Les 17 villages du district de Savanne n’ont pas fait exception en matière d’ambiance. Huit ans après les dernières élections villageoises, l’effervescence était loin d’être de mise pour l’exercice de dépôt de candidature dans les écoles des régions du district de Savanne hier. “J’étais convaincu qu’il y aurait une certaine animation”, concède Rajaye Putanah, du Groupement pour le Développement de Tyack, président sortant du conseil de village. À l’image de Tyack, les abords des établissements scolaires qui faisaient office de centres de dépôt à Rivière des Anguilles, Camp Diable, Rivière du Poste, Saint Aubain ou encore Baie du Cap, étaient aussi calmes…

Du côté des candidats (âgés de 20 à 73 ans), dans l’ensemble, il n’y a eu aucun empressement pour se faire enregistrer et à 15h, à la fermeture des écoles, les procédures étaient quasiment complétées, où la majorité des centres ont enregistré trois à cinq groupes et une moyenne de deux à trois candidats indépendants. Mais si à Baie du Cap les premiers candidats se sont présentés dès l’ouverture de l’école à 9h, en revanche, à l’école gouvernementale de La Flora, les préposés de la commission électorale ont patienté pendant longtemps avant de voir arriver les candidats escortés par Preetam Jeebun, peu avant 10h. Pour les affiches, oriflammes et autres manifestations folkloriques des grands jours, il faudra repasser…

À l’instar de Rajaye Putanah, plusieurs présidents, vice-présidents et conseillers sortants ont inscrit leur candidature aux villageoises du 22 prochain. Sibdic Domun, candidat du National Unity Party et ancien président du village de Camp Diable, ou encore Jean Didier Cousinery, du Groupe Social pour le Progrès de Bel-Ombre et président sortant, briguent à nouveau ces élections. Quant à ceux qui en sont à leur première participation aux villageoises, on retrouve un grand nombre de jeunes trentenaires et de femmes… au foyer, mais aussi celles employées dans différents secteurs, dont un médecin à La Flora. Et pendant que cette dernière s’inscrivait, Meela Mungur et Shalinee Heeroo, deux femmes actives dans la vie sociale du village, ont tenu à la soutenir et encourager, disent-elles, la participation féminine aux villageoises 2020. Éducatrice de 44 ans, Laxmee Devi Jankee se jette dans l’arène pour la deuxième fois. “C’est maintenant que le travail de terrain va commencer”, dit la candidate de Rivière du Poste, confiante. Dans ce petit village qui compte quelque 1800 électeurs, elle n’aura pas de mal, pense-t-elle, à convaincre ces derniers, qu’elle connaît bien d’ailleurs, car elle ne sera pas seule sur le terrain.

Donner un nouveau souffle au village : pratiquement tous les discours vont en ce sens lorsqu’il est question des enjeux pour ces prochaines élections. Pour les candidats en lice, il s’agit de créer des activités pour les jeunes, offrir de meilleures infrastructures afin de faciliter la vie des habitants. Mais dans leur programme, il n’est pas encore question de projets à caractère écologique. Au collège d’État de Saint-Aubin, Sylviane Volbert-Buckland, 23 ans, mère de famille de trois enfants et femme au foyer, veut siéger au prochain conseil pour doter son village d’une garderie. “Les parents doivent se rendre aussi loin que Souillac pour y déposer leurs bébés dans des garderies. Il n’est pas normal non plus que dans notre village nous n’avons pas d’école primaire ! Quand on doit inscrire nos enfants en Grade I à Rivière des Anguilles ou ailleurs, on nous informe que nous n’aurons pas la priorité !” explique la jeune femme, qui ambitionne de faire de la politique pour être un jour “ministre de l’Égalité des genres.”

Par ailleurs, si à Souillac, Cundapen Mootoo et Cela Gounden, candidats représentant le Groupement de l’Avenir, parlent ouvertement de “la politisation à outrance de ces élections villageoises”, ailleurs l’on refuse d’associer des couleurs politiques aux scrutins du 22 novembre. Au village de Souillac, où un peu plus de 3000 électeurs iront voter, les deux candidats déplorent la mainmise des politiques, y compris ceux de l’opposition, sur les villageoises. Toutefois, des candidats rencontrés ailleurs n’ont pas hésité à nous confier qu’ils avaient “le bon coup de main et le soutien” des agents d’un parti. “Nous avons travaillé avec eux aux dernières élections. Aujourd’hui, c’est normal qu’ils nous soutiennent », concède une candidate.

Marie Rosemay Lache, Groupe Social Pour le Progrès, Bel-Ombre :

« Les soins doivent être accessibles aux personnes âgées »

Laboureur, Marie Rosemay Lache a tenu à participer aux villageoises pour contribuer au développement de Bel-Ombre. Cette mère de famille, qui participe pour la première fois aux élections villageoises aux côtés du Groupe Social Pour le Progrès, explique qu’elle croit dans la politique de proximité, d’où sa motivation pour offrir aux habitants de sa région les meilleures facilités permettant leur développement et épanouissement. C’est sa capacité d’être à l’écoute des habitants de Bel-Ombre qui, selon notre interlocutrice, fera d’elle une conseillère efficace. D’ailleurs, un des problèmes qu’elle a identifiés et qu’elle souhaite remédier au plus vite est celui du transport public. « Pena enn ler fix pou gagn transpor. Akoz sa zenfan rant tar lekol. C’est aussi pour cette raison qu’il nous faudra trouver un moyen pour rendre les soins plus accessibles aux personnes âgées dans le village et non les contraindre à aller aussi loin que l’hôpital de Rose-Belle », dit la candidate de Bel-Ombre. Cette dernière ne cache pas sa satisfaction de voir que de nombreuses femmes, comme elle, s’engagent de plus en plus dans la vie active du village. Et de dire davantage : « Fam pe komans angaz zot. Mo krwar ki’nn ariv ler pou nou debout nou tou ansam pou nou plis solider dan nou bann langazman. Pa zis zom ki ena kapasite. Fam ena volonte, fode pa li per ! »

Neelen Veerapen, Groupement Pour le Dévelopement Social de Tyack :

« Je voudrais appliquer le concept Go-Green »

À 27 ans, Neelen Veerapen, agent administrateur de ventes dans une compagnie à Ébène, est le plus jeune candidat du Groupement Pour le Dévelopement Social de Tyack. C’est avec enthousiasme que le jeune homme nous confie que cette première participation aux élections villageoises est une occasion pour lui de faire ses preuves sur l’échiquier social et dans le développement rural. Des idées, il en a, dit-il. « Je voudrais ramener l’harmonie et l’unité familiales qu’on pouvait voir dans les villages à l’époque où les activités sociales réunissaient les familles. Avant, nous allions assister à un match de foot en famille. C’est cela que je souhaiterais voir à nouveau au village. » Se sentant très concerné par la cause écologique, Neelen Veerapen est en quelque sorte le « Monsieur environnement » de son groupe. S’il siège au prochain conseil du village, le jeune candidat veillera à ce que sa région reste propre et que les campagnes de nettoyage soient plus régulières. « Je voudrais appliquer le concept Go-Green, qui devient de plus en plus primordial dans une société soucieuse de l’environnement, à Tyack. Et rassembler un maximum de jeunes autour de ce concept. »