« Je n’aime pas la musique », aurait dit Picasso. Mais une exposition inédite à Paris montre que le génie espagnol était un passionné de rythmes populaires, un explorateur minutieux d’instruments et surtout, le créateur d’une vraie musique pittoresque.

« Il n’était pas mélomane; a priori il ne savait pas lire une partition, il n’avait pas besoin de la musique pour travailler comme Chagall », Matisse ou Braque, affirme à l’AFP Cécile Godefroy, commissaire de l’exposition « Les musiques de Picasso » à la Philharmonie de Paris (22 septembre-3 janvier).

Pourtant, l’oeuvre de l’artiste, l’un des plus célébrés au monde et qui a fait l’objet d’un nombre incalculable d’expositions, « regorge d’instruments, de musiciens, de danse », dit-elle.

Il y a quatre ans, cette historienne de l’art a pris pour point de départ de l’exposition cette affirmation qui semble chez lui contradictoire, ce « Je ne n’aime pas la musique », attribuée à Picasso (1881-1973) par la journaliste française Hélène Parmelin dans les années 60.

L’exposition –retardée de cinq mois en raison du virus– rassemble plus de 250 oeuvres en lien avec la musique, avec entre autres des toiles comme « Violon et feuille de musique », « Nature morte au piano », « la femme au tambourin ».

On y retrouve aussi trois sculptures en terre cuite blanche représentant des joueurs de flûte et de diaule (une flûte double à deux corps provenant de l’Antiquité).

Elles avaient été créées pour le jardin de sa villa « La Californie » sur la Côte d’Azur où il vécut pendant les années 50.

– Des instruments démontés, recréés –

A l’origine de cette attirance, une enfance aux côtés d’un père, José Ruiz Blasco, passionné de flamenco. Petit, « il traînait dans les quartiers gitans de Malaga (sa ville natale, ndlr) en compagnie de son père et ça l’a beaucoup marqué », d’après Mme Godefroy.

Cela lui a surtout donné un goût pour la musique populaire, comme celle qu’il écoutera plus tard d’artistes ambulants à Barcelone, dans les corridas, le cirque et les cabarets du quartier de Montmartre, où il s’installa en 1909.

C’est « cette musique de fond de salle, bruyante (qui) se partage, (qui) est fraternelle » que reflète Picasso dans ses premières toiles, notamment à travers la figure d’Arlequin, comme celui qui joue, le regard triste, une petite guitare dans une peinture à l’huile.

Sans surprise, la guitare était son « instrument favori », un symbole en relation avec son Espagne natale, note la commissaire et la figure du saltimbanque, qui devient une forme d’auto-représentation de l’artiste, est présente à travers son oeuvre prolifique.

L’exposition réunit pour la première fois une vingtaine d’instruments à cordes et à vent que Picasso collectionnait pour les étudier, avec une méthodologie digne d’un scientifique.

Dans sa période cubiste, l’artiste, qui a vécu la majeure partie de sa vie en France, démontait des objets pour les recréer, que ce soit avec un morceau de carton ou sur une toile.

Dans les instruments, « tout y est, même les composantes qui sont invisibles », comme « Le violon », peinture à l’huile de 1914.

Compagnon pendant près de 20 ans avec la ballerine Olga Khokholova, ami de grands musiciens comme Erik Satie et Igor Stravinsky, il n’était peut-être pas mélomane mais on « voyait bien que tout ce qui représentait la musique le fascinait », souligne la commissaire.

Musiciens et ballerines ont habité toutes ses périodes successives, y compris le néoclassique, ce qu’illustre bien le chef d’oeuvre « La Flûte de Pan » (1923), qui représente un adolescent jouant du syrinx auprès d’un autre dans un décor théâtral d’inspiration méditerranéenne.

Vers la fin de sa vie, la musique se convertit en une célébration. Faunes, satyres et autres personnages mythologiques peuplent ses oeuvres qui débordent d’énergie et de sensualité et font « entendre » une musique pittoresque qui fait allusion à l’univers de l’artiste.

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