La « panique totale » a saisi jeudi les Afghans rassemblés près de l’aéroport de Kaboul, frappé par deux explosions meurtrières, ont raconté des témoins, quelques heures après que des pays occidentaux eurent mis en garde contre le fort risque d’attentat.

A quelques jours de l’échéance du 31 août fixée par le président américain Joe Biden pour retirer les troupes étrangères d’Afghanistan et achever l’évacuation de ceux qui veulent fuir le pays, désormais aux mains des talibans, des milliers de candidats au départ étaient encore massés jeudi près de l’aéroport.

Ils avaient ignoré les avertissements occidentaux lancés depuis la veille et faisant état de menaces crédibles d’attentats-suicides autour du complexe, où un gigantesque pont aérien est organisé par les Occidentaux depuis la soudaine reprise du pouvoir par les talibans à la mi-août.

Mais alors que le soleil commençait à se coucher sur la capitale afghane, deux explosions ont retenti.

Ces attentats ont fait « au moins » 13 à 20 morts et 52 blessés, a indiqué à l’AFP le principal porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid.

Des photos publiées sur les réseaux sociaux montraient des personnes ensanglantées emmenées sur des brouettes, ou un enfant agrippant le bras d’un homme souffrant d’une blessure à la tête.

D’autres images montraient des corps éparpillés dans l’eau d’un canal de drainage alors que des survivants se relevaient.

Des appels à l’aide désespérés étaient entendus alors que des personnes recherchaient leurs proches après les explosions. « Il y a des morts étendus ici », criait une personne hors caméra.

Une fumée épaisse s’élevait dans les airs, alors qu’hommes, femmes et enfants couraient dans tous les sens pour s’éloigner du lieu des explosions.

Une explosion a eu lieu près d’Abbey Gate, une des portes d’accès de l’aéroport, et l’autre à proximité de l’hôtel Baron, selon le Pentagone.

« C’était une énorme explosion, au milieu de la foule qui attendait devant une des portes de l’aéroport », où étaient notamment passées ces derniers jours des personnes évacuées par les Français et les Britanniques, a déclaré un témoin, Milad.

« Il y a beaucoup de morts et de blessés », dit-il, ajoutant avoir vu « des corps et des fragments humains projetés » aux alentours.

Dans la confusion, il raconte avoir perdu les documents avec lesquels il espérait embarquer sur un vol avec sa femme et ses trois enfants.

« Je ne veux plus jamais aller (à l’aéroport). Mort à l’Amérique, son évacuation et ses visas », dit-il.

« Quand les gens ont entendu l’explosion, ça a été la panique totale. Les talibans ont alors tiré en l’air pour disperser les gens qui attendaient devant la porte », a indiqué un autre témoin, qui a notamment vu « un homme courir avec un bébé blessé dans les bras ».

– Vie meilleure –

Peu après, un photographe de l’AFP a vu arriver au moins cinq dépouilles de victimes et des dizaines de blessés dans un hôpital proche, géré par l’ONG italienne Emergency.

Akram Lubega, un Ougandais de 26 ans qui travaille à l’aéroport pour une compagnie de restauration, a indiqué avoir entendu une explosion sans savoir de quoi il s’agissait. « Bien sûr qu’on a tous peur. Tout le monde est tendu, et des soldats se déploient tout autour de l’aéroport » par crainte d’autres attaques, a-t-il ajouté.

Les mises en garde occidentales n’avaient pas dissuadé, avant l’explosion, nombre d’Afghans de continuer d’assiéger l’aéroport.

Parmi les candidats à l’exil figurent beaucoup d’Afghans urbains et éduqués, qui craignent que les islamistes n’instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que lorsqu’ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001.

Y figurent aussi ceux qui ont travaillé pour les forces du gouvernement pro-occidental déchu ou pour leurs alliés des forces occidentales, ennemis des talibans pendant 20 ans, ou des sociétés étrangères, qui craignent de violentes représailles des islamistes.

La foule a également été nourrie par l’afflux d’Afghans non invités par les Occidentaux à partir, et qui tentent juste de saisir l’opportunité d’une vie meilleure en Occident.

C’est le cas d’Hamid, venu avec une partie de sa famille. Employé dans un ministère avant l’arrivée au pouvoir des talibans, il admet ne pas faire partie des catégories menacées par les nouveaux maîtres de Kaboul.

« J’ai entendu que si je pouvais rentrer dans l’aéroport, je pourrais aller en Amérique », explique-t-il, disant s’attendre à ce que les talibans lui retirent son emploi pour le donner « à des parents à eux ». Dans ce cas, s’interroge-t-il, « comment prendrai-je soin de ma famille? »