« Les problèmes à la Banque de Maurice restent entiers »
Est-ce que son opinion ouverte sur la nomination du gouverneur de la Banque de Maurice et président de la Financial Services Commission, Rama Sithanen, entraînera une rupture avec le gouvernement de Navin Ramgoolam ? D’autant plus qu’au cœur de la crise qui secoue actuellement la Banque de Maurice, le Premier ministre (PM) a tranché en faveur de Rama Sithanen, poussant Gérard Sanspeur, le Second Deputy Governor, à faire ses cartons vendredi. Paul Bérenger, PM adjoint, a répondu sans détour : « Pa pou ena riptir ant Navin Ramgoolam ek Paul Bérenger. » Face à la presse, hier matin, il a réaffirmé la solidité de son partenariat avec le PM, ne s’est pas attristé du départ de Sanspeur, n’a pas fait l’éloge de Kishore Beegoo à Air Mauritius et a même concédé un aveu dans l’affaire AFRINIC.
Entre les « rumeurs de cassure », les nominations et le bras de fer ouvert entre le Gouverneur de la Banque de Maurice, Rama Sithanen, et le Second Deputy Governor démissionnaire, Gérard Sanspeur, le PM adjoint, Paul Bérenger a clarifié la ligne du gouvernement… et la sienne. Après avoir balayé d’un revers de main les « palabres » sur une éventuelle rupture entre son parti, le MMM, et le gouvernement – voire plus explicitement avec le PTr de Navin Ramgoolam –, Paul Bérenger a entamé son intervention d’hier en réaffirmant la solidité du partenariat « Bérenger-Ramgoolam ». Cette précision était prioritaire. Car, selon le PM adjoint, malgré des « divergences » qu’il a évoqué en toute franchise ces derniers temps – notamment autour de certaines nominations, dont celle de Rama Sithanen –, « pa pou ena riptir ant Navin Ramgoolam ek Paul Bérenger », a-t-il fait ressortir.
MK
Ces divergences sont en passe d’être aplanies : « Nou pe regle as we get along. Navin Ramgoolam et moi-même sommes bien décidés à régler ces différences dans l’intérêt supérieur du pays, et ceci n’est pas un slogan ! » D’ailleurs, a-t-il relevé, que ce soit dans le cas d’Air Mauritius – avec Kishore Beegoo à la présidence du conseil d’administration – ou de la Banque de Maurice, le PM Navin Ramgoolam et lui-même s’assoiront autour d’une table pour régler, selon les prérogatives de ce dernier, les problèmes clés des deux entités. « Ce sont, sans aucun doute, les deux problèmes les plus challenging que nous aurons à résoudre », a déclaré le PM adjoint. « La situation est très grave à Air Mauritius. Le sauvetage et la relance de la compagnie aérienne représentent un vrai défi », dit Paul Bérenger. Les discussions autour de la compagnie nationale entre les deux hommes forts du gouvernement avaient déjà été entamées, a laissé entendre ce dernier, et elles reprendront cette semaine. Si Kishore Beegoo ne fait pas l’unanimité au MMM, le PM adjoint reconnaît : « Parfois, ce que nous aurions souhaité au MMM ne se réalise pas toujours. Nous sommes dans une alliance, ce qui est inévitable. »
« Chacun devra assumer ses responsabilités »
« Navin Ramgoolam et moi avons déjà, à plusieurs reprises, abordé la situation à la Banque de Maurice », dit Paul Bérenger en ouvrant ce chapitre. Il confirme également, sans ambiguïté, qu’il n’avait « jamais été d’accord avec la nomination de Gérard Sanspeur » et que « chacun devra assumer ses responsabilités » pour cette décision et celle de Rama Sithanen. « Je ne dirai pas pourquoi j’étais opposé à la nomination de Gérard Sanspeur », a souligné Paul Bérenger. « Gérard Sanspeur est loin d’être le seul problème de la Banque de Maurice. Il était un problème mineur, un incident de parcours », a-t-il indiqué en laissant bien comprendre que la démission du concerné, vendredi dernier, ne résoudra pas les défis et enjeux auxquels la BoM fait actuellement face. Si entre Gérard Sanspeur et Rama Sithanen, le chef du gouvernement Navin Ramgoolam a tranché en faveur du deuxième, « les problèmes à la Banque de Maurice restent entiers », affirme Paul Bérenger, en rappelant les scandales financiers de la MIC et de la Silver Bank. À ce jour, répondant à une question de la presse, il insiste qu’une commission d’enquête n’est pas d’actualité. « Pli tar kapav fer tou komision danket ki dimounn oule. L’urgence est de sauver la banque de Maurice. » Paul Bérenger ne s’est pas prononcé sur le choix entre Sanspeur et Sithanen, mais a avancé que le PM et lui-même poursuivent leur discussion sur ce qui se passe actuellement à la BoM. Par ailleurs, Paul Bérenger a aussi avancé que Rama Sithanen n’est pas derrière le report de l’âge d’accès à la pension de la retraite de 60 à 65 ans
AFRINIC: « Nou’nn bien fane ! »
Sans dire davantage, mais suffisamment, le PM adjoint reconnaît qu’il y a eu des gaffes dans la nomination du juge Nicolas Ohsan-Bellepeau comme inspecteur spécial pour enquêter sur AFRINIC (le registre africain des adresses IP basé à Maurice a été placé en liquidation judiciaire en 2023 suite à des litiges commerciaux et des irrégularités dans ses élections.) « Nou’nn bien fane! Ne me demandez pas qui ‘nous‘ », dit Paul Bérenger en répondant à une question de la presse sur le rôle du gouvernement dans cette affaire. Il a aussi fait part que « le gouvernement et le Registrar of Companies décideront du prochain inspecteur » d’AFRINIC. Nicolas Ohsan-Bellepeau avait dû se retirer de ses fonctions après une injonction déposée par Cloud Innovation Ltd, ayant déjà jugé des dossiers liés à AFRINIC et Cloud Innovation.
Curé et Ramlochurn-Bunwaree
Victimes « d’une hystérie collective »
Pour le PM adjoint, il ne fait aucun doute, Frédérick Curé et Meela Devi Ramlochurn-Bunwaree étaient les bonnes personnes aux bonnes places, respectivement à la présidence du conseil d’administration d’Airports Holding Ltd, et de l’Agricultural Marketing Board. Paul Bérenger est revenu à nouveau hier sur cette affaire. La polémique suscitée dans le public par la nomination du premier, son gendre, et de la seconde, cousine de l’épouse du ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, a contraint les deux nominés à décliner l’offre gouvernementale. Cette pression qui a contraint ces deux personnes « honnêtes, qualifiées, compétentes et d’expérience » à refuser l’offre du gouvernement est, selon Bérenger, « triste et dangeureuse pour le pays. » Il a avancé que Frédérick Curé « est le genre de professionnel qu’il nous faut à la tête d’une institution à Maurice pour que nous puissions relever la tête après dix années de mauvaise gestion par le MSM », tandis que Meela Devi Ramlochurn-Bunwaree possède les qualifications requises, dont un MBA, et a été Chief Accountant et Financial Controller dans l’une des plus grandes entreprises touristiques de l’île. Tout en réitérant qu’il n’est pas à l’origine de la proposition du nom de Frédérick Curé, Paul Bérenger a déploré « l’hystérie soulevée principalement dans le cas de celui-ci. » « Une hystérie collective qui force des professionnels de valeurs à se retirer, alors que leur pays a besoin d’eux, ne peut qu’être dangereuse. Nou ena drwa pa dakor avek enn nominasion. Me nou pa gagn drwa reazir avek enn isteri ki fer ditor nou pei. »
Rodrigues, référendum
« Le Chef Commissaire est en train de play for time »
Après avoir, cette semaine, rencontré le Chef commissaire de Rodrigues, Franceau Grandcourt, ainsi que la Minority Leader Franchette Gaspard Pierre-Louis pour discuter de la situation politique dans l’île, Paul Bérenger a annoncé une nouvelle rencontre. Le PM Navin Ramgoolam et lui-même rencontreront séparément le Chef commissaire et Franchette Gaspard Pierre-Louis. « C’est une décision du Cabinet », dit-il, à la suite d’un rapport qu’il a présenté à celui-ci. Depuis que Paul Bérenger a exprimé sa déception face à la gestion de l’île par le gouvernement régional actuel et évoqué la dissolution de l’Assemblée régionale, il y a quelques semaines, il s’agit du premier contact entre le Chef commissaire et un membre du gouvernement national. Paul Bérenger a commenté le référendum souhaité par le Chef commissaire. « Mo’nn bien explik li ki enn referendum pa dan lalwa Moris », dit Paul Bérenger, affirmant avoir toujours été contre cet exercice : « C’est un outil dangereux (…) C’est pour cette raison que je n’ai jamais souhaité l’introduire dans notre loi. Nous avions dit ‘plus jamais de référendum’ lorsque nous avions pris le gouvernement en 1982. » Paul Bérenger a également indiqué au Chef commissaire que les questions devant figurer au référendum n’ont pas été présentées. « Sipoze poz kestion : ‘Eski ou an faver indepandans ekonomik ?’ Abe tou dimounn pou dir wi ! », lance Paul Bérenger, étant d’avis que « le Chef Commissaire est en train de play for time avec la question de référendum. » Toutefois, il dit retenir la proposition d’introduire le Dispute Resolution Mechanism dans la Rodrigues Regional Assembly Act. Autre sujet à l’agenda avec Franceau Grandcourt, le budget alloué à Rodrigues. « Zot ti oule plis kas », dit Bérenger, en relevant que Maurice décaisse un budget additionnel pour le développement de Rodrigues, à l’instar de la piste de Plaine Corail, et qui figure dans le budget national. La question de la dissolution de l’Assemblée régionale a été évoquée avec la Minority Leader. Mais selon Bérenger, le gouvernement régional ne dispose même plus de la majorité : un des commissaires s’est confié à lui pour se démarquer d’un exercice de communication par le Chef commissaire et d’autres commissaires. Le PM adjoint a signifié l’intention du gouvernement d’être à l’écoute des deux côtés de l’Assemblée régionale et sera attentif au rassemblement de l’OPR, prévu aujourd’hui.
Senior Counsels et Senior Attorneys
« La balle est dans le camp de la chef juge »
Avec la contestation en Cour suprême de la nomination de Senior Counsels et Senior Attorneys sur fond polémique, « la balle est désormais dans le camp de la chef juge », Rehana Mungly-Gulbul, commente Paul Bérenger, qui fait ressortir qu « il n’y a pas eu d’ingérance du gouvernement dans cette affaire. » Des « avocats et avoués vont la challenger ou la personne qu’elle aurait déléguée en Cour suprême. Pour le moment, la situation est malsaine », ajoute-t-il. Convenant : « En temps voulu, mais pas dans longtemps, à tête reposée et sans bousculer personne, le gouvernement aura à amender la Law Practitioners Act pour apporter des précisions, tout en respectant le judiciaire et le chef juge. » Paul Bérenger rappelle que, selon la Law Practitioners Act, les Senior Counsels sont nommés sur recommandation du.de la chef juge. « Toutefois, cette loi est particulièrement floue. » Les nominations de Senior Counsels, souligne-t-il, qui ont eu lieu après plusieurs années, ont suscité la polémique. « La loi, bien que présente, n’est pas précise sur un bon nombre de points. Elle indique simplement que “The President may appoint on the recommendation of the Chief Justice”. Il est donc clair qu’une nomination ne peut se faire sans les recommandations du Chief Justice, mais la loi ne précise pas qu’il peut déléguer cette responsabilité. Le Président ne peut, donc, procéder à des nominations sans l’aval du Chief Justice, mais ne dit pas qu’il.elle peut déléguer ses responsabilités. Le Président ne peut donc procéder à des nominations sans les recommandations de la chef juge. Li paret kler ousi ki Prezidan pa kapav azout kikenn an plis rekomandasion Sef Ziz. Il y a eu beaucoup d’échanges d’idées à ce sujet. Mais à ce stade, je considère que la balle est dans le camp de la chef juge (…) Me la kot inn arive sitiasion bloke. Mo krwar zis dan Moris ki kapav ariv enn zafer koumsa ! », déclare le PM adjoint.