Covid et confinement obligent, la plateforme Stop Violans Kont Fam se réorganise pour veiller à la sécurité des femmes victimes de violences domestiques. Marie-Noëlle Elissac Foy, sa porte-parole, se réjouit que la Family Protection Unit ait mis en place des numéros d’urgence ainsi que l’application mobile Lespwar, dotée d’un « Panic Button », que la victime peut déclencher à tout moment en cas de danger. Elle met l’accent sur l’engagement pris la ministre de la Femme, Kalpana Koonjoo-Shah, à l’effet que les futures victimes puissent bénéficier de test Covid-19 avant leur prise en charge dans un des shelters de l’île, tout en soutenant la cause des victimes de violences domestiques et de leurs enfants. La plateforme Stop Violans Kont Fam est « en alerte comme durant le premier lockdown ».

Un an après le premier confinement, Maurice se retrouve face à une nouvelle vague de Covid-19. Que prévoit la plateforme pour que la justice ne reste pas « en quarantaine » par rapport aux cas de violence domestique ?

Ce deuxième confinement nous oblige malheureusement à reporter la série d’ateliers que nous avions prévus en mars dans le cadre de la Journée internationale des droits de la femme. La plateforme s’engage surtout dans un travail de sensibilisation et de plaidoyer. Grâce à un financement de l’ambassade des États-Unis, notre plateforme propose des ateliers – pour les entreprises et les communautés – sur le « violentomètre » et l’identification des premiers signes de violences.

Le 8 mars dernier, nous avons fait notre premier atelier. Nous avions un calendrier rempli avec des interventions à travers l’île. Nous espérons tout reprendre dès que la situation sanitaire le permettra. Ce Lockdown a pris tout le monde de court. Pour l’heure, la priorité de toutes les ONG est de se réorganiser et de veiller à la sécurité de leurs bénéficiaires. C’est tout à fait légitime.

Stop Violans Kont Fam est-elle mieux armée pour venir en aide à ces femmes ? Comment les centres opéreront-ils pendant ce confinement ?

On le sait désormais : le confinement contribue à limiter la propagation du virus, mais les femmes et les jeunes filles victimes de violences domestiques sont isolées des personnes et des ressources qui peuvent les aider. C’est un phénomène hélas ! mondial. Et Maurice n’y échappe pas. En 2020, nous avions tiré la sonnette d’alarme et plaidé pour que l’État ouvre des centres d’hébergement alternatifs afin d’accueillir des victimes en toute sécurité, sans compromettre la sécurité des ONG et de leurs résidentes.

Aujourd’hui, en 2021, la donne a un peu changé. D’abord, les autorités ont communiqué presque immédiatement sur le dispositif mis en place pour les victimes de violences. C’était important. Ce qui change surtout en 2021, du moins on l’espère, c’est l’application mobile Lespwar, lancée en novembre 2020 par l’État.

En principe, cette application devrait permettre aux victimes de demander de l’aide et aux policiers d’intervenir plus rapidement. C’était une des failles dans la prise en charge des victimes – le suivi des requêtes et la réactivité de la police. Cette application mobile vient, en principe, pallier le problème. Elle est en effet dotée d’un Panic Button que la victime peut déclencher en cas de danger. Il faut encourager les femmes qui connaissent déjà des situations de violences à télécharger cette application sur leur portable sans plus attendre. C’est une urgence immédiate.

Ensuite, nous savons que certaines ONG prennent les devants et prévoient d’autres espaces d’accueil pour des victimes. De notre côté, nous avons déjà référé une jeune femme à une des ONG de la plateforme. N’oublions pas que deux hommes ont déjà tué leur ex-compagne depuis le début de cette année.

Le ministère a aussi réagi promptement. Quels sont les services mis en place en urgence et comment pallier la résurgence de la pandémie ?

On a vu dès l’annonce du Lockdown, et c’est un bon signe, la police, le Government Information Service et la Family Protection Unit émettre des communications sur les numéros d’urgence et l’application Lespwar. La ministre Koonjoo-Shah s’est d’ailleurs déjà exprimée sur le dispositif mis en place par son ministère et a pris des engagements pour assurer la protection des femmes et des enfants. De plus, on apprend que les futures victimes pourront aussi faire un test Covid avant d’entrer dans un shelter.

C’est rassurant, car en 2020, il n’y avait pas eu beaucoup de communications, même s’il convient de l’intensifier encore cette année. Soulignons, une fois de plus, que le devoir de protection des victimes revient principalement à l’État. C’est le rôle du gouvernement. Cette fois, c’est encore plus important, car les conditions du  Lockdown sont plus strictes et le virus se propage plus vite.

L’an dernier, on avait enregistré huit cas de féminicide. À l’heure actuelle, quel est le constat ? Constate-t-on une amélioration dans la prise de conscience et une évolution des mentalités ?

La violence perpétrée par les hommes sur les femmes n’est pas un phénomène qui s’arrêtera du jour au lendemain. Je me souviens, en février dernier, avoir regardé le témoignage d’une jeune femme prénommée Pauline à la télévision française. Cela faisait deux ans qu’elle était harcelée par son ex-conjoint. Deux ans qu’elle était en danger. Deux ans qu’elle n’obtenait pas la protection de la police et de la justice en France. Ce cas m’a interpellée. Elle a dû témoigner à la télévision pour être enfin entendue. C’est une violence mondiale, systémique et enracinée, qui dépasse les frontières, les classes sociales, etc. Qu’il s’agisse d’une Pauline en France ou d’une Annick à Maurice, pourquoi la parole des femmes est-elle si souvent mise en doute ?

Les Mauriciens étant confinés, comment la plateforme vit-elle cette situation ? Quelles sont les mesures mises en place pour les femmes victimes de violences ?

Comme en 2020, nous sommes joignables sur la page Facebook Platform Stop Violans Kont Fam et nous pourrons rediriger toute requête vers les ONG de la plateforme. Nous restons en alerte, comme durant le premier « lockdown ».

Un autre sujet qui vous tient à coeur est l’entrepreneuriat. Nous voilà une fois de plus pris dans les filets de la pandémie. Quelles seront les mesures à prendre pour la survie de ce secteur ?

À l’annonce du Lockdown, j’ai surtout pensé aux petits entrepreneurs, qui commençaient à peine à sortir la tête hors de l’eau. Mais aussi à ceux qui ont déjà épuisé toutes les options (réduction de salaires, ralentissement des activités, endettement…) Mais il est encore trop tôt pour savoir quelles seront les conséquences de ce deuxième confinement.

En tant qu’habitante de Crève-Cœur, comment les habitants de la région et vous-même réagissez-vous face à la pandémie ?

Être confinée à Crève-Cœur, c’est une chance. On a tout sur place. On s’entraide. Depuis le premier Lockdown , il y a des groupes Facebook pour Crève-Cœur, Montagne-Longue et les villages avoisinants. On y partage de précieuses informations. Par contre, il faudrait être un peu plus discipliné sur le port du masque.

En tant qu’entrepreneuse, qui plus est engagée dans la cause des femmes victimes de violences, quelles sont, selon vous, les stratégies à mettre en place pour ne pas sortir encore plus déplumés de cette pandémie ?

La solidarité ! Il n’y a pas d’autre voie que la solidarité pour s’en sortir cette fois. Être solidaire, cela veut dire partager les opportunités afin que chacun puisse souffler financièrement.