Yogida Sawmynaden, colistier du Premier ministre et leader du MSM à Moka/Quartier-Militaire (No 8), a été forcé à la démission à l’issue de son passage au Central Criminal Investigation Department (CCID) en fin de matinée hier. Durant ces dernières 48 heures, Lakwizinn du Prime Minister’s Office avait multiplié les contacts avec le ministre du Commerce afin qu’il soumette sa démission du cabinet ministériel de Pravind Jugnauth, l’étau se resserrant en effet autour de lui dans le cadre de la Judicial Inquiry sur les dessous du meurtre de l’agent du MSM Soopramanien Kistnen, qui ouvre la voie désormais à une série de dossiers empreints de malversations au niveau du ministère du Commerce et de la State Trading Corporation (STC). Yogida Sawmynaden a soumis sa démission comme ministre, évoquant un congé politique « pou al okip bann Case ».

Même en annonçant sa démission hier après-midi lors d’un point de presse éclair au bâtiment du Trésor, Yogida Sawmynaden n’a pipé mot sur les controverses dans lesquelles il serait impliqué, allant de l’affaire d’emploi fictif de Constituency Clerk de la veuve Simla Kistnen aux contrats empreints de malversations au niveau du ministère du Commerce ou à la STC, compagnie d’Etat tombant sous sa juridiction. « Après des consultations avec le Premier ministre, j’ai décidé de prendre un congé politique », fait-il comprendre lors d’un point de presse improvisé à la va-vite, alors que les journalistes étaient conviés au PMO pour un point sur la situation en ce qui concerne la COVID-19 par le ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal.

« Je travaille en ce moment sur des cas. Je me concentre également sur des actions que je devrais prendre pour contrer toutes ces allégations, voire des accusations fabriquées à mon encontre. Lorsqu’on est ministre, on doit travailler non seulement pendant 12 heures, mais plus de 24 heures. Mo pa kapav konsant mwa enn bout isi enn bout laba. Sinon gouvernman ki pou sorti perdan », dit-il en ajoutant : « Kouma nou dir : « Step down to come back stronger ». »

De simple conseiller municipal de Beau-Bassin/Rose Hill en 2001, puis adjoint au maire de la Ville des Fleurs en 2003, le colistier du chef du gouvernement au No 8 a connu une progression dans sa carrière politique lorsqu’il avait photographié Nandanee Soornack le jour du dépouillement des élections municipales, en décembre 2012, au collège Maurice Curé, à Vacoas. Deux ans plus tard, en décembre 2014, Yogida Sawmynaden est élu pour la première fois à Quartier-Militaire/Moka.

Le démissionnaire a changé de portefeuilles en trois occasions depuis 2014. Ainsi était-il d’abord au ministère de Jeunesse et des Sports du 15 décembre 2014 au 23 janvier 2017. Avec le « deal Papa-Piti », il est ensuite passé au ministère de la Technologie, des Communications et de l’Innovation, poste qu’il occupera du 24 janvier 2017 à novembre 2019, avant d’atterrir à l’issue des élections générales de 2019 au ministère du Commerce.
En parallèle, il y a eu la présence indélébile de son épouse, la notaire Wenda Sawmynaden, dont les services sont retenus par des corps parapublics, comme la Mauritius Housing Company Ltd, la SICOM, le Sugar Investment Trust, le Sugar Industry Pension Fund Board, la National Housing Development Co Ltd et quelques banques, à l’instar de la SBM, la DBM et la MauBank. Mais par-dessus tout, Wenda Sawmynaden a perçu Rs 7 millions d’honoraires dans la vente par l’État de l’ex-hôpital Apollo Bramwell, fleuron du groupe BAI de Dawood Rawat.

En parallèle, Harrykrishna Vydelingum, frère de Wenda Sawmynaden et beau-frère du ministre en partance, est nommé au conseil d’administration de la Mauritius Post Ltd, provoquant une polémique. Il plie bagage, mais pour être nommé en mars 2018 à la présidence du Mauritius Institute of Training and Development.

Il y a aussi eu l’épisode ou Yogida Sawmynaden et Leela Devi Dookun-Luchoomun ont croisé le fer, notamment en ce qui concerne Data Communications Limited (DCL), dont le contrat de fourniture de tablettes au ministère de l’Éducation a été résilié, mais en ayant perçu une avance de Rs 21,7 millions, entraînant alors une réclamation en justice de Rs 141,2 millions. En février 2017, la même société est retenue par le Central Procurement Board pour le compte du ministère de la Technologie, des Communications et de l’Innovation, qu’occupe Yogida Sawmynaden, pour relier plus de 160 écoles à l’Internet. Le directeur de la compagnie, Ganesh Ramalingum, demande une avance de Rs 45 millions sur l’avis du State Law Office. Un paiement qui est dénoncé dans le rapport de l’Audit de 2018-2019 puisque DCL, qui a depuis été mise en liquidation judiciaire, n’a jamais honoré son contrat.