Percy Yip Tong

Citoyen engagé, avant toute chose, mais également artiste pluridisciplinaire, directeur artistique, expert culturel pour l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) et interprète simultané pour des organismes internationaux des Nations unies, la Banque mondiale, la COI, entre autres, et depuis peu, une des chevilles ouvrières de la plateforme citoyenne qui a rejoint l’entente de l’opposition dans le cadre de la marche du 13 février dernier, à Port-Louis, Percy Yip Tong se passe de présentations ! Outre d’être celui qui a découvert et lancé Kaya (on lui doit les premiers albums roots et le son très spécial du seggae), l’homme qui se décrit comme « enn morisien marzinal ! » s’engage désormais « aussi en politique. Il faut absolument une troisième force dans notre pays, mais avec et par les citoyens.» Très concerné par le problème des drogues dans le pays, membre fondateur et Président du Collectif Urgence Toxida (CUT), il rappelle que « les millions générés par le “black money” du trafic peuvent venir remplir les caisses de l’État… moyennant certaines mesures et changements. Parmi, la légalisation du gandia. » L’homme se lâche et dit « me mettre à nu »… Entretien avec un moulin à paroles qui brasse des idées et des projets par milliers !

Entrons dans le vif du sujet : vous avez, de tout temps, décrié la politique de tous les partis politiques. Pourtant, le 13 février, vous avez rejoint l’entente de l’opposition aux côtés des mêmes PTr, PMSD, MMM… que vous avez souvent critiqués. Pourquoi ?
Je l’ai déjà expliqué : j’ai apprécié la démarche, que, pour une fois, ces mêmes politiques qui, d’ordinaire, peut-être par arrogance, peut-être par manque de réalisme, je ne sais pas, pensent souvent qu’ils ont des assises populaires, ont réalisé que sans le soutien populaire, ils n’étaient rien ! Et que cette colère du peuple n’était pas qu’une vague sur laquelle ils allaient surfer pour “appâter” les gens. Et cette fois, nous avons tous, citoyens et opposition, un unique ennemi commun : le gouvernement MSM en place.

Depuis l’an dernier, ce gouvernement enchaîne bourdes et mauvaises pratiques, et le pays s’enfonce un peu plus tous les jours… Le peuple en a ras la casquette de tous ces scandales, ces injustices, ces manquements, cette pratique de népotisme flagrante, les dynasties et que seules deux familles se partagent le pouvoir dans notre pays. La COVID-19 et ses contrats faramineux aux petits copains ont rendu le peuple très en colère. Mais surtout, avec le Wakashio, c’est l’huile qui a fait déborder le vase !

Il faut que je vous dise que, trois jours avant que je ne sois sollicité par les citoyens pour rencontrer l’opposition qui organisait la marche, j’avais réalisé une vidéo où je disais que je n’allais pas participer à la manif du 13 ! Vidéo que je n’ai pas postée, parce qu’entretemps, les citoyens ont fait appel à moi, et je me suis dit, puisque ces politiciens veulent, enfin, écouter la voix du peuple et qu’ils sont venus vers nous, donnons-leur leur chance !
Et puis, il y a le fait qu’on savait que si la plateforme citoyenne ne se ralliait pas à l’opposition, et que celle-ci “bat lamok”, cela aurait rendu Pravind Jugnauth encore plus fort ! Et nous ne voulions absolument pas de cela ! De ce fait, je respecte et je comprends les gens qui ne sont pas venus marcher, parce qu’ils n’ont pas pris le temps de réfléchir aux répercussions et retombées de leur (in)action…

Quelles raisons vous poussaient à ne pas marcher, initialement ?
Le fait que les organisateurs avaient confié à Navin Ramgoolam le soin d’animer la conférence de presse pour inviter le peuple à la marche. C’était, pour moi, et je le sais pour beaucoup d’autres citoyens engagés, le plus mauvais exemple ! Voilà un ancien PM qui a été, par deux reprises successives, recalé par le peuple, qui ne lui pardonne pas d’avoir usé de sa place de politique pour favoriser certains. Et c’est lui qu’on nous envoie comme messager d’une alternative à ceux qu’on veut foutre dehors ? Non ! Pas possible.
Rezistans ek Alternativ (ReA) a participé à la marche, mais ne s’est pas associé au bloc politique…

Je salue la sagesse de ReA, mais aussi de Patrick Belcourt ! D’autres partis ont refusé de venir. Mais eux sont venus ! Ils ont marché et ils ont dit ce qu’ils ont dans leur cœur. Et je pense comme eux. Mais ils n’auraient pas dû, à mon sens, faire bande à part, dans la marche. Bon, comme ils sont des radicaux, ils ne pouvaient faire autrement que marquer leur différence !

Vous n’êtes pas naïf au point de penser que ces politiques avec qui vous êtes, actuellement, peuvent facilement retomber dans les travers connus et répéter les mêmes erreurs passées et présentes…

Certainement ! Mais j’ai un “good feeling” que, cette fois, ils ont appris et retenu la leçon. D’ailleurs, lors de la marche, vous avez vu des panneaux #BZTD ! Ça résume tout… C’est un message clair à ceux qui sont actuellement au pouvoir, mais aussi à ceux qui viendront, par la suite. Faites attention : le peuple vous a à l’œil !

De plus, avec les membres de Linion Sitwayin, dont Bruneau Laurette, Ivor Tan Yan, Sel Solisyon Revolution, avec Rachna Seenauth, et 100% Citoyens avec Dev Sunassy, nous avons été agréablement surpris par le “response” de ces leaders politiques, quand nous avons été les rencontrer. Et plus encore, ce qui nous a marqué, c’est que, après deux jours de réflexions, quand Ivor Tan Yan a rédigé l’accord qui scellait notre collaboration, le document a été lu, approuvé et signé à l’unanimité, sans changer ne serait-ce qu’une virgule ! Ça, à mon sens, si ce n’est pas un aveu de sincérité…

Ces politiques se sont rendus compte, avec le Wakashio, et les marches de Konversasion Solider, puis de Bruneau Laurette, et celle de Mahébourg, que la population représente une force citoyenne. Mais depuis le 13 février, c’est encore mieux : les citoyens représentent une force politique !

Quel est le “step forward” maintenant, une fois cette marche passée ?
Puisque Pravind Jugnauth ne va, évidemment, pas quitter son siège de Premier ministre, c’est clair, et que nous n’allons pas, comme ça, céder à des pulsions, ou appeler à la désobéissance civile, nous allons donc consolider notre formation. Écoutez, la plateforme citoyenne a rejoint l’entente de l’opposition, cela ne fait même pas 15 jours ! Une première manif a été organisée et s’est très bien passée. Maintenant, nous devons mettre nos idées en commun. Nous asseoir et discuter, aborder des thématiques, des stratégies du “way forward” ! Ce que nous avons fait dans une semaine, c’est beaucoup dans très peu de temps. Maintenant, il faut procéder “step by step”. Il nous faut fédérer et amener d’autres citoyens.

Une semaine après cette marche et la création de cette nouvelle plateforme, quel regard jetez-vous sur ce qui s’est passé ?
Déjà, ce qui nous conforte, c’est que dès que les citoyens se sont ralliés à l’opposition, nous avons provoqué un… séisme national ! Et ce, bien avant la marche ! Nando Bodha, le secrétaire général, et un des plus fidèles lieutenants et des plus anciens du sérail du MSM, a démissionné, il a quitté le navire ! Et il nous rejoint. Puis, peu de temps après, Yogida Sawmynaden, qui, jusqu’à ce moment, ne bougeait pas d’un iota, a démissionné comme ministre. Donc, quand je regarde tout ça, je suis conforté dans mon sentiment que, « this time is the right time » !

Mais, bien évidemment, rien n’arrivera par magie ! Il faut penser, anticiper, agir, fédérer… Et, à ce propos, j’ai ce message, à l’intention du ML d’Ivan Collendavelloo : démissionnez du GM Jugnauth ! Vous, un Deputy Prime Minister, un leader de parti, avez été traité comme de la merde ! Vous avez été contraint de démissionner alors que dans le cas de Sawmynaden, Pravind Jugnauth l’a dédouané et dit qu’il a mené sa propre enquête ! Qu’attendez-vous pour réagir ? Rejoignez la plateforme citoyenne/opposition. Vous avez à cœur le bien-être du peuple ? Quittez ce navire qui coule ! Parce que nous pouvons marcher mille fois, mais la solution la plus rapide, c’est que le ML démissionne et quitte ce GM !

Et précipiter, de ce fait, des élections nationales…
Tout à fait ! C’est l’unique issue. Pravind Jugnauth partira en 2024 : enn sel ale sa ! 60-0 ! Parski an zis 15 mwa so manda, linn fer pei koule plis ki an 52 zan !

Qu’est-ce que cette marche rapporte à la plateforme citoyenne ?
L’opposition a fait un aveu de faiblesse en venant vers les citoyens. Mais ils ont fait preuve d’intelligence et de sagesse, et ils ont montré qu’ils ont accepté le fait, enfin, que les citoyens ont une force ! Et que, à compter de 2021, à partir du Wakashio, on ne peut plus négliger la force citoyenne. Avec le Wakashio, on a montré notre force patriotique. Là, le 13, on a montré notre force politique ! C’est ça qui change la donne. D’abord, lors des premières marches, on a montré notre existence. Là, on a montré nos exigences !
Il y a eu, parmi tant d’autres choses, plusieurs dérives communales, ces derniers temps.

Quelle est votre lecture ?
Bruneau Laurette et moi-même sommes victimes directes de ça. J’ai reçu des menaces et des messages en ce sens…

L’an dernier, j’ai fait une déposition à la police, quand circulaient des affiches orange avec des sabres, exhortant les Mauriciens à ne pas aller à la marche du 29 aout, « si l’on veut continuer à avoir un PM hindou et Vaish…». Et c’est moi qu’on traite de raciste ? La chance que j’ai, même si je me sens “black” en musique, je suis d’origine chinoise ! Je n’ai aucun intérêt particulier, moi : je ne veux devenir ni ministre, ni député ! Pa pou mwa sa !
Autre chose très importante : nous avons actuellement un gouvernement où il n’y a aucun ministre d’origine chinoise. Est-ce que la communauté chinoise a râlé ? Est-ce qu’ils ont fait un scandale ? Non ! Parce que les Sino-mauriciens ont la sagesse d’avoir le communalisme positif ! Moi je préfère ne pas avoir un ministre d’origine chinoise, et on en a eu, à chaque fois, dans pratiquement tous les précédents gouvernements, plutôt que d’en avoir un qui fasse honte à la communauté ! Je préfère avoir un Mauricien, quelle que soit son appartenance ethnique, mais qui soit compétent, efficace, et qui fait bien son travail ! C’est ça la philosophie avec laquelle cette plateforme citoyenne travaille. Et c’est avec cet objectif que nous allons poursuivre nos actions.

Que pensez-vous de l’importance d’avoir une troisième force, une alternance aux blocs politiques actuels, sur l’échiquier national ?
Il faut définitivement une troisième force ! Et là, je suis très critique envers Lalit, Rezistans ek Alternativ et le Muvman 1er mai. Je m’explique : ces “petits partis” de gauche ont des idées formidables ! Lalit est le premier et peut-être seul parti qui, depuis les années 70, a, dans ses manifestes électoraux successifs, un projet solide et viable sur la politique de la drogue. ReA soutient une politique écolo qui s’inscrit foncièrement dans un avenir durable, à laquelle une foule de jeunes Mauriciens adhère et s’identifie. Mais ces partis, hélas !, pour je ne sais quelles raisons, ne peuvent enregistrer que, disons 1% des votes. Alors pourquoi ne pas faire cause commune et mettre de côté leurs divergences ? Il faut aussi adopter une méthodologie, une approche globale et fédératrice ! Ram Seegobin de Lalit, Ashok Subron de ReA et Jack Bizlall du Muvman 1er mai : ces gens ont leur place au Parlement ! Moi, c’est eux que je veux voir débattre des projets relatifs à la population.

Dans quel rôle vous voyez-vous, au sein de l’entente de l’opposition, dans un prochain gouvernement ?
Pas du tout ! Je le répète : je ne veux devenir ni ministre, ni député ! Je n’ai pas ces aspirations.

Par contre, des gens comme Bruneau Laurette, Ivor Tan Yan, Rachna Seenauth, Dev Sunassy, Patrick Belcourt, Ingrid Charoux et d’autres citoyens engagés encore feraient de bons ministres et députés. Moi, je veux aider à faire émerger cette nouvelle société mauricienne qui aura des assises solides, bâties sur nos forces, et non pas nos faiblesses, comme la division par la couleur de peau et de races ! Ça fait 30 ans que je mène ce combat, à mon niveau.

Mon rêve, c’est de monter un mouvement à la Macron, en France : prendre les meilleurs jeunes des partis actuels, allons dire Joanna Bérenger du MMM, Fabrice David du PTr, et d’autres encore, comme Karen Foo Kune, Daniella Bastien qui ont cette honnêteté et cette intégrité si chère au peuple. Des gens qui ont la vision, des projets réels et solides, durables, en ligne avec nos aspirations d’aujourd’hui, des Mauriciens qui en ont assez d’être exploités par des dynasties et les mêmes familles, et clans.

Mais attention, je ne dis pas qu’il faut foutre dehors les autres ! Joanna Bérenger a raison : il ne faut pas traiter les aînés de la politique de dinosaures. Moi, c’est le système que je traite de dinosaure. Dans mon projet, ces aînés comme Paul Bérenger, Navin Ramgoolam, Arvin Boolell feraient partie d’un sénat. Moi-même j’aimerais y avoir une place. Parce que nous avons l’expérience et la connaissance du pays, d’une part. Et que nous avons des choses à continuer à donner à ce pays. Mais il doit être régi par du sang neuf. Et qui a le mérite et les compétences de diriger ce pays et son peuple.

Quelle place aux Jugnauth dans cette configuration ?
Aucune ! Certainement pas de place pour aucun d’eux, père ou fils ! Sir Anerood est, lui, l’exemple parfait d’un dinosaure issu et faisant partie intégrante d’un système dinosaure. Quel ancien PM et Président de la République peut dire au peuple : « Mo p… lor zot !» C’est quoi, ça ? Comment peut-on être à ce point arrogant et suffisant ? Quant à son fils, c’est triste de le dire, même s’il n’est pas vieux, ce n’est qu’un pur produit de ce système pourri ! Il est lui aussi un vrai dinosaure.

Vous avez été le premier producteur/manager et même ami de Kaya, dont on marque les 22 ans de sa disparition, ce 21 février. Quel est votre feeling ?
Je préfère qu’on célèbre l’héritage de Kaya plutôt que sa mort. Kaya a écrit et chanté “Lenpir iniversel”, “Rasinn pe brile”, “Inbesil”, “Sant l’amour”, “Zom anti-racial”, “Ras couyon”, “Problem sosyete”, “Discrimination”, “Rebellion l’afrik” il y a 30 ans de cela. Il était en avance, trop en avance sur son temps ! Aujourd’hui, ses chansons, ses mots, son créole franc et ses mélodies résonnent plus fort que jamais…
Si Kaya était parmi nous, ces jours-ci, que pensez-vous qu’il dirait ?
Huh ! (Il cite des paroles des morceaux du chanteur) : Pran bon pou pa bon, pran pa bon pou bon ! Kifer rasis fanatik isi ? Dan lavi, ena enn sel bondye; lor la ter ena sakenn so kalite ! Malbar Sinwa Afrikin Blan : ki to ete twa ?

Il a tout dit dans ses chansons ! Je n’écrivais pas pour lui. On avait une réelle complicité : on parlait, on partageait beaucoup… Je lui soufflais des idées et lui les mettait en musique et paroles. Kaya et moi partagions la même philosophie à propos du mauricianisme. Et ce que je fais aujourd’hui, c’est ce dont on discutait il y a 30 ans de cela…
En 2019, pour les 20 ans de sa disparition, le gouvernement avait organisé une immense fête sur l’esplanade du Caudan. Vous n’étiez pas présent…

Ni moi, ni sa femme, Véronique Topize, ni son frère aîné et complice musical, Raynal Collet ! Je ne sais pas comment ça avait été organisé… Ti ena telma maldonn, Kaya mem ti pou gayn onte !

Mais le pire, c’est quand les organisateurs de cette manifestation artistique de grande envergure avaient demandé à deux artistes très connus et engagés de la scène locale, et dont je préfère taire les noms, de reprendre le morceau peut-être le plus emblématique du répertoire de Kaya, qui est “Ki to ete”, et où le refrain dit “kifer rasis fanatik isi ?”, ces deux artistes n’avaient pas prononcé ces mots… Censure ?

Vous êtes également artiste pluridisciplinaire. Que pensez-vous des artistes qui ont rejoint le gouvernement ?
Je suis déçu ! Par des gens comme Sandra Mayotte et Eric Triton. Franchement, de la part de ce chanteur, pour tous les textes engagés qu’il a chantés, il aurait dû dire à Collendavelloo “écoutez, moi aux trucs techniques de l’Energie, je n’y connais rien”, plutôt que d’être resté comme adviser ! Mais, en même temps, je comprends que ces artistes vivent dans une grande précarité. Ils ont besoin de travailler. Je ne dis pas que j’aurais fait pareil, attention.

Vous êtes également très actif dans le social. Plus précisément dans le combat contre la toxicomanie. Parlez-nous de votre engagement en ce sens.
Mon engagement rejoint la lutte de Kaya pour la légalisation du gandia. Dois-je rappeler que Kaya avait été coffré parce qu’il avait accepté d’avoir fumé un joint en public sur une plateforme d’une manifestation, organisée, en février 1999, par le Mouvement Républicain de Rama Valayden, en faveur de la légalisation du gandia ? C’était très précurseur, encore une fois, et très en avance sur le temps ! Aujourd’hui, quand l’OMS a déclassé le cannabis comme drogue nocive et que l’usage de ce produit prend de l’ampleur dans beaucoup de pays dans le monde, on se rend compte que Kaya a payé le prix très fort — sa vie — pour sa prise de position franche et honnête.

Mais il n’y a pas que le gandia. Le Brown Sugar et surtout les drogues synthétiques font des ravages dans le pays…
Tout à fait. Mais les sujets sont liés. Je m’explique. Je suis membre fondateur du Collectif Urgence Toxida (CUT), qui est une fédération d’ONG engagée dans la réduction des risques et le plaidoyer pour les bonnes pratiques et la protection des UDI (Usagers de Drogues Injectables). Avec l’avènement, et la montée en puissance, ces dernières années, des drogues de synthèse, les “simik”, comme on les appelle, je réitère ma demande : nous devons nous aligner sur la position prise par des pays comme la Hollande, où le gandia a été légalisé depuis plusieurs décennies ! Quel est le résultat ? Est-ce que, là-bas, on entend des problèmes de “law & order” comme à Maurice, avec des enfants qui tuent leurs parents — dernier en date, la matricide de Mme Futloo par son fils, à Saint-Pierre ? Il y a, comme ça, plusieurs «drug policies» mondiaux, dont Maurice peut et doit s’inspirer.

Comment est-ce que cela impacterait sur le trafic et la consommation ?
La légalisation du gandia permettra de réduire l’offre ! Si le produit est accessible, n’est plus prohibé, cela met un frein au trafic ! C’est connu et ce sont les toxicomanes eux-mêmes qui le disent : un large nombre de consommateurs se tourne vers les drogues synthétiques parce qu’il n’y a pas de gandia ! Un pouliah se vend à prix d’or, en ce moment. Idem pour le Brown Sugar. Tandis que des doses de synthé sont à Rs 100…

N’est-ce pas faire le jeu des trafiquants ça ?
Maurice est-il prêt à franchir un tel cap ?
En même temps, je ne dis pas qu’il faut une commercialisation sans méthode ! C’est pour cela que je dis qu’il faut s’inspirer des exemples internationaux comme la Hollande, l’État de la Californie, le Portugal, l’Uruguay… Nous pouvons faire de Maurice un exemple mondial ! Nous en avons la capacité. Prenons le meilleur de ce qui a été mis en pratique ailleurs et répliquons cela, ici. Il y a toute une industrie qui découle de la culture du gandia, ou du chanvre. Il y a le textile, qui vient d’une tradition marine indienne. Il y a l’usage médical pour les malades en phase terminale. Il y a aussi l’usage récréatif : moyennant une loi que chacun a le droit de cultiver disons seulement trois plantes par maison et n’a pas le droit de commercialiser, on peut changer la donne ! J’en suis persuadé. Et cette industrie génèrerait des sous, pas du “black money”, justement, qui sert à financer, entre autres, les partis politiques. Non, dans cette façon, l’argent généré atterrit dans les caisses de l’Etat et fait fructifier le pays !