Arrivée de Koomadha sawminaden en cour de Moka ce matin, mercredi 9 décembre
  • Ce témoin crucial avance que le défunt lui avait dit sur la provenance de l’argent qu’il lui remboursait : « Mo ena bann bon dealings ek Yogida Sawmynaden »
  • Le frère du ministre a dit que Kistnen menaçait de tout dévoiler au PM s’il n’obtenait pas les sommes d’argent réclamées au ministre du Commerce pour s’acquitter de ses dettes
  • Me Rama Valayden demande la vérification des images des caméras CCTV pour lever le voile sur les mouvements d’une BMW rouge, précédée d’une motocyclette

La cinquième séance, hier, de l’enquête judiciaire pour faire la lumière sur le décès suspect de Soopramanien Kistnen a connu son lot de révélations. À la barre, le frère du ministre du Commerce, Koomadha Sawmynaden, a dévoilé pendant plus de trois heures des « pratiques frauduleuses et bons dealings » allégués lors de l’octroi de contrats de même que les dettes qu’avait contractées Soopramanien Kistnen auprès de lui et la manière dont il lui assurait le remboursement. Le nom du ministre Yogida Sawmynadena été cité lors de l’audition de ce témoin. Dans son grand déballage, Koomadha Sawmynaden cite aussi des noms de personnes proches du ministre ayant côtoyé la victime, dont le dénommé Ravi, que Soopramanien Kistnen devait rencontrer le 16 octobre en vue d’obtenir une somme d’argent. De son côté, Me Rama Valayden, détenant un Watching Brief de la famille Kistnen, a fait état de la nécessité de retracer une BMW rouge dans cette sinistre affaire.

Koomadha Sawmynaden devait indiquer qu’il a rencontré Soopramanien Kistnen pour la première fois lors des élections générales de 2005. Ils avaient gardé contact et en 2010 Soopramanien Kistnen lui avait demandé  Rs 60 000 pour rembourser un prêt immobilier. En 2015, la victime l’a sollicité cette fois-ci pour Rs 50 000 afin de payer ses employés n’ayant pas obtenu d’argent à temps dans le cadre de ses contrats avec le District Council de Moka. C’est par la suite en 2019 qu’ils commencent à se fréquenter plus souvent car Koomadha Sawmynaden décroche un contrat de rénovation d’un bâtiment dans la région de Bambous et demande à Soopramanien Kistnen d’entreprendre les travaux par le biais de sa compagnie Rainbow Construction Ltd.

Le témoin avance qu’en 2019 Soopramanien Kistnen ne pouvait payer ses employés et c’est lui qui a dû s’en charger. Ainsi, selon Koomadha Sawmynaden, la victime lui devait au total Rs 440 000. Alors qu’il ne cessait de lui demander quand il pourra lui rembourser, même en plusieurs tranches, il soutient que la victime lui aurait dit de faire preuve de patience, invoquant « ena bann bon dealings ek Yogida Sawmynaden ».

Le témoin ajoute que le 24 juin 2020, la victime lui avait donné deux chèques de Rs 200 000 chacun pour rembourser sa dette. Après avoir tenté d’encaisser un premier chèque, Koomadha Sawmynaden avait été informé par la banque qu’il s’agissait d’un chèque sans provision. Il en avait informé la victime, qui lui avait répondu « pann resi gagn larzan a tan ».

Ce n’est qu’à compter du 18 septembre 2020 que Soopramanien Kistnen commence à s’acquitter de ses dettes. Ainsi, le 18 septembre il lui donne rendez-vous au dispensaire de Moka pour lui remettre Rs 20 000 en espèces. Le 23 septembre à une station-service à Ebène, il lui donne Rs 30 000 et le 1er octobre dans un centre commercial à Helvetia, Rs 200 000. Lors de cette troisième rencontre dans l’aire de stationnement du centre commercial, Koomadha Sawmynaden raconte que Soopramanien Kistnen lui avait demandé de lui donner le chèque en bois, qu’il avait alors remis à une personne l’accompagnant dans une vannette blanche. Ladite personne avait alors remis une enveloppe avec une liasse de billets comptant Rs 200 000 à la victime pour qu’il la lui donne. Ainsi, à compter du 1er octobre, il ne restait que Rs 150 000 de dettes.

Contrat à la STC

Interrogé par Me Azam Neerooa, représentant du DPP, au sujet de la source de cet argent, il devait répondre que « c’est de Yogida Sawmynaden que provient l’argent » et que ce dernier avait même donné un téléphone portable à la victime pour pouvoir le contacter. Quant aux conversations qu’il avait eues avec la victime, Koomadha Sawmynaden confirme que la victime lui avait dit que le ministre du Commerce avait enregistré son épouse en tant que sa Constituency Clerk « et ki apre konfinnman Yogida ti apel li pou enn kotasion. Kan Kistnen inn al zoinn Yogida ti ena M. Appanah ar li. Linn dir mwa ki M.Appanah bofrer Jonathan Ramsamy. M. Appanah enn pros Yogida pandan kanpagn elektoral ».

À ce stade, le témoin évoque ce que lui avait raconté la victime au sujet de l’exercice d’appel d’offres pour le nettoyage des bureaux de la State Trading Corporation. Kistnen devait obtenir une partie du travail après avoir fixé un prix de Rs 20 par mètre carré mais le dénommé Appanah aurait raflé le contrat comme prévu alors que lui n’avait rien obtenu. La victime souhaitait ainsi rencontrer Yogida Sawmynaden, qui lui aurait demandé de « pa vinn get mwa ek pa kontakte mwa parski dimounn pe vey nou ».

Le dénommé Ravi

La victime aurait alors confié à Koomadha Sawmynaden qu’il était « déçu » de la tournure des événements car il était de plus en plus endetté. Et le frère du ministre du Commerce d’avancer alors que Kistnen «  inn fini fer mwa konpran ki li konn boukou kiksoz lor Yogida. Li ti konplis ansam ek Yogida, asosie pou bann move pratik relie a bann kotasyon STC. Li ti pe menas zot pou al fer denonsiasyon dan bann institisyon kouma L’ICAC ». Ainsi, selon Koomadha Sawmyaden, « Yogida Sawmynaden, Vinay Appanah ek Deepak Bonomally ti redevab anver Soopramanien Kistnen pou bann servis linn rann zot, ek zot inn promet li ki zot pou pey tou so bann det ».

C’est là qu’apparaît le dénommé Ravi, présenté comme l’intermédiaire de Vinay Appanah et Deepak Bonomally. Il aurait été envoyé pour régler les dettes de la victime. « Kistnen ti pe dir mwa ki Ravi inn dir li sak semenn ti pou pey li ant Rs 50 000 ek Rs 200 000 pou li ranbours so bann det. Ti pou osi fer li sign resi pou bann fos travay sipoze linn fer pou zot a traver so konpagni Rainbow Construction Ltd. Ravi ti pe deplase dan enn 4×4 blan ».

Aux dires de la victime auprès de Koomadha Sawmynaden, il allait empocher jusqu’à Rs 3 millions pour s’acquitter de ses dettes et Rs 2 millions de plus pour être en mesure de relancer son business. Koomadha Sawmynaden devait soutenir que selon la victime «  c’était la première fois qu’il rencontrait ce Ravi. Il me l’avait décrit comme quelqu’un de gentil et simple ». Le frère du ministre du Commerce met en avant que la victime devait obtenir son premier paiement de ce dénommé Ravi le 16 octobre. Il avait demandé à Soopramanien Kistnen de prendre ses précautions « ki li pe fer move swa ».

Le dernier contact Khoomadha Sawmynande avec la victime a été vers 13h30 ce 16 octobre. Kistnen lui avait indiqué que Ravi venait le rencontrer. Qui plus est, Koomadha Sawmynaden a expliqué que le 26 octobre dernier, un sergent de police de la CID de Quartier-Militaire l’a invité à venir dire tout ce qu’il sait sur cette affaire « me pa ti donn okenn statement sa zour-la mem si ti pas plis ki 3 zertan laba ». Et d’ajouter que le sergent lui aurait dit de ne pas parler de tout cela à qui que ce soit et qu’on le recontactera pour une déclaration – « me zot pann rapel mwa depi sa ».

Par ailleurs, la magistrate a réclamé que la MCIT fournisse tous les messages échangés entre la victime et Koomadha Sawmynaden pour les besoins de l’enquête judiciaire. Aussi, la magistrate a accordé une protection policière au témoin, après une requête formulée par son homme de loi, Me Roshi Bhadain. Ce dernier souhaitait aussi la saisie du téléphone portable de Yogida Sawmynaden, à laquelle la magistrate a refusé d’agréer à ce stade, soutenant attendre de recueillir davantage de preuves pour prendre une décision.


Mauritius Telecom réagit :  « Ces données sont stockées sur le serveur se trouvant au Government Online Centre »

Mauritius Telecom (MT) a tenu à apporter des précisions après une déclaration publique de Me Rama Valayden sur le stockage de données des caméras de la Safe City, dans le cadre des travaux de l’enquête judiciaire pour faire la lumière sur le décès suspect de Soopramanien Kistnen. Dans un communiqué émis hier, MT précise que « ce n’est pas sur nos serveurs que les données des caméras de Safe City sont hébergées ». D’avancer alors que « ces données sont stockées sur le serveur se trouvant au Government Online Centre » mais aussi que « aucun employé de MT n’a accès et ne peut pas avoir accès aux données de ces serveurs ».

Selon le communiqué, MT est uniquement responsable de la mise en place et de l’entretien de l’infrastructure de la Safe City, faisant ainsi un appel « au sens de responsabilité de tout un chacun » afin « de ne pas mettre en péril son intégrité et porter atteinte à sa réputation et à celle de ses employés ». Une déclaration qui sème la confusion, alors que le constable Abeeram avait indiqué dans l’enquête judiciaire qu’il avait obtenu des renseignements auprès d’un expert de MT concernant le stockage de données de ces caméras dernier cri. Ce qui avait même poussé Me Roshi Bhadain à lui demander s’il était possible qu’un employé manipule et efface des données sur le serveur de MT. Le policier n’avait pu répondre à cette question.