2025 devait être l’année de l’entrée en action résolue de l’Alliance du Changement. Elle restera surtout comme une année de transition heurtée, marquée par de réelles difficultés à mettre en œuvre les promesses de campagne, dans un contexte institutionnel et financier lourdement hérité. Politiquement, l’alliance entre le Parti travailliste et le MMM a tenu, malgré quelques secousses sans gravité. Mais sur le terrain, les attentes se sont rapidement heurtées aux lenteurs administratives, aux arbitrages budgétaires contraints et à la complexité d’un État à réformer après des années de dérives dénoncées.
Les débats autour du coût de la vie et surtout de la pension ont cristallisé ce malaise. L’annonce gouvernementale, perçue comme un recul par rapport aux engagements électoraux, a nourri incompréhension et frustration. C’est dans ce climat qu’a refait surface la philosophie de la “caisse vide”, brandie pour justifier certains renoncements. Un argument difficilement recevable pour une opinion publique qui observe, dans le même temps, la capacité de l’État à mobiliser des milliards de roupies, notamment pour honorer la promesse héritée de l’ancien régime d’un quatorzième mois dans la fonction publique. Plus qu’un problème comptable, c’est une question de cohérence politique, de hiérarchisation des priorités et de crédibilité qui s’est posée.
Parallèlement, 2025 aura été une année exceptionnelle par l’ampleur des secousses judiciaires. La Financial Crimes Commission s’est imposée comme l’épicentre de la vie publique, avec une série d’arrestations sans précédent visant des personnalités majeures de l’ancien régime MSM. L’arrestation de l’ex-Premier ministre, dans l’affaire des valises contenant Rs 113,8 millions, a constitué un choc symbolique majeur. Elle a été suivie par celles de l’ancien ministre des Finances, de l’ex-gouverneur de la Banque de Maurice, de l’ancien commissaire de police, mais aussi du frère de l’épouse de l’ex-Premier ministre, arrêté dans un dossier illustrant l’extension des enquêtes jusque dans l’entourage familial du pouvoir déchu. À cela se sont ajoutées les interpellations de hauts responsables d’institutions stratégiques, de dirigeants d’organismes publics et de figures influentes du monde politico-économique. Jamais, dans l’histoire récente du pays, une telle concentration de pouvoir n’avait été simultanément rattrapée par la justice.
Cependant, cette vaste séquence de reddition de comptes a été brouillée par des choix de nominations controversés. Le maintien, voire la promotion, de personnalités au passif peu reluisant, parfois recyclées après avoir simplement changé de camp politique, a jeté une ombre sur la promesse de rupture morale. Ces intégrations, acceptées sans véritable examen critique ni sentiment de responsabilité, ont nourri le malaise d’une partie de l’opinion, convaincue que certains réflexes de l’ancien système survivaient sous de nouveaux habits.
À cela s’est ajoutée la démission précipitée du nouveau gouverneur, fragilisé par les démêlés judiciaires de son fils, poursuivi pour des faits graves et désormais familier des couloirs des tribunaux. Un épisode embarrassant, venu rappeler combien la question de l’exemplarité demeure centrale à un moment où la confiance publique reste fragile.
Dans ce tableau contrasté, quelques lueurs positives ont néanmoins traversé l’année. Sur la scène internationale, des sportifs mauriciens ont porté haut les couleurs du pays. Kimberley Le Court, par ses performances de très haut niveau, a confirmé la capacité de Maurice à s’imposer dans l’élite mondiale. À ses côtés, Noémie Alphonse, athlète autrement capable, a elle aussi fait rayonner le pays par ses exploits sur la scène internationale, rappelant que la détermination, le talent et le dépassement de soi restent des valeurs sûres, même dans une année politiquement tourmentée.
Ainsi, 2025 n’a pas été une année immobile, mais une année d’épreuves, de révélations et de contradictions, où l’intensité de l’action judiciaire a contrasté avec les hésitations du pouvoir exécutif. 2026 s’annonce dès lors comme une année décisive : celle où l’Alliance du Changement devra clarifier sa ligne, assumer ses choix, rompre avec les ambiguïtés et démontrer, enfin, que le changement promis peut se traduire en actes concrets, lisibles et équitables.
JANVIER
Le poids de l’héritage et l’ouverture des fronts sensibles
Janvier 2025 s’ouvre sur une impression paradoxale : celle d’un pays à la fois soulagé par l’alternance politique et immédiatement rattrapé par le poids des héritages. À peine installé, le gouvernement de l’Alliance du Changement se retrouve confronté à une réalité institutionnelle et financière autrement plus lourde que les slogans de campagne. Très vite, les promesses de rupture se heurtent à l’architecture d’un État fragilisé, endetté, et marqué par des années de décisions contestées.
Dès les premiers jours de l’année, un symbole frappe l’opinion. Celui qui avait été célébré quelques mois plus tôt comme Central Bank Governor of the Year (Africa) se retrouve brutalement au cœur de procédures judiciaires. L’image est saisissante : des honneurs internationaux aux salles d’interrogatoire, la chute est aussi rapide que brutale. Elle annonce surtout une séquence inédite : en 2025, les titres, les décorations et les réseaux ne constituent plus des boucliers absolus.
Dans le sillage de cette affaire, le nom de l’ancien ministre des Finances revient avec insistance. Les soupçons entourant certaines opérations de la MIC, longtemps murmurés, prennent désormais une dimension officielle. On parle de pressions, de validations internes discutables, de décaissements précipités. Le vocabulaire technocratique – board approvals, fair value, attachment orders – s’invite dans les conversations populaires, signe que la défiance envers les élites économiques et politiques s’est installée jusque dans le langage courant.
Le nouveau pouvoir, de son côté, assume une ligne dure. Pour ses partisans, il s’agit enfin de faire la lumière sur une décennie de gouvernance opaque. Pour ses détracteurs, la machine judiciaire ressemble à une chasse aux sorcières savamment orchestrée. Les premières plaintes, les convocations et les enquêtes alimentent ce clivage, alors même que l’exécutif répète qu’il n’interfère pas et que « la justice suit son cours ».
Parallèlement à ces secousses judiciaires, janvier est aussi le mois des grands chantiers politiques remis sur la table. Le gouvernement annonce la restauration des élections municipales, renvoyées pendant dix ans par le régime sortant. La date du 4 mai est fixée, et avec elle renaît la démocratie locale, mais aussi une inquiétude sourde : l’électorat urbain, longtemps privé de ce droit, sera-t-il indulgent ou sévère ?
Sur le plan institutionnel, les projets de réforme refont surface : collège électoral pour la présidence, fin de la déclaration ethnique des candidats, dose de proportionnelle. Autant de promesses lourdes de sens, mais aussi de résistances, tant elles touchent au cœur du système politique mauricien.
À l’international, le dossier des Chagos continue de planer comme une ombre stratégique. Un Joint Statement est en préparation, Londres évoque un front loading financier, mais rien n’est encore scellé. Le gouvernement avance prudemment, conscient que le moindre faux pas pourrait transformer une victoire diplomatique en piège politique.
Janvier révèle enfin une autre constante de l’année à venir : la fragilité sociale et humaine derrière les grands dossiers. Une contre-autopsie relance un débat douloureux sur la vérité judiciaire, la transparence et le respect des droits fondamentaux. Dans un pays secoué par les révélations, la question n’est plus seulement de savoir qui a fauté, mais jusqu’où l’État est capable de se regarder sans complaisance.
Ainsi, dès le premier mois de 2025, le ton est donné. Ce ne sera ni une année de transition tranquille, ni un simple passage de témoin. Ce sera une année d’examen de conscience national, où chaque institution, chaque décision passée, chaque silence sera appelé à rendre des comptes.
FÉVRIER
La bascule judiciaire et la chute des symboles, un ex PM arrêté
Février 2025 marque une rupture nette dans la séquence politique et institutionnelle du pays. Le mois restera comme celui où l’abstraction des soupçons laisse place à la matérialité des faits, où des noms longtemps associés au pouvoir basculent brutalement du statut de décideurs à celui de justiciables. Pour l’opinion publique, il ne s’agit plus de rumeurs ni de spéculations : la justice entre de plain-pied dans l’histoire immédiate.
Le 15 février constitue un moment charnière. Une perquisition menée par la Major Crime Investigation Team à Terre-Rouge aboutit à la saisie de plusieurs valises contenant Rs 113,8 millions, des devises étrangères, des montres et des documents au nom de l’ancien Premier ministre et de son épouse. L’affaire, rapidement baptisée « affaire des valises », provoque un choc sans précédent. Jamais un ex-chef de gouvernement n’avait été directement confronté à une telle situation. L’arrestation de Pravind Jugnauth, sa nuit passée en cellule au centre de détention de Vacoas, puis son inculpation provisoire pour blanchiment d’argent, font basculer le pays dans une nouvelle ère judiciaire, tout en rappelant le principe fondamental de la présomption d’innocence.
Dans le sillage de cette affaire, d’autres figures apparaissent au cœur de l’enquête : Chandradeo Oomah, Josian Laval Deelawon et Devianee Nuckchady Ramchurn. Les versions divergent, les responsabilités se contestent, mais l’impact est immédiat. La justice n’épargne plus les sommets de l’État, et la symbolique est lourde : l’autorité politique n’offre plus de protection automatique face aux enquêtes.
Deux semaines plus tard, un autre dossier emblématique refait surface : l’affaire Eco-Deer Park, également connue sous le nom de Black Label & Stag Party. L’arrestation de l’ancien Attorney General Maneesh Gobin pour abus de fonction à des fins de gratification met en lumière des pratiques anciennes restées longtemps sans suites judiciaires. Le fait qu’il n’ait jamais été inquiété sous le régime précédent alimente le sentiment d’un système à deux vitesses, aujourd’hui remis en question. Là encore, les accusations sont graves, mais la procédure suit son cours dans un cadre légal strict.
Février est également marqué par le retour à Maurice et la chute rapide de l’homme d’affaires Rakesh Gooljaury. Son arrestation dans le cadre d’un toxic loan de Rs 1,5 milliard accordé par MauBank, suivie d’accusations de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale, renforce l’idée d’un réseau d’influences étroitement lié à l’ancien pouvoir. Les ordres de gel visant des sociétés exploitant des marques internationales rappellent que les ramifications économiques de ces affaires dépassent largement la sphère politique.
Sur le plan politique, le gouvernement en place avance sur une ligne étroite. Il réaffirme ne pas interférer avec les enquêtes, tout en mesurant l’impact de ces arrestations sur la stabilité institutionnelle et la perception internationale du pays. La tentation du triomphalisme est évitée, mais le silence prudent de l’exécutif est parfois perçu comme un manque de pédagogie face à une population avide de compréhension.
Février 2025 ne se résume donc pas à une succession d’arrestations. Il incarne une bascule : celle d’un pays confronté à ses propres failles, où l’État de droit est mis à l’épreuve non pas dans les discours, mais dans les faits. Une page se tourne, sans garantie sur la suite, mais avec une certitude : plus rien ne sera tout à fait comme avant.
MARS
L’État sous pression, entre justice, diplomatie et réalités sociales
Après la bascule judiciaire de février, mars 2025 s’inscrit comme un mois de densification. Les affaires ouvertes ne se referment pas ; au contraire, elles s’élargissent, s’entrecroisent et commencent à produire des effets en chaîne sur le fonctionnement de l’État, la diplomatie et le climat social. Le pays avance désormais sous tension, conscient que chaque décision, chaque silence et chaque geste est observé, interprété et parfois instrumentalisé.
Sur le front judiciaire, la Financial Crimes Commission maintient la cadence. L’arrestation de l’ancien Attorney General Maneesh Gobin, dans le cadre de l’affaire Eco-Deer Park / Black Label & Stag Party, confirme que les enquêtes ne s’arrêtent pas aux symboles déjà tombés. Les soupçons de favoritisme et d’abus de fonction liés à l’attribution de vastes terrains domaniaux près de Grand-Bassin mettent en lumière des pratiques anciennes, longtemps tolérées, aujourd’hui exposées à la lumière crue des procédures. Le message est clair : l’ère de l’immunité politique implicite est révolue, même si la présomption d’innocence demeure un principe intangible.
Dans le même temps, la pression monte autour de l’affaire MIC, avec l’ancien ministre des Finances Renganaden Padayachy et plusieurs hauts cadres cités dans des schémas financiers complexes. Sans arrestations spectaculaires supplémentaires ce mois-là, les révélations progressives sur les mécanismes de décisions, les pressions internes et les montants en jeu entretiennent un climat de suspicion généralisée. L’État se retrouve face à un paradoxe délicat : démontrer que la justice fait son travail sans donner l’image d’un pays enlisé dans une crise permanente de gouvernance.
Mars est également marqué par un épisode climatique perturbateur. Le cyclone Garance, sans frapper Maurice de plein fouet, place le pays en alerte prolongée, tandis que La Réunion subit des dégâts humains et matériels considérables. Cet événement rappelle la vulnérabilité régionale et la nécessité de réponses rapides et coordonnées, à un moment où l’appareil administratif est déjà fortement sollicité sur d’autres fronts.
Sur le plan diplomatique, le dossier des Chagos gagne en intensité. Les discussions avec Londres entrent dans une phase critique, avec des garanties sécuritaires exigées par le Royaume-Uni et ses alliés. La question de l’influence géopolitique dans l’océan Indien, notamment celle de la Chine, s’invite ouvertement dans le débat. Les prises de position internationales, parfois abruptes, exposent Maurice à un regard extérieur plus dur, obligeant le gouvernement à manœuvrer avec prudence pour préserver à la fois la souveraineté revendiquée et la crédibilité stratégique du pays.
Mars est aussi un mois où les premières tensions sociales se dessinent plus nettement. Les débats autour du coût de la vie, de l’emploi et des services publics gagnent en intensité, alimentés par la publication de chiffres préoccupants sur la dette et les finances publiques. Le rapport de l’Audit, toujours omniprésent, agit comme un rappel brutal des contraintes structurelles qui limitent l’action gouvernementale. Derrière les discours rassurants, la marge de manœuvre apparaît étroite.
Enfin, mars révèle un malaise plus diffus mais tout aussi réel : celui des nominations et des continuités administratives. Certaines décisions, perçues comme des compromis excessifs avec l’ancien système, nourrissent un scepticisme croissant. La question n’est plus seulement de savoir si la justice avance, mais si la réforme de l’État suivra le même rythme.
Mars 2025 apparaît ainsi comme un mois de tension permanente, où l’État est simultanément sommé de rendre des comptes sur le passé, de négocier son avenir diplomatique et de répondre aux inquiétudes immédiates de la population. Une phase d’équilibrisme, annonciatrice de débats encore plus frontaux dans les mois à venir.
AVRIL
Fragilités exposées : santé publique, finances et image internationale
Avril 2025 installe un climat d’inquiétude diffuse. Moins spectaculaire que les mois précédents sur le plan judiciaire, il n’en est pas moins déterminant : les fragilités structurelles du pays apparaissent au grand jour, touchant à la fois la santé publique, les finances de l’État et l’image internationale de Maurice. L’actualité se densifie, non par l’éclat d’un événement unique, mais par l’accumulation de signaux d’alerte.
Sur le plan sanitaire, la recrudescence des cas de chikungunya et de dengue ravive de mauvais souvenirs. Les autorités renforcent les mesures de surveillance, de fumigation et de contrôle aux frontières, notamment pour les passagers en provenance de La Réunion. Si la situation reste sous contrôle, elle met en lumière les limites persistantes du système de prévention et la difficulté à anticiper des crises sanitaires dans un contexte de mobilité régionale accrue. Les débats publics s’intensifient sur la réactivité de l’État, mais aussi sur la communication, jugée parfois tardive ou insuffisamment pédagogique.
Parallèlement, les finances publiques reviennent au cœur des préoccupations. Le dossier Air Mauritius continue de susciter interrogations et scepticisme. Malgré les annonces répétées de redressement, les montants injectés depuis 2020 demeurent difficiles à retracer de manière limpide. La conversion de dettes en actions améliore la présentation comptable, mais ne dissipe pas les doutes sur la soutenabilité à long terme du modèle. Avril est marqué par une série de révélations techniques qui, mises bout à bout, donnent l’image d’un sauvetage encore inachevé, où la transparence peine à suivre le rythme des décisions.
La Financial Crimes Commission poursuit, en toile de fond, son travail d’examen des dossiers complexes. Sans arrestations majeures ce mois-là, les investigations progressent, notamment autour de certaines opérations financières sensibles. La justice avance à pas mesurés, consciente que chaque procédure devra résister à l’épreuve du temps et des tribunaux. Cette lenteur apparente, parfois critiquée, est aussi le reflet d’une volonté de solidité juridique.
Avril est également un mois délicat pour l’image internationale de Maurice. La publication d’analyses critiques dans la presse étrangère, soulignant un recul perçu en matière de gouvernance et de compétitivité, agit comme un électrochoc. Si le pays conserve des atouts indéniables, le discours flatteur d’hier cède la place à une lecture plus nuancée, voire sévère, de son modèle économique. Les autorités s’efforcent de rassurer, mais la question demeure : comment restaurer la confiance sans réformes profondes et visibles ?
Sur le plan social, plusieurs faits divers viennent rappeler la vulnérabilité de certaines catégories, notamment des femmes et des visiteurs étrangers, ravivant le débat sur la sécurité dans les espaces publics. Ces événements, bien que ponctuels, ont un impact disproportionné sur la perception globale du pays, en particulier dans un contexte touristique déjà fragilisé.
Enfin, avril révèle un malaise institutionnel latent. Certaines nominations à des postes stratégiques suscitent interrogations et critiques, non tant pour leur légalité que pour leur opportunité. Le maintien de figures au passif controversé alimente l’idée d’un changement encore incomplet, voire sélectif. Sans provoquer de crise ouverte, ces choix interrogent la cohérence entre les promesses de rupture et la réalité du pouvoir.
Avril 2025 apparaît ainsi comme un mois de mise à l’épreuve silencieuse. Loin des coups d’éclat judiciaires, il confronte le pays à ses failles structurelles et à la nécessité d’un cap clair. La question n’est plus seulement de juger le passé, mais de savoir si l’avenir se construira sur des bases suffisamment solides pour éviter la répétition des mêmes fragilités.
MAI
Le retour des urnes, sans illusion
Mai 2025 marque le retour effectif des élections municipales après une décennie de reports successifs. Sur le plan institutionnel, le scrutin du 4 mai constitue un signal important : celui d’un rétablissement de la démocratie locale, longtemps mise entre parenthèses. Sur le plan politique et civique, en revanche, le mois révèle surtout les limites structurelles des municipalités et la distance persistante entre les citoyens et l’action publique de proximité.
Les résultats donnent une très large victoire à la coalition de l’Alliance du Changement, au pouvoir depuis les élections législatives de 2024. Elle remporte 117 des 120 sièges ainsi que les cinq villes du pays. Avec un taux de participation de seulement 26 % des inscrits, l’abstention de plus de 70 % met en avant le manque de marge de manœuvre des municipalités sur les budgets, les projets et les infrastructures, ce qui amène les électeurs à se désintéresser du scrutin.
Ce paradoxe — victoire électorale massive mais mobilisation minimale — résume à lui seul l’ambivalence du mois. Le processus électoral s’est déroulé sans incident notable, avec un dépouillement rapide et une organisation maîtrisée. Sur le plan démocratique, l’exercice est donc réussi. Mais l’ampleur de l’abstention souligne une réalité plus inconfortable : pour une majorité d’urbains, les élections municipales ne sont plus perçues comme un levier réel de changement, tant les pouvoirs des conseils municipaux apparaissent contraints, dépendants de l’État central et limités dans leur capacité d’action concrète.
Sur le front social et économique, mai ne dissipe pas les tensions accumulées depuis le début de l’année. Le coût de la vie reste la préoccupation dominante, tandis que la mise en œuvre du quatorzième mois, engagement hérité de l’ancien régime et assumé par le nouveau pouvoir, continue de produire des effets contrastés. Si la majorité des entreprises s’y conforment, des retards, des contestations et des interprétations divergentes émergent dans certains secteurs, révélant la fragilité de l’équilibre entre justice sociale et soutenabilité économique.
Le dossier Air Mauritius continue, lui aussi, de hanter l’actualité. Malgré les annonces de redressement et les ajustements comptables opérés, les interrogations persistent sur la gouvernance passée, la traçabilité des fonds injectés et la viabilité à moyen terme du modèle économique retenu. La compagnie nationale demeure un symbole à double tranchant : celui d’un État obligé de réparer les erreurs du passé, tout en peinant à convaincre sur la clarté de sa trajectoire future.
Sur le plan politique, mai met également en lumière une zone de fragilité du discours de changement. Certaines nominations ou reconductions à des postes stratégiques suscitent des interrogations persistantes, notamment lorsque des personnalités au passif controversé réapparaissent dans l’appareil institutionnel après de simples recompositions d’allégeances. Sans provoquer de crise ouverte, ces choix alimentent un scepticisme diffus et interrogent la capacité réelle du système à se renouveler en profondeur.
À l’international, le mois est marqué par une avancée majeure avec la conclusion de l’accord sur la souveraineté mauricienne des Chagos, saluée comme l’aboutissement d’un combat historique. Mais là encore, l’enthousiasme reste mesuré. La mise en œuvre concrète de l’accord, les attentes des Chagossiens et les implications géostratégiques à long terme rappellent que la victoire diplomatique ne saurait masquer les défis à venir.
Ainsi, mai 2025 apparaît comme un mois institutionnellement important mais politiquement sobre. La démocratie locale est restaurée, mais sans élan populaire. Le pouvoir consolide ses positions, mais sans enthousiasme massif. Le message envoyé par les urnes est clair : la légitimité existe, mais elle est conditionnée à des résultats tangibles sur le terrain du quotidien.
JUIN
La fracture sociale autour de la pension et l’épreuve de la crédibilité
Juin 2025 s’impose comme l’un des mois les plus sensibles de l’année. C’est celui où les arbitrages économiques du gouvernement entrent en collision frontale avec la réalité sociale, transformant des débats techniques en crise politique latente. La décision de relever progressivement l’âge de la pension de vieillesse à 65 ans agit comme un révélateur brutal : derrière les équations budgétaires se cache une question plus large de justice sociale, d’empathie politique et de crédibilité des promesses électorales.
L’annonce gouvernementale, justifiée par la nécessité de contenir la dérive des finances publiques, déclenche une onde de choc immédiate. Syndicats, collectifs de retraités et simples citoyens expriment leur colère face à une mesure perçue comme une rupture du contrat social. Le message porté dans la rue est sans ambiguïté : « pension à 60 ans, pas négociable ». Au-delà du slogan, c’est un sentiment de déclassement et d’injustice qui s’exprime, particulièrement parmi ceux dont les carrières ont été marquées par la pénibilité, la précarité ou des revenus modestes.
Pour l’exécutif, l’équation est délicate. D’un côté, les chiffres sont implacables : vieillissement de la population, pression croissante sur les dépenses sociales, dette publique élevée. De l’autre, le calendrier politique et la mémoire des promesses de campagne rendent toute inflexion extrêmement coûteuse sur le plan symbolique. La référence récurrente à la « caisse vide », utilisée pour justifier la rigueur, passe mal dans une opinion publique qui observe, dans le même temps, la mobilisation de milliards pour honorer des engagements hérités du passé, notamment le quatorzième mois dans la fonction publique.
Juin est également marqué par un avertissement venu de l’extérieur. Les agences de notation, Moody’s en tête, rappellent les risques liés à une trajectoire budgétaire jugée encore fragile. Sans dégrader immédiatement la note souveraine, leurs analyses soulignent les execution risks et l’ambiguïté des chemins de consolidation annoncés. Pour le gouvernement, ces signaux constituent une contrainte supplémentaire : il faut rassurer les marchés sans donner l’impression de sacrifier le tissu social.
Sur le plan économique, d’autres facteurs aggravent la tension. La flambée des prix du pétrole, sur fond de crispations géopolitiques, alimente les craintes d’un renchérissement du coût de la vie. Le secteur touristique, pilier de l’économie, montre des signes d’essoufflement au premier trimestre, alors même que les destinations concurrentes de la région enregistrent de meilleures performances. Ces éléments nourrissent un climat d’inquiétude diffuse, où chaque annonce est scrutée à l’aune de son impact concret sur le quotidien.
Dans ce contexte déjà tendu, les affaires judiciaires continuent d’avancer en arrière-plan. Les enquêtes liées au Reward Money et à certains contrats publics progressent, rappelant que la promesse de moralisation de la vie publique reste un chantier ouvert. Si juin n’est pas marqué par des arrestations spectaculaires supplémentaires, la multiplication des révélations entretient l’idée d’un système encore en déconstruction.
Juin 2025 apparaît ainsi comme un mois de confrontation directe entre rigueur économique et attentes sociales. Il met à l’épreuve la capacité du pouvoir à expliquer, à écouter et, le cas échéant, à corriger. Plus qu’un simple débat sur l’âge de la pension, c’est la question de la confiance qui se joue : confiance dans la parole politique, dans la cohérence des choix et dans la promesse que l’effort demandé sera équitablement réparti. Une épreuve dont les répercussions se feront sentir bien au-delà du mois lui-même.
JUILLET
Entre vulnérabilités structurelles et éclats de fierté nationale
Juillet 2025 s’inscrit dans une dynamique contrastée. Alors que plusieurs fragilités structurelles refont surface — environnement, gouvernance publique, services aux citoyens — le mois est aussi marqué par des moments d’élévation collective, portés par des performances sportives d’exception qui rappellent la capacité du pays à briller au-delà de ses turbulences internes.
Sur le plan des politiques publiques, l’environnement occupe le devant de la scène. Les alertes sur l’érosion côtière, la pression foncière et la gestion du littoral se multiplient, nourries par des études et des prises de parole d’experts. Le constat est désormais largement partagé : à l’horizon 2050, certaines portions du rivage pourraient reculer de manière significative, imposant une refonte des stratégies d’aménagement. Les initiatives officielles, bien que saluées dans leur intention, peinent encore à convaincre sur leur capacité à produire des résultats rapides et mesurables. Le débat se cristallise autour d’un enjeu central : comment concilier développement économique, accès public au littoral et préservation durable des écosystèmes ?
Dans le même temps, des décisions touchant aux loisirs et au patrimoine collectif ravivent un sentiment de déclassement. La fermeture d’infrastructures emblématiques, justifiée par des considérations de rentabilité, suscite incompréhension et frustration. Ces épisodes relancent la question du rôle social de l’État et des entités publiques : doivent-elles être gérées uniquement selon des critères financiers, ou intégrer une dimension de service à la population, même lorsque la rentabilité immédiate n’est pas au rendez-vous ?
Sur le front institutionnel, juillet est également marqué par la persistance de dossiers sensibles. Les enquêtes liées aux pratiques passées de certaines institutions continuent leur progression, sans annonces spectaculaires mais avec une accumulation de révélations techniques. Cette temporalité judiciaire, souvent lente, contraste avec l’impatience de l’opinion publique. Elle rappelle toutefois une exigence fondamentale : la solidité des procédures prime sur la rapidité des conclusions.
C’est dans ce contexte parfois pesant que le sport vient offrir une respiration bienvenue. À l’international, Kimberley Le Court réalise des performances remarquées sur le circuit féminin, confirmant son statut d’athlète de haut niveau et inscrivant le nom de Maurice sur des compétitions prestigieuses. Son parcours, construit dans la durée et loin des effets d’annonce, illustre une réussite fondée sur le travail, la discipline et la constance.
Dans un autre registre, Noémie Alphonse, athlète autrement capable, s’illustre elle aussi sur la scène internationale. Ses résultats, obtenus face à une concurrence mondiale relevée, dépassent la seule dimension sportive. Ils portent un message fort sur l’inclusion, la résilience et la capacité à repousser les limites imposées par le handicap. Pour beaucoup de Mauriciens, ces succès constituent une source de fierté rare dans une année dominée par les inquiétudes économiques et sociales.
Juillet 2025 apparaît ainsi comme un mois de contrastes assumés. D’un côté, des fragilités persistantes qui interrogent la cohérence des politiques publiques et la capacité de l’État à anticiper. De l’autre, des réussites individuelles qui rappellent que l’excellence peut émerger même dans un environnement contraint. Entre désillusions collectives et éclats de fierté, le pays poursuit sa route, conscient que les symboles positifs ne sauraient remplacer les réformes nécessaires, mais qu’ils contribuent, malgré tout, à maintenir un lien précieux avec l’espoir.
AOÛT 2025
Autorité ébranlée, nominations contestées et climat de défiance
Août 2025 confirme un tournant délicat pour les institutions mauriciennes. Le mois est dominé par une accumulation de dossiers sensibles mêlant gouvernance, sécurité publique et crédibilité de l’appareil d’État, sur fond de malaise persistant au sein de l’opinion. Sans rupture brutale, mais par une succession d’événements convergents, le climat de défiance s’installe durablement.
Au cœur de l’actualité figure l’extension de l’affaire dite du Reward Money au sein de la police. Les investigations, menées sur plusieurs mois, révèlent l’ampleur d’un système de détournement présumé de fonds publics, avec des montants qui atteignent des niveaux sans précédent. Arrestations successives, gels d’avoirs et auditions sous avertissement se succèdent, impliquant des officiers de haut rang. Pour les autorités, l’enjeu dépasse largement les responsabilités individuelles : il s’agit désormais de restaurer la crédibilité d’une institution centrale, pilier de l’État de droit. La lenteur relative des procédures, bien que juridiquement compréhensible, alimente toutefois un sentiment d’impatience dans la population.
Parallèlement, le mois est marqué par une vague de contestations autour de nominations politiques et para-publiques. Plusieurs personnalités fraîchement nommées à des conseils d’administration ou à des postes stratégiques se retirent après la révélation de liens familiaux, de passifs controversés ou de conflits d’intérêts potentiels. Ces retraits, présentés comme des décisions personnelles, jettent une lumière crue sur les mécanismes de sélection et relancent le débat sur le népotisme, le recyclage de profils controversés et l’absence de critères clairs de probité. L’impression d’un système à géométrie variable — tolérant pour certains, implacable pour d’autres — s’installe dans le débat public.
Sur le plan économique et social, août est également marqué par des signaux de tension dans des secteurs clés. Le tourisme continue de montrer des signes d’essoufflement, tandis que les services publics font face à une pression accrue, notamment dans le transport et la santé. À cela s’ajoutent les inquiétudes liées à la sécurité, avec une recrudescence de faits divers qui alimentent le sentiment d’insécurité, tant chez les citoyens que chez les visiteurs. Ces perceptions, parfois amplifiées par les réseaux sociaux, n’en demeurent pas moins un indicateur de fragilité du contrat social.
Dans ce contexte, les autorités tentent de reprendre la main par des annonces de baisses ciblées de prix sur certains produits de consommation et par des discours appelant à la patience et à la responsabilité collective. Si ces mesures sont accueillies favorablement par une partie de la population, elles ne suffisent pas à dissiper le malaise de fond, nourri par l’impression que les réformes structurelles tardent à se matérialiser.
Août 2025 apparaît ainsi comme un mois charnière, où les failles du système de gouvernance sont exposées sans détour. Les enquêtes en cours, les démissions en cascade et les interrogations sur l’exemplarité des élites rappellent une évidence : la crédibilité de l’action publique repose autant sur la rigueur des procédures que sur la perception d’équité et de cohérence. À défaut de réponses claires et durables, le risque est réel de voir s’installer une défiance profonde, difficile à inverser à moyen terme.
SEPTEMBRE
Vérités judiciaires, réformes en suspens et lignes de fracture
Septembre 2025 s’ouvre sur une atmosphère lourde, dominée par la convergence de dossiers judiciaires sensibles, de débats institutionnels non tranchés et d’inquiétudes persistantes quant à la gouvernance. Le mois agit comme un révélateur : les lignes de fracture, déjà perceptibles les mois précédents, deviennent plus visibles et plus structurantes.
Sur le plan judiciaire, plusieurs affaires poursuivent leur trajectoire procédurale, sans emballement mais avec une accumulation de faits qui pèsent sur l’opinion publique. L’enquête judiciaire autour de la mort de John-Mick Martingale entre dans une phase décisive. Les éléments versés au dossier, les auditions et les expertises médico-légales renforcent la gravité des interrogations sur les conditions de détention et les responsabilités institutionnelles. L’affaire dépasse le cadre d’un fait divers : elle interroge le fonctionnement du système carcéral, la protection des détenus et la capacité de l’État à faire toute la lumière sur une mort qualifiée d’« non naturelle ». Le rythme de la justice, rigoureux mais lent, entretient une tension palpable.
Dans le même temps, le vaste scandale du Reward Money continue de produire ses effets. Après plusieurs mois d’enquêtes, l’onde de choc atteint désormais les plus hauts niveaux de responsabilité policière. Les auditions et arrestations successives, menées sous le contrôle des autorités compétentes, donnent la mesure d’un système présumé structuré, dont les ramifications semblent profondes. L’enjeu, à ce stade, n’est plus seulement pénal : il est institutionnel. La question centrale demeure celle de la refondation de mécanismes de contrôle interne crédibles, capables d’empêcher toute répétition de telles dérives.
Sur le terrain politique, septembre est également marqué par la reprise du débat sur la réforme électorale. Les discussions, relancées au plus haut niveau, mettent en évidence des désaccords persistants sur la proportionnelle, la composition du Parlement et la question, toujours sensible, de la déclaration communautaire. Si le principe d’une réforme fait consensus sur le papier, les modalités pratiques divisent encore profondément. L’absence de calendrier précis nourrit le scepticisme, certains observateurs redoutant que la réforme ne reste cantonnée au registre des intentions.
Au chapitre de la gouvernance économique, les tensions restent vives dans plusieurs entreprises et institutions publiques. À Air Mauritius comme à la Banque de Maurice, des changements au sommet suscitent interrogations et attentes prudentes. Les enjeux sont lourds : stabilité financière, crédibilité internationale et gestion responsable des fonds publics. Les décisions prises durant le mois témoignent d’une volonté de reprise en main, mais elles se heurtent à un héritage complexe et à des attentes élevées de transparence.
Enfin, septembre 2025 est aussi traversé par une fronde sociale persistante, notamment autour du relèvement progressif de l’âge de la pension universelle à 65 ans. Les mobilisations syndicales, bien que contenues, restent fermes dans leur message. Pour une partie de la population, cette réforme symbolise un décalage entre les contraintes budgétaires invoquées par l’État et la réalité vécue par les travailleurs vieillissants. Le dialogue social, engagé mais fragile, peine à apaiser les inquiétudes.
Au terme du mois, un constat s’impose : septembre 2025 consolide l’image d’une année de transition sous haute tension. Les institutions sont mises à l’épreuve, non par un choc unique, mais par l’accumulation de dossiers qui exigent rigueur, cohérence et constance. À défaut de réponses claires et structurantes, le risque demeure de voir s’installer durablement une défiance qui dépasse les clivages politiques pour toucher au cœur même du contrat démocratique.
OCTOBRE
Institutions sous tension, gouvernance questionnée et impératif de clarté
Le mois est également marqué par une série de controverses autour des nominations de Senior Counsels et Senior Attorneys. Les critiques, émanant aussi bien du barreau que de l’opposition, portent sur le respect du principe de séparation des pouvoirs et sur la perception d’ingérences politiques dans des processus censés rester indépendants. Si les autorités défendent la légalité des procédures, le malaise est réel et souligne l’importance de préserver l’apparence autant que la réalité de l’indépendance judiciaire.
Par ailleurs, octobre est assombri par des faits divers d’une extrême gravité, notamment le meurtre de Daana Malabar, qui bouleverse l’opinion publique. Au-delà de l’émotion suscitée, ce drame relance le débat sur les violences conjugales, la protection des victimes et l’efficacité des dispositifs d’alerte et de prévention. Les appels à un renforcement des mécanismes de soutien et à une meilleure coordination entre services sociaux et forces de l’ordre se multiplient.
Sur le plan financier et de la lutte contre la criminalité, l’arrestation du milliardaire malgache Mamy Ravatomanga, dans le cadre d’enquêtes pour blanchiment d’argent et fraude fiscale présumée, marque une nouvelle étape dans la coopération régionale en matière de crimes financiers. Ce dossier sensible, aux ramifications internationales, met en lumière le rôle de Maurice comme plateforme financière et les exigences accrues de transparence qui en découlent.
Octobre 2025 se referme ainsi sur un constat sans équivoque : les institutions mauriciennes sont confrontées à une série d’épreuves qui exigent cohérence, fermeté et exemplarité. À mesure que les dossiers s’accumulent, l’attente de clarté et de responsabilité devient centrale. Plus que jamais, la crédibilité de l’État repose sur sa capacité à traiter les dérives, d’où qu’elles viennent, avec la même rigueur et sans calcul politique.
Octobre 2025 s’impose comme l’un des mois les plus lourds de l’année, tant par la densité des dossiers traités que par la gravité des enjeux soulevés. Les événements qui jalonnent cette période mettent à l’épreuve la solidité des institutions et rappellent, sans détour, la nécessité d’une gouvernance irréprochable dans un contexte de défiance déjà installée.
Le fait majeur du mois reste la publication du rapport de la National Human Rights Commission (NHRC) sur les troubles survenus à la prison de haute sécurité de Melrose. Le document, rendu public sur instruction du gouvernement, dresse un constat sévère sur l’opération de rétablissement de l’ordre menée en juillet. Sans remettre en cause le principe de l’autorité carcérale, la NHRC évoque un usage excessif et non proportionné de la force. Les conclusions du rapport, étayées par des témoignages et des éléments factuels, posent une question fondamentale : comment concilier impératifs de sécurité et respect des droits fondamentaux dans un État de droit ? L’exécutif annonce attendre des suites disciplinaires appropriées, tandis que la société civile réclame des actes concrets et rapides.
Sur le front de la gouvernance économique et institutionnelle, octobre est marqué par de nouvelles secousses à Air Mauritius. La démission du président du conseil d’administration, après plusieurs semaines de tensions internes, illustre les difficultés persistantes de la compagnie nationale à retrouver une stabilité durable. Si cette sortie n’a surpris personne dans les milieux avertis, elle relance néanmoins les interrogations sur la capacité de l’État à assurer une gouvernance cohérente dans les entreprises stratégiques, déjà fragilisées par des années de décisions contestées.
NOVEMBRE
Deuil républicain, secousses politiques et pressions accrues sur l’État
Novembre 2025 s’ouvre sur un moment de recueillement national avec le décès de Eddy Boissézon, ancien vice-Président de la République. Figure politique ayant traversé plusieurs phases de la vie publique mauricienne, il aura occupé des fonctions ministérielles clés avant d’accéder à la vice-présidence en décembre 2019. Son décès, le 1er novembre, referme un chapitre institutionnel et rappelle la fragilité des équilibres politiques dans un pays encore marqué par les transitions récentes du pouvoir.
Sur le plan judiciaire et sécuritaire, le mois est dominé par une offensive coordonnée d’ampleur internationale visant l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga. La Financial Crimes Commission (FCC), en collaboration avec le FBI et le Parquet anticorruption, intensifie ses investigations autour d’un système présumé de trade-based money laundering, reposant notamment sur le commerce du blé et de la farine. Selon les enquêteurs, ces échanges commerciaux n’auraient pas constitué de simples opérations économiques, mais un canal sophistiqué de dissimulation de flux financiers massifs.
Lors de la Private Notice Question du 25 novembre, le leader de l’opposition Joe Lesjongard interpelle le Premier ministre Navin Ramgoolam sur l’étendue exacte de cette enquête. Le chef du gouvernement confirme que les investigations couvrent plusieurs secteurs stratégiques : trafic de bois de rose, commerce de céréales, exportation de litchis, acquisition d’avions Boeing à destination de l’Iran, ainsi que des soupçons de trafic d’influence et de violation de la confidentialité. L’ampleur du dossier renforce la perception d’un système tentaculaire dépassant largement le seul cadre national.
Sur le terrain politique, Paul Bérenger durcit publiquement le ton et menace de quitter le gouvernement, tout en laissant la liberté à ses collègues du MMM d’y demeurer. En cause : le renouvellement du contrat du Commissaire de police Ravin Sooroojbally et l’absence d’avancées tangibles sur la réforme électorale, pourtant longuement débattue au Cabinet. Cette sortie marque l’un des moments de tension les plus sérieux au sein de l’Alliance du Changement depuis son arrivée au pouvoir.
Sur le plan diplomatique, novembre est marqué par la visite d’État du président français Emmanuel Macron, qualifiée d’historique. Elle se conclut par la signature de plusieurs accords structurants portant sur la sécurité maritime, l’eau (avec un véritable plan de modernisation accélérée), l’énergie et la transition écologique, la sécurité alimentaire, l’éducation et la francophonie, ainsi que l’innovation et l’intelligence artificielle, positionnant Maurice comme un hub régional potentiel.
Parallèlement, les enjeux de sécurité routière refont surface avec l’annonce d’un amendement majeur à la Road Traffic Act, ouvrant la voie au retour du permis à points. En attendant, les autorités appliquent une politique de tolérance zéro. Les chiffres sont parlants : plus de 291 000 contrôles en trois mois, plus de 55 000 contraventions dressées. Malgré cela, les accidents mortels atteignent 111 décès au 29 novembre, avec une hausse particulièrement préoccupante chez les conducteurs.
Enfin, le mois met en lumière les vulnérabilités environnementales du pays. Le rapport Coastal Risks on the Islands of Mauritius and Rodrigues du BRGM, désormais accessible au public, confirme le recul du trait de côte dans plusieurs régions et projette des scénarios de risques d’inondation pour Port-Louis à l’horizon 2050 et 2100. Ces données scientifiques renforcent l’urgence d’une adaptation climatique structurée.
Novembre se conclut également par de nouvelles arrestations emblématiques : celle de Sattar Hajee Abdoula dans l’affaire Air Mauritius / Grant Thornton, et celle de Sanjiv Ramdanee, beau-frère de l’ex-Premier ministre, dans le dossier Maradiva / MIC, confirmant que la lutte contre les dérives financières touche désormais des cercles de plus en plus proches du pouvoir passé.
DÉCEMBRE
Comptes publics, institutions éprouvées et vérités inconfortables
Décembre 2025 s’impose comme un mois de cristallisation. À la veille de la nouvelle année, les lignes de fracture apparues tout au long de 2025 se rejoignent dans une séquence dense où finances publiques, gouvernance institutionnelle et crédibilité politique sont soumises à un examen sans concession.
Le principal foyer de tensions demeure la mise en œuvre du rapport du Pay Research Bureau (PRB) et de la compensation salariale. Le coût global du dispositif, réévalué à la hausse, fait peser une pression considérable sur les finances publiques. Entre revendications syndicales, inquiétudes patronales et avertissements répétés des agences de notation, l’exécutif se retrouve face à un exercice d’équilibriste. Le débat dépasse largement la question salariale : il renvoie à la soutenabilité du modèle budgétaire, à la gestion de la dette et à la capacité de l’État à honorer ses engagements sans compromettre la stabilité macroéconomique.
Dans ce contexte, la question de la “caisse vide”, souvent invoquée dans le débat public, suscite scepticisme et interrogations. Pour de nombreux observateurs, l’argument peine à convaincre au regard des engagements financiers assumés parallèlement par l’État, notamment ceux hérités du précédent régime. La crédibilité du discours budgétaire devient ainsi un enjeu central de confiance entre gouvernants et citoyens.
Sur le front de la lutte contre la criminalité financière, la Financial Crimes Commission dresse un bilan impressionnant : près de 1 600 enquêtes en cours, pour une valeur estimée des avoirs sous investigation avoisinant Rs 20 milliards. Ce chiffre, lourd de sens, illustre l’ampleur des dérives accumulées au fil des années, mais aussi l’immensité du chantier judiciaire et institutionnel. Arrestations de hauts responsables politiques, d’anciens dirigeants d’institutions clés et de figures du monde des affaires ont marqué l’année, confirmant que nul secteur n’a été épargné. À ce stade, l’enjeu n’est plus seulement répressif : il s’agit de démontrer que les procédures aboutiront, dans le respect strict de l’État de droit.
Décembre est également marqué par une nouvelle zone de turbulences à Air Mauritius. Après une année déjà éprouvante, la publication d’un communiqué jugé excessivement optimiste sur la situation financière de la compagnie nationale provoque malaise et interrogations. Derrière l’affichage de résultats semestriels flatteurs, plusieurs voix s’interrogent sur la réalité structurelle de la compagnie, encore fragilisée par des injections publiques successives et une gouvernance instable. Là encore, la question de la transparence s’impose.
Sur le plan institutionnel, la fin de l’année est assombrie par les secousses à la Banque de Maurice, avec des démissions successives au sommet de l’institution. L’épisode, lourd de symboles, met en lumière les risques liés aux nominations controversées et aux conflits d’intérêts, rappelant que l’indépendance des institutions économiques demeure un pilier fragile mais essentiel.
Enfin, décembre 2025 se conclut sur un rebondissement géopolitique majeur concernant les Chagos. Alors que le traité anglo-mauricien semblait en voie de ratification, les réserves exprimées au Royaume-Uni jettent une ombre sur un dossier que beaucoup espéraient clos. Cette évolution relance le débat sur la stratégie diplomatique à adopter et rappelle que, même en fin d’année, certains dossiers historiques restent suspendus à des équilibres internationaux mouvants.
Décembre referme ainsi une année dense, marquée par des révélations, des tensions et des attentes fortes. Plus qu’un simple épilogue, ce mois agit comme un miroir : il reflète les défis structurels auxquels Maurice est confrontée et trace, en creux, les exigences de rigueur, de cohérence et de responsabilité auxquelles le pays ne pourra se soustraire en 2026.
Rétrospective : 2025, l’année des promesses contrariées, des comptes à rendre et une FCC à la fois toute-puissante et sous pression
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