Face à la presse à sa résidence à Riverwalk, ce mercredi 25 mars, le leader du MMM, Paul Bérenger, a insisté avec force qu’il n’a pas quitté le Mouvement militant mauricien (MMM) « Mo ankor leader mwa ». Il a également mis en lumière ses préoccupations majeures pour le pays, notamment sur le plan économique, la corruption qu’il estime persistante au sein du gouvernement, la controverse entourant la Mauritius Investment Corporation (MIC), la situation d’Air Mauritius et, surtout, ce qu’il qualifie d’«inaction du Premier ministre, Navin Ramgoolam». En substance, Paul Bérenger a défendu, ce mercredi, les raisons de sa rupture avec le gouvernement, en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une décision prise à la légère, mais de l’aboutissement de plusieurs mois de désaccords et d’avertissements restés, selon lui, sans effet.
Paul Bérenger a affirmé avoir, depuis plusieurs mois, multiplié les avertissements et les échanges avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour réclamer des changements dans la manière de piloter certains dossiers jugés urgents. Selon lui, quelques ajustements mineurs ont été apportés, mais sans changement réel de cap. « Nou pe manz nou frein », a-t-il lancé, pour illustrer ce qu’il estime être une frustration accumulée depuis novembre.
Le leader mauve a surtout mis en avant ce qu’il qualifie de « danger économique » grandissant. Selon lui, les risques pesant sur Maurice ne se limitent pas aux conséquences géopolitiques régionales, mais s’inscrivent dans des fragilités déjà présentes. Il a évoqué à la fois un risque de dégradation de la note souveraine du pays et un possible retour sur la gray list, estimant que Maurice évolue dans un contexte de plus en plus préoccupant.
Dans cette optique, Paul Bérenger a vivement critiqué l’absence, selon lui, d’un ministre des Finances à plein temps. Il a soutenu que Navin Ramgoolam ne pouvait pas, à lui seul, assumer efficacement les responsabilités de Premier ministre et de ministre des Finances, dans un contexte aussi sensible. Il a également évoqué un ralentissement des investissements, en affirmant qu’un volume important de projets — chiffré par lui à Rs 47 milliards — resterait bloqué par des lenteurs administratives.
Il a affirmé avoir plaidé auprès de Navin Ramgoolam pour la mise sur pied d’un mécanisme de type « fast-track committee » ou comité interministériel chargé de débloquer rapidement certains projets stratégiques. Selon lui, une telle structure n’a jamais véritablement été mise en place ni activée, malgré ses demandes répétées.
Paul Bérenger a aussi cité le dossier des Chagos parmi les sujets qui, à ses yeux, auraient nécessité une gestion plus structurée et plus urgente au sommet de l’État. Il a estimé que certains enjeux financiers et stratégiques n’avaient pas été traités avec le niveau de coordination requis.
Sur un autre registre, le leader du MMM a formulé de graves accusations sur la gouvernance actuelle. Il a dénoncé la persistance, selon lui, de pratiques de corruption qu’il croyait voir disparaître après la chute du MSM. Il a notamment évoqué l’existence d’un « gang de cinq » au Prime Minister’s Office et affirmé qu’un ministre lui aurait rapporté une tentative de corruption impliquant un homme d’affaires. Il n’a toutefois pas présenté, lors de cette conférence de presse, d’éléments matériels venant étayer publiquement ces allégations.
Il a également critiqué certaines nominations à des postes stratégiques, affirmant que des personnes en place ne sont ni à la hauteur de leurs responsabilités ni suffisamment qualifiées.
Parmi les dossiers qu’il considère emblématiques, il a aussi cité la Mauritius Investment Corporation (MIC), estimant qu’un forensic audit s’impose afin d’établir les responsabilités dans ce qu’il continue de considérer comme un scandale majeur et qu’il n’a de cesse de le répéter au Premier ministre. Il a également exprimé ses inquiétudes au sujet d’Air Mauritius, évoquant une situation qu’il juge préoccupante, ainsi que la lutte contre la drogue synthétique, qu’il estime insuffisamment menée.
Revenant sur la conférence de presse donnée vendredi dernier par d’autres membres du MMM, Paul Bérenger l’a qualifiée de « mesquine », estimant que les attaques dirigées contre lui étaient tombées « bien bas ». Il a toutefois insisté sur le fait que l’heure était désormais à la clarification politique tout en rappelant qu’il était « toujours le leader » du parti et qu’il a démissionné uniquement de son poste de Deputy Prime minister.
C’est dans ce contexte qu’il a lancé un appel à ses partisans, mais aussi à tous ceux qui se reconnaissent dans sa lecture de la situation, à participer au rassemblement prévu ce samedi 28 mars, de 10 heures à midi, à Rose-Hill à la salle des fêtes de la municipalité. Il a demandé à ses sympathisants de faire preuve de calme et d’éviter tout débordement.
Ce rassemblement aura pour objectif de débattre des choix qui se présentent actuellement, notamment de décider s’il faut rester au sein du MMM, suivre la tendance minoritaire ou encore réclamer la tenue d’une assemblée des délégués.
Il ouvre aussi une nouvelle phase d’incertitude au sein du MMM, à la veille d’un comité central convoqué par l’autre camp du parti.

