Dans les couloirs feutrés du Prime Minister’s Office, là où les portes se ferment plus vite qu’elles ne s’ouvrent, un surnom circule avec une insistance troublante : la “Bande des Cinq”. Un nom chuchoté, parfois ironique, parfois inquiet. Selon plusieurs sources politiques concordantes, ce cercle informel exercerait une influence décisive sur des nominations stratégiques au sein d’organismes parapublics sensibles, notamment ceux gravitant dans l’orbite du PMO et du ministère des Finances.
Le mot n’est pas neutre. Le vice-Premier ministre Paul Bérenger lui-même a parlé d’un “gang”. Un terme lourd, presque brutal, qui traduit le malaise grandissant jusque dans les rangs de la majorité. Quand un pouvoir parallèle commence à être nommé, c’est qu’il commence aussi à déranger.
L’ombre portée du Junior Minister
Ces cinq figures seraient toutes, selon nos informations, proches du blue-eyed Junior Minister Dhaneshwar Damry, décrit par certains observateurs comme le chef d’orchestre discret de ce réseau d’influence. Toujours selon ces sources, Damry se positionnerait comme un passage obligé, un filtre politique, multipliant les discours diplomatiques et les signaux de loyauté jusqu’au sommet de l’État. Certains vont plus loin et évoquent une ambition personnelle assumée, nourrie par la conviction d’incarner l’avenir du Parti Travailliste.
Toutefois, ces démêlés sur le plan financier et quelques ardoises ici et là et une rumeur évoquant une proximité avec l’entourage de l’homme d’affaires malgache Mamy sont toujours sous examen étroit.
Portraits d’un cercle qui fait parler
Rakesh Bhuckory, dit Bakri, occupe l’un des postes les plus sensibles du PMO : Chief of Staff. Ancien Campaign Manager de Navin Ramgoolam dans la circonscription No. 5, il est décrit comme méthodique, omniprésent, parfois trop. Plusieurs dirigeants d’organismes parapublics affirment avoir reçu de la part de celui qui est également membre de l’Economic Development Board (EDB), des instructions directes, court-circuitant les circuits institutionnels.
Une manière de faire qui, dit-on, irrite fortement le Premier ministre, au point qu’un rappel à l’ordre aurait récemment été nécessaire. Des ministres travaillistes ont également eu l’occasion de dénoncer un interventionnisme constant dans la gestion de dossiers qui relèvent de leurs prérogatives. Il y a aussi ces escapades en bonne compagnie qui sont aussi surveillées de près.
Ali Esmael, présenté comme responsable de la sécurité au PMO et dirigeant de CQ-Tech Mauritius Ltd, fait sourire certains fonctionnaires qui résument son rôle à l’installation de caméras CCTV. Proche de Zouber Joomaye, il s’était déjà illustré par un projet agricole de culture de macadamia resté, à ce jour, sans résultats visibles. On ne sait pas à ce stade si, en plein débats sur la sécurité alimentaire, ces terrains précieux ont été repris et accordés à des planteurs qui ont un vrai projet de diversification agricole.
Revendiquant une proximité avec Madagascar par son mariage, il traîne aussi, malgré lui, l’ombre judiciaire qui entoure un membre de sa belle-famille. On rapporte que c’est son épouse, très people, qui gère personnellement les dossiers de portes à glissière électrique de certaines VIP.
Vimal Naikeny, ancien proche du tandem Seegoolam–Padayachy sous l’ère MSM, n’a jamais renoncé à son rêve de diriger la SBM. Si un poste de COO semblait taillé pour lui, ses ambitions iraient bien au-delà. Des sources politiques affirment qu’il aurait joué un rôle central dans les coulisses financières de la dernière campagne électorale. Son influence supposée à Mauritius Telecom, depuis la SBM Tower, alimente les conversations. Ses problèmes pas très orthodoxes dans des positions antérieures sont régulièrement mis en avant pour le voir éloigné de la sphère premier ministérielle.
Rohit Ramnawaz, homme d’affaires bien connu, a occupé plusieurs postes stratégiques sous différents gouvernements. En mars 2023, ses sociétés ont fait l’objet d’un freezing order de la Cour suprême dans le cadre d’une enquête alors en cours. Aujourd’hui en poste à la MRA, il serait, selon nos informations, peu épanoui dans cette fonction et nourrirait l’espoir d’un retour à la SBM. Il est un fait que son passage dans le secteur aéroportuaire, sous un précédent régime travailliste, n’a pas laissé de bons souvenirs.
Ayush Gowreesunkur, visage familier de la communication visuelle durant la campagne électorale, est aujourd’hui Director of Projects chez Vertico Property Consultants. Son nom circule avec insistance pour un futur poste de COO à Mauritius Telecom. Son parcours personnel, marqué par des épisodes largement relayés dans la sphère publique, continue de susciter débats et interrogations dans les cercles politiques.
Il y a aussi dans cette bande des 5, des fois appelée Club des 7 – même si depuis les dénonciations du DPM, certains « pe ramass laké », le dénommé Karl Elysée de la circonscription No 5. Celui-là même qui est à la tête de l’autre compagnie poisson by-catch. Surnommé le Majordome, il est celui qui filtre les personnes qui peuvent obtenir des rendez-vous avec le PM et qui fait l’accueil des visiteurs au PMO.
La grande question
La question est désormais sur toutes les lèvres, parfois à voix basse, parfois à peine dissimulée : comment un groupe non élu a-t-il pu concentrer autant d’influence au cœur de l’appareil d’État ? Et surtout, pourquoi est-il toléré ?
Choix stratégique assumé ? Compromis politique fragile ? Ou glissement progressif du pouvoir vers une zone grise, hors radar démocratique ? Ou le prolongement du système de Lakwizinn de triste mémoire du règne MSM ?
À mesure que les nominations controversées s’enchaînent, une certitude s’impose : le malaise s’installe. Dans l’administration, chez les élus, et jusque dans les antichambres du pouvoir. Reste à savoir si cette “Bande des Cinq” n’est qu’une turbulence passagère… ou le symptôme d’un déséquilibre plus profond au sommet de l’État.

