement. Non pas que je ne veuille plus continuer mes activités d’autrefois, mais je n’y arrive plus. Je n’ai plus autant d’énergie, plus la même force, plus le même dynamisme… Cela, depuis 2018, année où on a découvert que j’avais un cancer du sein.

Un matin que je prenais ma douche, j’ai constaté une petite grosseur dans mon sein droit. Je me suis dit « Tiens, qu’est-ce que ça fait là ? C’est quoi ? » Je n’ai jamais eu aucun signe qui aurait pu me faire douter qu’il y avait quelque chose. Pas de peau d’orange, pas de changement du mamelon… Rien de tous ces symptômes décrits sur internet qui alertent sur le cancer. J’en ai parlé à une amie qui m’a conseillé d’aller voir un médecin pour être fixée au plus vite. Sans aucune appréhension, je suis allée voir un généraliste. Après un exercice de palpation de mes seins, il me dit qu’il faut un examen approfondi pour savoir ce que c’est exactement. Cela pouvait être une boule de graisse, comme cela pouvait être autre chose.

Dans ma tête, même si je pensais que cela pouvait être un cancer, je n’ai pas tiré de conclusion. Quelques jours plus tard, après avoir pris rendez-vous, sans rien dire à personne, je suis allée faire une mammographie et une échographie. Durant l’examen, à la petite moue qui se dessine sur le visage du radiologue, je m’attends qu’il me dise qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Et effectivement, après son examen, le radiologue me donne une liste de chirurgiens qui enlèveront cette grosseur qui, dit-il, « ne me semble pas correcte ». À cet instant, pour moi, c’est presque évident. Pourtant, je ne mets pas de nom ni de mot sur cette grosseur. Je me dis « Nous sommes en 2018, ce qui m’arrive n’est pas une fatalité. On va enlever cette grosseur et on va avancer. » Je n’ai pas ressenti le besoin de pleurer.

« Ce qu’il voit
n’est pas joli »

Ma liste de chirurgiens en main, j’appelle mes parents et leur dit qu’il me faut voir un chirurgien et qu’il faudra enlever cette grosseur que j’ai. Mes parents restent très calmes et disent, comme d’habitude : « On va faire ce qu’il faut comme il faut. » J’obtiens très vite un rendez-vous avec un chirurgien. Il a été génial. Il a pris du temps avec nous et nous a expliqué qu’il y a une suspicion que la grosseur soit « maligne » et qu’il était nécessaire de faire une biopsie. Il m’explique ce qu’est la biopsie et qu’il nous faudra procéder pas à pas. D’ailleurs, me dit-il, si c’est qu’une boule de graisse, il fera une lumpectomie et cela ne prendra qu’une marge très fine de mon sein. Si c’est plus sérieux, il faudra alors prendre une marge plus large pour être sûr de prendre toutes les cellules nécessaires pour les analyses. Il me conseille d’enlever cette grosseur au plus vite.

Le lendemain étant mon anniversaire, je décide d’attendre deux jours pour me faire opérer. Au bureau, que je préviens, on me dit de prendre mon temps et de faire ce qu’il faut pour que je sois « bien ». D’autres proches sont mis au courant, mais personne ne baisse les bras. Dans ma famille, nous sommes ainsi : « S’il y a un souci, on se dit qu’on ne va pas se laisser abattre, on se met debout et on gère. » Et j’avance. Du coup, l’attente des résultats n’a pas été si pénible. Je me disais que s’il y a quelque chose qui ne va pas, ce n’est pas une fatalité. D’ailleurs, mes parents m’ont toujours dit que j’étais forte et que je surmonterais l’épreuve.

Quelques jours plus tard, lorsque le médecin m’appelle, il me dit tout de suite : Stéphanie, j’ai une bonne nouvelle pour toi : Il n’y a rien ! Je l’écoute, mais je ne sais pas si je dois être soulagée ou je dois être sur mes gardes, car tout de suite après, il me dit qu’il me faudra tout de même procéder à une opération pour enlever la masse dans mon sein. Je n’ai pas envie de me réjouir trop vite, car j’ai en moi ce drôle de feeling qu’il y a quelque chose. Du coup, très vite, on procède à l’opération. Une petite opération, à ce que dit le chirurgien. Mais alors qu’il est en plein travail, le médecin s’arrête car, dit-il, « ce qu’il voit n’est pas joli. » Il préfère prendre le consentement de mes parents avant de continuer. Il leur explique qu’il pense que c’est un cancer et leur demande s’ils veulent qu’il « fouille » davantage ou s’ils préfèrent attendre et on verra s’il faut réopérer plus tard. Mes parents choisissent d’attendre. À mon réveil, le médecin me brosse un tableau de ce qu’il en est. Je suis choquée, mais je n’ai pas peur. « C’est comme si je savais déjà. Depuis quelque temps, j’étais terriblement fatiguée… Je me dis voilà, on y est. »

Pendant ma convalescence, je préfère garder mon indépendance. Certes, ma mère et les autres venaient m’aider, mais je voulais à tout prix garder mon autonomie et rester chez moi. C’était important pour moi, car même si les douleurs postopératoires étaient dures, j’avais besoin de tout faire pour me retrouver. Lorsque les résultats d’analyse tombent, le chirurgien me recommande un oncologue. Au final, j’en ai vu trois. D’abord, parce qu’avec le premier, j’avais l’impression qu’on ne se comprenait pas. Et ensuite, parce que lui me disait qu’il fallait que je fasse une chimiothérapie et lorsque j’ai pris un autre avis, le second oncologue m’a dit qu’il n’y avait pas de chimio à faire.

Trois oncologues

J’ai donc sollicité un troisième avis et, là encore, l’oncologue m’a dit pas de chimio, mais une radiothérapie. J’ai essayé de peser le pour et le contre, même si je ne savais pas grand-chose. Et puis un jour, je me suis décidée, puisqu’il n’y avait pas ce service dans le privé, je me suis rendue à l’hôpital pour bénéficier des services de radiothérapie.

L’hôpital me donne d’abord un traitement complémentaire à la radiothérapie, l’hormonothérapie. Un petit comprimé à prendre chaque jour pour cinq ans. Avec les trois premières prises, cela a été l’horreur ! Je n’ai jamais autant souffert de toute ma vie. Même pas avec mon opération. C’était vraiment l’enfer ! Le soir, je sentais comme si mes os se cassaient tellement j’avais mal. J’ai perdu le sommeil. Je ne pouvais plus marcher ni tenir un verre dans la main. J’avais l’air en forme, mais à l’intérieur de mon corps c’était autre chose. N’empêche, j’ai pris sur moi. Il fallait faire le traitement, donc, je l’ai fait.

Après quelques rendez.-vous, les médecins de l’hôpital m’annoncent un jour que mon cas est complexe, que je suis une candidate pour l’Inde et que je dois partir dans les quatre jours qui arrivent. Je n’ai pas le temps de réfléchir. D’autant que si je retarde mon départ, je devrais passer le nouvel an à l’hôpital en Inde. Commence alors une course contre la montre. Malgré ma fatigue et mes douleurs postopératoires, je vais de bureau en bureau à Port-Louis pour obtenir les documents nécessaires à mon départ. Heureusement que ma mère m’accompagne. Elle est également à mon chevet en Inde.

Là-bas, les soignants ont été juste formidables. Le personnel hospitalier est tellement accueillant que ça m’a vite mise en confiance. Et surtout, il y avait une réelle prise en charge avec des vérifications à chaque séance de radiothérapie. Les médecins s’assuraient quotidiennement que je n’avais pas de brûlure. Je ne peux pas me plaindre du professionnalisme avec lequel j’ai été prise en charge. D’ailleurs, la radiothérapie en elle-même n’est pas douloureuse. Ça dure quelques minutes. Et j’ai appris à faire ce qu’il fallait pour que ma peau ne reste pas sèche après les séances. Je n’ai pas vraiment eu d’effets secondaires, si ce n’est les quatre derniers jours où j’ai ressenti une extrême fatigue. Mais je dois dire que je n’ai pas vu le temps passer durant mon séjour à l’hôpital.

C’est là que tout commençait

Dès le début de janvier, une fois de retour à Maurice, je reprends mon travail. Ça m’a manqué. Il me fallait reprendre mes activités comme avant. Ti krwar kapav al kas montagn. Pour moi, j’avais eu mon opération, j’avais fait mon traitement et j’en avais fini avec le cancer.  Malheureusement c’est là que tout commençait. Très vite, je réalise que je ne suis plus la même. Ce que je mettais sur le compte de l’opération, les douleurs, les picotements, le grattage, etc., ce n’était rien comparé à ce qui allait m’arriver. En ce mois de janvier 2019, après mon retour, je me sentais souvent fatiguée. Et un jour où j’étais allongée, d’un coup, j’ai eu la sensation que quelqu’un était assis sur mon estomac et qu’il s’appuyait de plus en plus sur moi. Je sentais mes poumons oppressés. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. C’était la panique totale parce que je m’arrivais pas à respirer ! Ça a duré quelques minutes.

Sur le coup, je me suis dit que j’ai dû prendre froid et que j’ai une mauvaise grippe qui a contaminé mes poumons. Mais au fil des jours, ce même malaise s’est répété plusieurs fois. Et je toussais tout le temps. Si bien que je ne pouvais plus aller travailler. J’ai été voir plusieurs médecins, j’ai pris je ne sais combien de sirops, de sprays… On pensait que j’étais devenue asthmatique. C’était un vrai calvaire ! Cela a duré trois mois. En mars, ces symptômes ont disparu mais, entre-temps, j’avais démissionné de mon poste.

Aujourd’hui, trois ans après la découverte du cancer, je suis en rémission. Mais je ne suis plus la même. Je suis souvent très fatiguée. J’ai aussi le bras qui gonfle et qui me fait mal de temps à autre. Des fois, c’est une léthargie qui me prend. J’ai perdu le sommeil. C’est tout cela, la maladie. Et c’est difficile de vivre avec. Oui, j’ai fini ma radiothérapie et pendant quelques années encore, je dois prendre ce fameux comprimé qui devrait éloigner les risques de récidive du cancer. Mais avec, il y a des effets sur mon corps, sur ma vie. Et ça joue sur mon mental. Car ce qu’il reste de moi n’est pas ce que j’étais. Et cela, bien des gens dans mon entourage ne comprennent pas parce que je ne projette pas cette image des gens malades physiquement. Et je suis sujette souvent à des réflexions du genre : « Tu as l’air bien. Tu n’as pas perdu tes cheveux. Tu es sûre que tu as eu un cancer ? » Du coup, je me renferme.

J’ai fait ce qu’il fallait pour m’en sortir et je suis reconnaissante à tous ceux qui ont été à mes côtés pour me soutenir dans cette lutte. Aujourd’hui, je suis en rémission, mais cette étape n’est pas facile à vivre. S’il m’arrive d’avoir des crises de panique, je reste forte parce que je suis de nature positive. Le cancer, je le combats. Jour et nuit. Depuis 2018.

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