La troupe de l'Atelier Pierre Poivre, costumée pour l'Avare

Le ministère des Arts et du Patrimoine culturel a finalement choisi deux pièces de théâtre parmi celles qui lui ont été proposées dans le cadre du plan de relance des industries culturelles suite à la crise de la COVID-19. Bien sûr, dans un pays “COVID safe”, les salles de théâtre ont rouvert leurs portes, mais le public n’est pas pour autant toujours au rendez-vous. L’Avare de Molière présentée par L’Atelier Pierre Poivre ainsi que All my sons d’Arthur Miller, présentée par The Academy of Performing Arts et la St. Helena Drama Society ont été filmées dernièrement et seront diffusées à la télévision et sur les plates-formes en ligne.

Après quatre mois de répétition, L’Avare et All my sons ont été filmées avec l’appui de la MFDC, respectivement les 19 novembre et 17 décembre. Et leur diffusion prochaine a été annoncée, hier, par le ministre de tutelle. Le choix de ces classiques de la littérature anglaise et française a été fait notamment dans le but de fournir un nouvel outil pédagogique aux enseignants en littérature, qui pourront ainsi présenter ces enregistrements sur écran, plutôt que d’organiser de fastidieuses sorties théâtre, encore plus difficiles en ces temps de distanciation physique. Bien sûr, ces enregistrements visent également les parents et élèves, et tous les amoureux de littérature et de théâtre, qui pourront les découvrir sur leur télévision ou leur écran d’ordinateur.
Depuis toujours, L’Atelier Pierre Poivre monte des pièces inscrites au programme de littérature, et c’est dans cet esprit que son metteur en scène, Rowin Narraidoo, a choisi de monter à nouveau L’Avare et de le faire jouer en costume. Il a réuni 13 comédiens pour cette pièce dont le rôle-titre, Harpagon, est incarné par Rajkuran Bumma, que l’on pourra reconnaître, en faisant fi de sa grande collerette, de sa barbe, ses sourcils fournis et ses cheveux blancs… Sa fille Élise est jouée par Stéphanie Mardi et l’amoureux de cette dernière, Valère, par Hans Aubeeluck. On retrouve aussi Jany Narraidoo dans le rôle de Frosine, ainsi que Kan Chan Kin (le multi-instrumentiste spécialiste de l’upcycling) dans le rôle de Brindavoine. La musique en live est assurée par le guitariste Hansley Félicité et la flûtiste Mégane Duvergé.
Bien connu dans le monde du journalisme et des médias, le metteur en scène de All my son n’est autre que Sobhanund Seeparsad. Cette pièce d’Arthur Miller pose la question de la responsabilité individuelle dans les grands événements de l’histoire. Écrite en 1946, cette pièce raconte l’histoire d’un fabricant de pièces détachées, qui fournissait l’aviation militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. On retrouve cet industriel prisé, véritable incarnation du rêve américain, chez lui quelque temps après l’armistice, et l’on apprend que son fils, pilote, est toujours porté disparu, tandis que son autre fils s’apprête à épouser Anna, l’ex-amie du disparu.

Derrière le rêve américain

Ces projets font remonter à la surface une vérité qui va minutieusement défaire l’image de réussite de Joe Keller. Ce dernier a, en effet, fourni pendant la guerre des pièces défectueuses aux forces aériennes américaines, qui sont à l’origine de 22 crashs, et donc de la perte d’autant de pilotes. L’industriel s’est toujours débrouillé jusqu’au temps de cette pièce, pour faire porter la responsabilité à son ancien associé… Comme dans Mort d’un commis voyageur et bien d’autres écrits, Arthur Miller condamne le modèle américain à travers un drame humain emblématique.

Pour cette pièce qui a été montée par Ashish Beessoondial il y a quelques années avec Sobhanund Seeparsad, ce dernier a réuni une nouvelle troupe de comédiens. Joe Keller est interprété par Tayab Nunkoo. Son épouse, Kate, par Raaniyah Mauthoor, Ann Deever par Kawthar Sahaduth et Georges Deever par Fawwaz Mandarun, tandis que Yusrah Dussoruth incarne Sue Bayliss.
Sinon, parmi les autres performances enregistrées dans le cadre de ce plan d’aide au secteur culturel, qui continue d’être impacté par la crise de la COVID avec l’arrêt des activités touristiques, des concerts et autres performances ont été filmés pour les célébrations de Divali et de Noël, et les prochaines diffusions se feront à l’occasion de la célébration de l’Abolition, le 1er février. Ce plan soutient le secteur culturel sans véritablement innover ou ouvrir de nouveaux marchés, en faisant en quelque sorte ce qu’une télévision nationale pourrait elle-même entreprendre, en se calant aussi sur les fêtes nationales et les pièces étudiées dans les collèges.