À 34 ans, Diane Nuteau, Communications Specialist, a créé une entreprise qui fournit des services de conseil en matière de stratégies de croissance intégrée ainsi que des services de communication pour les start-up et les PME. Une approche innovante qui donne la possibilité aux entrepreneurs d’avoir une vision externe de leurs entreprises, et ce à travers un atelier interactif, The Creative Brainstorming. D’un point de vue de start-up et PME, Diane Nuteau trouve que les deux pourraient voir en cette crise comme une opportunité de collaborer avec d’autres PME pour consolider leur offre et créer une valeur attrayante pour de nouveaux clients. Elle évoque aussi en cas de perte d’emploi, l’option de se réinventer et de proposer leurs services en tant que freelance sur des sites Upwork, un marché de freelance au niveau international pour le travail en ligne. Son constat est que la crise « va engendrer une nouvelle vague d’entrepreneurs », ceux qui ont su identifier les opportunités générées par la crise, notamment une demande en termes de webmasters pour la création de site e-commerce, de même que celle d’agences digitales pour soutenir les campagnes de communication qui vont accroître.

Votre métier est d’accompagner les start-ups et les PME dans l’élaboration de leur stratégie de communication. Comment se passe le travail en confinement ?
Effectivement, mon métier est d’accompagner les start-up et PME dans l’élaboration de leur stratégie de communication et de marketing. Cela se fait habituellement à travers un atelier d’une journée qui se nomme « The Creative Brainstorming ». C’est un atelier interactif donnant l’espace aux employés et à l’employeur de repenser au statut actuel de l’entreprise, de voir ses activités sous un autre angle, d’imaginer de nouvelles possibilités ensemble et d’innover tout en ayant la croissance de l’entreprise pour objectif. Dû au confinement, la demande pour l’atelier d’une journée a considérablement baissé, je m’y attendais. Je me suis adaptée à la situation en proposant The Creative Brainstorming sous forme de coaching en one-to-one. Ce sont des sessions plus courtes, échelonnées sur plusieurs jours si besoin. La session dure une heure et est dédiée aux entrepreneurs et managers ayant le besoin de trouver les ressources nécessaires en eux, afin de surmonter les challenges auxquels ils font face.

Précisément, en quoi consiste la demande de vos clients, surtout qu’en ce moment le « work at home » est privilégié ?

La demande de mes clients actuels est principalement sous forme de coaching en ligne pour le moment. D’autres services en ligne seront proposés pendant le mois de mai.

Avec la pandémie et le confinement, beaucoup d’entreprises auront du mal à se relever et il y aura sans nul doute des licenciements. Comment remédier à cette situation ?

Malgré que le gouvernement ait mis en place un Government Wage Assistance Scheme (GWAS), quelques employés ont déjà été licenciés. Pour remédier à cette situation, il faudrait, selon moi, voir la situation sous des angles différents. À commencer par les start-up et PME, qui ont une période de trésorerie plus courte en comparaison avec les entreprises établies et, deuxièmement, ceux qui sont prêts à se réinventer et qui optent pour un emprunt (les facilités proposées par les institutions financières). La première réaction d’une start-up en ce moment, comme pour toute autre compagnie, est de minimiser les coûts. Dépendant de la nature de l’entreprise, rester en télétravail et proposer une transformation digitale pourrait déjà être un pas pour minimiser les coûts fixes. D’un point de vue de start-up et PME, ces entités pourraient aussi voir en cette crise comme une opportunité de collaborer avec d’autres PME pour renforcer leur offre et créer une valeur attrayante pour de nouveaux clients. Pour ceux qui perdront peut-être leur emploi, il est fort probable que cela soit le cas pour certains dans les mois à venir. L’option de se réinventer et de proposer ses services en tant que freelance sur des sites tels que Upwork pourrait aider à s’en sortir, car nous parlons là d’un marché de freelance au niveau international. Aujourd’hui, on peut travailler en ligne pour un client en Californie, au Ghana ou en Australie. Plusieurs possibilités existent; malgré la crise, je reste optimiste. Un client architecte m’a dit une fois: « C’est quand il y a des contraintes, que l’on innove et qu’on crée de belles choses. »

Comment relever la tête pour quelqu’un qui a choisi la voie de l’entrepreneuriat et qui aujourd’hui, avec le Covid-19, se retrouve au pied du mur ?

C’est difficile. On était loin d’imaginer un confinement de deux mois et demi ! Comment retrouver ce manque à gagner ? Je ne pense pas que cela soit la question à se poser en ce moment. Ce serait plutôt, que dois-je faire pour m’adapter à la situation, et vite. Il faut considérer la santé financière de la compagnie, mais pas que… Il faudra aussi s’appuyer sur d’autres points importants basés sur l’agilité. Il faut réagir vite à la situation (que ce soit au niveau des finances, au niveau du service, de la relation clientèle). Savoir reconnaître le besoin actuel de sa clientèle et s’adapter en fonction. Continuer à être optimiste, car c’est en étant dans cet état d’esprit que les idées viendront. Dans le mot impossible, on pourrait aussi lire « possible ». Il faut commencer par se dire que c’est possible !

Que devront faire les business et les entreprises pour se rebooster et éviter les licenciements en masse ?

Oser se démarquer – c’est LE moment de communiquer, de collaborer, de renforcer son offre et la valeur ajoutée du service/du produit. Il faudrait aussi accepter la transformation digitale et vite, et surtout ne pas mettre tous les œufs dans le même panier. Il faudra se diversifier.

Avec le Covid-19 qui s’éternise, doit-on assister à une mort lente du secteur de l’entrepreneuriat ?

Il y a de fortes chances que plusieurs start-up et PME mettent la clé sous le paillasson. C’est une triste réalité. Cependant, la force d’une start-up ou d’une PME actuellement est sa capacité à réagir vite au changement comparé à une entité établie. Il y a moins de hiérarchie, moins de procédures et une habileté à rebondir plus rapidement si les bonnes décisions sont prises à temps. Il y aura aussi une nouvelle vague d’entrepreneurs, ceux qui auront su identifier les opportunités à créer grâce à la crise. Par exemple, il y aura une demande pour des webmasters pour la création de site e-commerce, la création d’agences digitales pour soutenir les campagnes de communication va accroître ainsi que celle de plus de compagnies de logistique pour la livraison de colis, ce qui enchaînera une demande pour plus de chauffeurs.

On a vu les ravages de la pandémie sur l’humain, l’économie, le tourisme; et si demain le secteur de l’alimentation est aussi en crise, comment s’y préparer ?

Il y a des chances que cela arrive. Afin de mieux se préparer, il est important, selon moi, de favoriser la production locale pour que le gouvernement puisse mettre en place dès à présent les facilités nécessaires pour renforcer la capacité de production locale. Le Made in Moris résonnera davantage en nous. On sera appelé à revoir nos habitudes alimentaires et encore une fois cela pourrait être source d’innovation. Le besoin de revoir les sources d’approvisionnement de Maurice, commencer à favoriser davantage l’échange avec les pays de la région comme La Réunion, Madagascar, l’Afrique du Sud et l’Afrique de l’Est plutôt que de commander des pays occidentaux.

Ayant obtenu la première place au JCI Mauritius Creative Young Entrepreneur Award, votre projet a séduit de par sa proximité avec les start-up et PME, parlez-nous en. . .

La JCI en 2018 avait lancé ce concours national pour des jeunes entrepreneurs de moins de 40 ans. Il y avait deux étapes à ce concours, d’abord la soumission d’un business plan pour une présélection, et ensuite une présentation en personne devant les membres du jury pour défendre son projet. Nous étions une vingtaine pour la présélection. Il fallait présenter son business plan, démontrer comment le service qu’on proposait allait impacter positivement sur l’économie mauricienne et comment utiliser la créativité pour y parvenir. Tous les finalistes avaient des projets qui avaient un fort potentiel de réussite. Là où je pense m’être démarquée, c’est que j’avais choisi de travailler avec les start-up et PME – cette initiative était alignée avec le 10-Year Master Plan du gouvernement, la tendance à favoriser les produits et services locaux. Les PME représentaient, en 2016, 40% du PIB à Maurice et contribuaient 300 000 emplois, soit 55% de l’emploi. Mon concept, à ce moment-là, était embryonnaire. Aujourd’hui, The Creative Brainstorming est une approche innovante pour s’arrêter, inclure les membres de son équipe pour imaginer des solutions face à une stratégie, à un challenge ou à une opportunité. Le service est du sur-mesure pour des petites équipes. Favoriser l’intelligence collective en suivant une structure de réflexion préétablie, plutôt que laisser la prise de décision reposer uniquement sur l’entrepreneur. Un ‘think tank’ alliant créativité, business coaching, formation et team building tout en ayant une approche centrée sur l’humain. Bref, une plateforme pour mieux se comprendre (entre employeur – employés), s’aligner sur la vision de l’entreprise ainsi que les objectifs à atteindre. Mon objectif à travers The Creative Brainstorming est de renforcer les équipes ainsi que les PME en leur proposant mon approche collaborative et l’esprit intrapreneurial.

Vous aviez été particulièrement touchée par les commentaires du jury de la compétition JCI Mauritius Creative Young Entrepreneur Award à votre égard. Qu’avez-vous retenu de cette expérience mémorable ?

Les membres du jury de la JCI ont dit ceci : « This 5th edition has been looking for creative young entrepreneurs who had started a new business using creativity in product development, service development, and in their approach to the market or, who had taken an existing business and incorporated creativity to solve a problem, or change a process, to create positive change in their business operations. This year’s winner is Diane Nuteau of Diane Nuteau Communications Specialist, who provides integrated growth strategies and communications services for start-ups and SMEs, mainly in the form of interactive brainstorming sessions. The jury chairperson stated that the winner’s business demonstrated a strong social impact. »

Qu’en est-il également de votre participation au Total Startupper Challenge avec la troisième place grâce à votre projet « The Creative Brainstorming » ?

C’est grâce au concours de la JCI que j’ai osé participer au concours Total Startupper Challenge. Cela a été une excellente aventure et ça l’est encore. Total Mauritius a été d’un soutien extraordinaire avant, pendant et après le concours. En tant que participants, nous avons eu droit à des formations pour savoir comment pitcher notre projet à un investisseur. Le niveau était élevé. La présélection des dossiers s’est faite en Europe par des consultants attitrés par la maison maire et les présélectionnés ont défendu leur projet devant 14 chefs d’entreprises mauriciens. Être parmi les trois startuppeuses de l’année 2018-2019, c’est bénéficier, grâce à Total Mauritius, d’un chèque pour booster sa startup, d’une campagne de communication 360 pour créer de la notoriété de son activité, de l’accompagnement d’un mentor, d’un suivi et soutien continue de la part de Total. Ce concours m’a boosté en tant que jeune entrepreneure, et c’est grâce à Total que j’ai pu accélérer la croissance de mon activité.

Un mot sur votre concept de The Creative Brainstorming ?
Le Creative Brainstorming est une approche dynamique pour mieux comprendre où vous êtes et où vous allez avec votre équipe. Et les opportunités sont différentes de celles que vous imaginez déjà et les reviews sur Facebook par ceux qui s’y sont initiés sont élogieux.

Vous êtes aussi une excellente jongleuse de feu au sein de Fire Tribe Mauritius. Comment est née cette passion et quelle est votre technique d’approche ?

Fire Tribe Mauritius est un groupe de jongleurs de feu que j’ai cofondé, avec trois autres amis, en 2009. Cela naissait d’une passion que nous avons tous les quatre pour l’art de la jonglerie avec feu ! Quelle belle aventure. Cette passion est née quand j’étais à mon premier voyage en Afrique du Sud. J’étais dans un pub et j’ai vu une jongleuse de feu – l’aisance qu’elle avait, la complexité des mouvements, l’élément du feu et du danger, tout cela sous une forme esthétique – c’était du jamais vu pour moi. Je me suis dit que j’allais faire ça un jour. Ce n’est que quatre ans après que j’ai eu ma première paire de poi (aussi connu comme des bolas) et que j’apprends à jongler grâce à un ami mauricien. À l’origine, le poi fait partie de la culture Maori en Nouvelle Zélande. La pratique du poi a été adoptée par les occidentaux et a évolué internationalement et c’est ce que je pratique aujourd’hui. C’est une forme de méditation et d’activité physique qui comprend plusieurs bénéfices cognitifs – notamment l’amélioration de la mémoire, de la coordination des gestes et de la concentration. J’ai laissé la direction de Fire Tribe Mauritius à un des co-fondateurs du groupe l’année dernière afin de me consacrer à 100% dans mon activité professionnelle – The Creative Brainstorming.

Votre autre violon d’Ingres, l’art d’être comédienne mais aussi celui d’être mannequin… Quelle différence faites-vous entre la scène et le catwalk ?
Aaah… le catwalk date de plus de quinze ans. Très belle expérience aussi. Les deux activités m’ont aidée à grandir, à définir ma personnalité avant mes 30 ans. Le mannequinat, c’est le fait de paraître et la comédie, c’est être. Je préfère la comédie, car là, on apprend à être naturelle devant la caméra, tout en gardant le jeu d’acteur et en se rappelant du script.

S’il fallait vous décrire ?
J’aime la vie, j’aime les gens, j’aime rêver et j’aime essayer.

Comment vivez-vous ce confinement et quel autre talent vous êtes-vous découvert ?
À part le travail, le confinement est, pour moi, le moment de me poser. Je passe mon temps à lire sur les nouvelles tendances, à me documenter et à croire que ce moment nous est donné pour qu’on arrive à se poser les bonnes questions existentielles.

Votre regard sur la vie ?
Rien n’est acquis. Rester humble est la clé de celui qui veut être heureux.

Que comptez-vous faire après le confinement ?
L’une des premières choses que je vais faire est de mieux gérer mon temps en famille par rapport à mon temps passé au travail.