La vie animée à Grand-Baie contraste avec le calme qui prévaut à Sottise. Les habitants du petit village qui y travaillent en profitent pour découvrir les nouvelles tendances en matière de mode ou d’aménagement intérieur

Au fil des années, des villages en mutation, pour des raisons liées au développement, perdent de leur quiétude. Ces changements redéfinissent le profil de ces villages, de même que leurs populations. Cela a encouragé certains, comme nos interlocuteurs dans ce reportage, à s’engager à leur façon ou à se faire entendre pour améliorer la qualité de la vie de leur village respectif. Ces citoyens ne veulent pas se contenter de se rendre aux urnes dimanche prochain.

«Petit à petit, le village de Sottise est en train de changer. Nou pe vinn parey koumaGrand-Baie! Jepense que c’est très bien. Nous devons évoluer», dit Mala (nom modifié), fonctionnaire et habitante du village. Même si Sottise(rebaptisé“SriNagar”) fait partie du village côtier de Grand-Baie, son éloignement du centre, bref sa configuration ne laisse entrevoir aucun rapprochement avec l’une des stations balnéaires les plus fréquentées et touristiques du pays. Des deux localités, Sottise est de loin un village… presque type. Presque, car si au coeur même de la région et au contact de sa population, le dépaysement à plusieurs niveaux pour le visiteur urbain est garanti. Sottise, à l’instar de ces nombreux quartiers ruraux, connaît des transformations qui, mine de rien, remodèlent le village. Ces changements sont d’abord physiques, avec l’émergence de villas aux abords du village. Ensuite, comme l’explique Mala, ce sont aussi des changements qui ne sont pas palpables, qui s’opèrent graduellement chez des habitants eux-mêmes. Notamment les femmes.

Art de vie

Malgré son travail qui consume une grande partie de son temps, Mala qui est aussi mère de famille est très active au sein de la communauté. Cela fait une vingtaine d’années depuis qu’elle a construit sa vie à Sottise. «Les femmes travaillent de plus en plus dans le centre deGrand-Baie, chez des particuliers pour certaines, dans des hôtels et des villas pour d’autres. Pour elles, comme pour toutes les autres personnes qui travaillent dans un secteur sujet à l’évolution, dans leurs tenues vestimentaires, dans leur mentalité, leur mode de vie, etc. cela a un impact sur leur comportement. Si zot pou mont enn lakaz zot pou anvi fer li parey kouma se ki zot trouve la ba», explique Mala. La disponibilité des anciennes terres agricoles après la reconversion de celles-ci ont aussi encouragé la réalisation de nouveaux projets immobiliers. Car désormais, vivre dans la périphérie d’un village est devenu une tendance, un art de vie, voire un luxe, avec en bonus l’accessibilité aux services et aux infrastructures. Mais ce «bonus» ne doit pas être à sens unique. C’est ce que pense, pour sa part Isabelle Sénèque-Rambert, jeune entrepreneure de Carreau Accacia, petit hameau niché entre de grands espaces verts à côté du village Le Bouchon. Dans sa région, les villageois attendent l’arrivée d’une smart city pas très loin de là, à Mon-Trésor, annoncée par le groupe Omnicane depuis quelques années déjà. Par ailleurs, si ce projet se concrétise, la population rurale dans cette partie du pays augmentera tout en re-dynamisant son profil. Pour Isabelle Sénèque-Rambert, une smart city ne doit pas être au détriment des habitants. «Si le projet restreint les espaces, je n’en vois pas l’intérêt!» dit-elle.

« J’ai envie de croire…»

Vivre dans un village ou en périphérie n’est plus une contrainte et encore moins synonyme d’exclusion. Cependant, rappelle Mala, pour faciliter la vie de tous — des habitants de longue date tout comme les nouveaux arrivants —, le développement et les infrastructures doivent suivre. Mala confie qu’elle n’est pas de ceux qui attendent le conseil de son village pour faire bouger les choses. D’ailleurs, de nombreux habitants, surtout les aînés du village, frappent régulièrement à sa porte particulièrement «kan ne pli ena lalimier lor sime». Pourquoi ? «Parce que, répond-elle, qu’importe le régime au pouvoir, j’ai tissé de bonnes relations avec les institutions et il me suffit d’appeler les personnes qu’il faut pour régler un problème d’infrastructure pour le bien du village et de ses habitants.» À une semaine des élections villageoises, Mala explique qu’elle ne manquera pas à son devoir. Mais elle ne se berce pas d’illusions en ce qui concerne les projets du futur conseil.

De son côté, Isabelle Sénèque-Rambert se montre plutôt optimiste. «J’ai envie de croire que le prochain président du village et ses conseillers auront une autre approche, qu’ils seront plus interactifs avec les habitants, car j’ai besoin de savoir à qui m’adresser quand cela sera nécessaire, d’autant que je souhaiterais faire des propositions. J’aimerais participer pleinement dans l’amélioration de la qualité de la vie de mon village et de ses alentours, car nous sommes tous connectés. En dix ans, notre village n’a pas connu de grand développement, si ce n’est un jardin d’enfants et une subhall». La jeune femme regrette que depuis les dernières villageoises en 2012, le conseil du village ne s’est jamais manifesté dans son quartier. Mais, cette fois, l’entrepreneure compte prendre les devants et ira aborder les candidats avant de se rendre aux urnes, car elle est bien décidée à ne pas rester dans sa zone de confort. Fini le temps où l’agriculteur du village est celui qui, faute de n’avoir pu fréquenter l’école, a dû se tourner vers la terre. À Bananes (Midlands), Hansram Babajee est un trentenaire qui avait une brillante carrière devant lui, après des études tertiaires. Ce jeune homme à l’esprit ouvert, amoureux de la nature, idéaliste… est un villageois heureux qui a laissé tomber son bureau pour l’agriculture. «Je suis fier de vivre et de travailler dans un si beau village entouré par la nature et peu pollué», dit-il, d’emblée. Mais Hansram Babajee voudrait plus pour Bananes. Pour cela, dit-il, les villageois détiennent les cartes en main. Il y a des problèmes d’infrastructures—routes sont en mauvais état, manque de loisirs, de facilités pour les personnes handicapées — et de services, tel le manque transport pour faciliter la vie des habitants.

L’agriculteur n’est plus l’enfant qui a connu l’échec

En se rendant aux urnes dimanche prochain, les villageois donneront certes l’occasion à une équipe de rendre tout ceci possible. Mais en tant que jeune agriculteur, il souhaiterait «que le village arrive à pro- mouvoir l’agriculture durable et la résilience alimentaire en embarquant les habitants touchés par le chômage dans des projets à vocation agricole». Qui plus est, il existe des terres exploitables pour ce genre de développement dans la région. Hansram Babajee plaide pour une autre approche pédagogique en ce qui concerne l’éducation dans les écoles rurales. Si sa voix peut compter, il voudrait être entendu : «Il faut arrêter de prendre pour acquis que les enseignants en partance pour la retraite ou les moins performants sont bons à être postés dans nos écoles! Nos enfants méritent d’avoir les mêmes chances que les autres! »

Appartenir au village c’est aussi s’engager

S’il y a 20 ans, Marvin Maneve a quitté une banlieue de Rose-Hill pour s’installer à Albion, c’était aussi pour tous les atouts environnementaux que pouvait offrir le village. Vingt ans plus tard, dit le leadership coach de 51 ans, le village continue à accueillir de nouveaux habitants qui s’installent dans des morcellements créés pour des ménages au-dessus de la classe moyenne. Un cinquième morcellement est actuellement en développement. «Quelqu’un disait qu’Albion est un village-dortoir. De plus en plus ses habitants quittent leur domicile tôt et rentrent tard après le travail», confie Marvin Maneve qui explique que les néo-villageois n’ont plus le temps d’apprécier la nature qu’offre encore Albion. Et ce malgré la présence plus marquante du béton et des infrastructures, comme de larges trottoirs dans certains endroits du village. Marvin Maneve assure qu’Albion est encore imprégné par l’esprit de proximité, une caractéristique typiquement rurale. «C’est ce qui me fait sentir être un vrai villageois. Mais il n’y a pas que cela…Je peux encore apprécier la nature autour de moi, marcher dans les bois.» Toutefois, ce sentiment d’appartenance, dit notre interlocuteur, se traduit aussi dans les actions civiques, d’où son engagement social et écologique. Il a récemment pris le parti de mettre sur pied une plateforme ayant pour objectif de créer une synergie entre des organisations non gouvernementales et les forces vives de son village, non parce qu’il ne croit pas dans le conseil de son village, mais parce qu’il est pour la responsabilité citoyenne.