“Ceux qui m’accusent de trahir en adhérant au MSM sont, pour la  plupart, des partisans de l’alliance de l’opposition”.

J’avais le choix de rejoindre un des partis du mainstream, d’adhérer à un petit parti ou de créer mon propre parti. J’ai finalement choisi de rejoindre le MSM. D’ailleurs, durant la dernière campagne électorale de 2019, j’avais évoqué la possibilité que je me joigne à un parti existant d’ici aux prochaines législatives. Ceux qui me reprochent de trahir la cause que je défends sont, pour la plupart, des adhérents de l’alliance de l’opposition”: propos du jeune Oliver Thomas, candidat indépendant aux dernières élections générales à Beau-Bassin / Petite-Rivière.

Il avait fait sensation, aux dernières élections générales du 7 novembre 2019, en se classant juste après le troisième candidat malheureux de l’Alliance nationale PTr/PMSD, Robert Marcel, dans la circonscription No 20 (Beau-Bassin / Petite-Rivière). A seulement 26 ans et en sa qualité de simple candidat indépendant, Oliver Thomas, qui recueillait en son nom 3890 voix pour cette première participation à des législatives, n’avait pas déçu ses nombreux supporters.

Pour en arriver là, le jeune homme, très présent sur les réseaux sociaux, avait fait le bon calcul: miser largement sur les 18-35 ans, cet électorat jeune qui accomplit le moins, de nos jours, son devoir civique, tant il est blasé par le discours d’un autre siècle de quelques-uns des dinosaures qui peuplent encore l’échiquier politique. Des jeunes qui sont tout aussi dégoûtés de ces alliances et ces mésalliances qui se font et se défont.

Des mariages politiques contre nature conclus au gré du bon vouloir des chefs de partis toujours bien entourés de leurs mauvais génies et autres courtisans et courtisanes. Pour en arriver à son résultat plus qu’honorable lors de la campagne électorale de 2019, le candidat Thomas a, d’abord, fait une utilisation judicieuse des réseaux sociaux. Mais sa formation en marketing et en sciences politiques a, sans doute, aussi aidé à promouvoir comme il se doit sa candidature.

Et, cerise sur le gâteau, son engagement social, que l’on dit sincère auprès des plus démunis, a dû faire le reste. Mais voilà qu’après ce premier pas réussi en politique où il était notamment question d’authenticité et de fraîcheur, neuf mois plus tard, Oliver Thomas annonce son adhésion au MSM. Soit un de ces partis traditionnels du mainstream envers lesquels il disait, lui-même, que les jeunes étaient réfractaires.

De quoi déboussoler une grande majorité de ses plus chauds partisans qui disent ne pas comprendre un tel choix. Stoïque, le principal concerné ne dramatise pas, quant à lui, la situation. Il reconnaît que quelques-uns de ses supporters sincères sont dans la confusion après sa décision de rejoindre le principal parti du gouvernement. Mais il assure que ces derniers finiront par comprendre sa motivation.

“Aucune trahison de ma part”

Oliver Thomas explique, d’ailleurs, que dans une interview à Week-End en marge des dernières législatives, il avait clairement laissé entendre la possibilité qu’il rejoigne un parti existant d’ici aux prochaines élections générales. “Il est probable qu’aux prochaines élections, je me rejoigne à un parti ou que je crée un petit parti”, nous avait-il, en fait, déclaré. “Je n’ai, en rien, trahi la cause que j’ai toujours défendue”, assure-t-il aujourd’hui.

Le jeune homme dit accueillir ces critiques honnêtes avec sérénité. Mais, selon lui, la grande majorité de ceux qui font aujourd’hui son procès sur les réseaux sociaux sont des personnes politiquement motivées. “Ce sont, dit-il, pour la plupart, des adhérents de la grande alliance de la honte de l’opposition”. Il se demande, en passant, comment certains peuvent lui reprocher de ravaler ce qu’il a dit sans pour autant mettre en exergue les nombreuses “amabilités” que Paul Bérenger et Rajesh Bhagwan, d’une part, et Navin Ramgoolam et Xavier Duval, d’autre part, se sont échangées dans un passé pas très lointain

“J’avais le choix de rejoindre un des partis du mainstream, d’adhérer à un petit parti ou de créer mon propre parti. Avec l’expérience de la dernière campagne électorale, j’ai vite réalisé que créer son propre parti nécessite des moyens énormes dont je n’ai malheureusement pas. Si je reconnais, par ailleurs, que les petits partis du genre 100% Citoyen ou Rezistans & Alternativ sont animés de bonnes intentions et promeuvent des valeurs intéressantes, force est malheureusement de constater que ce genre de petites formations sont déconnectées des réalités du terrain”, fait valoir le jeune Thomas.

Il lui restait donc, comme il l’avait déjà imaginé, de rejoindre un parti traditionnel du mainstream. “Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou pas, ces grands partis existants sont là pour durer pour encore longtemps”, pense-t-il. Justifiant son choix pour le MSM, Oliver Thomas déclare avoir vite mis une croix sur le MMM. Un parti dont un membre en particulier, en l’occurrence, le député Franco Quirin, n’était pas très chaud à l’idée de l’accueillir en son sein.

En fait, le jeune Thomas déclare avoir eu maille à partir avec les élus du MMM de Beau-Bassin / Petite-Rivière quand il s’est permis un post durant le confinement sur sa page Facebook pour demander à ces derniers de ne pas “work from home”, alors que leur présence était nécessaire sur le terrain pour venir en aide aux plus démunis. Il indique, à ce propos, qu’alors qu’il n’est, lui-même, pas un élu, ni national ni régional, il a jugé utile d’être sur le terrain pour prodiguer de l’aide à ces pauvres. A quoi ses adversaires lui ont répondu qu’eux aussi soutenaient leurs électeurs.

“L’insolence” de la jeunesse

Il semble que cette “insolence” du jeune travailleur social soit, depuis, restée en travers de la gorge du député Quirin en particulier. Le PMSD n’ayant jamais été dans son équation, il ne restait, donc, à Oliver Thomas qu’à choisir entre le PTr et le MSM. Il déclare, à ce propos, avoir attendu en vain que le leader du PTr, Navin Ramgoolam, ne se décide à le recevoir. Puis, dit-il, l’alliance de l’opposition lui “donne envie de dégueuler”.

Ainsi, dit-il, le choix final s’est précisé pour lui. D’autant que, rappelle le jeune homme, la circonscription No 20 compte déjà trois députés de l’opposition. Puisque, déclare-t-il, c’est le parti au gouvernement qui a le pouvoir de faire bouger les choses dans la circonscription, il a, donc, décidé d’adhérer au MSM. “Qu’on me juge sur mon travail. J’adhère au MSM au moins quatre longues années avant les prochaines élections générales. On ne saurait me traiter d’opportuniste de la dernière heure. Je le répète: les critiques contre moi ces jours-ci sur les réseaux sociaux font partie d’une campagne dirigée par le trio de l’opposition, même s’il est vrai que certains de mes vrais supporters demandent à être éclairés sur mon choix”.

Oliver Thomas s’étonne comment, alors même que les prochaines législatives ne sont pas pour demain et que la pré-campagne pour les municipales n’est même pas encore entamée, les trois partis de l’opposition ont déjà conclu une alliance. “Ça ne peut que démontrer que, peu  importe tout ce qu’ils racontent pour la galerie, le MSM a de très solides assises à travers le pays et qu’ils doivent se mettre à trois pour tenter, désespérément, de l’affronter”.

Maintenant qu’il a fait le saut pour le parti orange, le jeune Thomas entend poursuivre lentement mais sûrement son bonhomme de chemin en grimpant marche par marche. Il va poursuivre ses descentes sur le terrain à la rencontre des habitants en leur prodiguant l’aide qu’il peut. Comme, dit-il, il l’a toujours fait. Même si on l’a vu dans la foule des anonymes venus soutenir la juste cause défendue par Affirmative Action au stade Philippe Rivalland, Oliver Thomas réaffirme, malgré tout, sa part d’indianité. Il rappelle, à ce propos, qu’il est aussi un lointain descendant d’un immigrant francophone originaire de Pondichéry.

Engagé dans le domaine de la préservation de l’environnement, Oliver Thomas se désole, comme beaucoup, de la terrible catastrophe écologique suivant l’échouement du vraquier Wakashio sur les récifs de Pointe d’Esny dans le Sud-Est. Il se console, néanmoins, qu’à la faveur d’une solidarité agissante, la nation est en voie de réussir, quelque part, à contenir le mal.