Nos rivières sont polluées. Victimes de l’incivisme des uns et des autres, elles sont bien trop souvent considérées comme des décharges où on retrouve des détritus en tout genre. Les impacts sont jugés dévastateurs.

Entre les objets en plastique et autres déchets ménagers qui atterrissent dans nos rivières, “nos cours d’eaux sont pollués”, constate Thierry Le Breton, consultant en développement durable et président de SOS Patrimoine. Il n’y a qu’à aller faire un tour aux abords des cours d’eau dans les différentes villes et villages de l’île pour voir. À titre d’exemple, le Canal St Félix dans le sud, de même que ses berges, sont jonchées de bouteilles en plastique, boites de lait, boites de conserves entre autres ordures. À la Rivière Profonde à Verdun, savates, déchets en plastiques et autres détritus se côtoient dans une eau boueuse. À La Caverne, sur les berges de la rivière Takamaka, c’est le même constat. Elle était récemment sous les feux des projecteurs avec la montée des eaux occasionnée lors des grosses averses. “À chaque fois c’est la même histoire. Lors de grosses pluies, la rivière est en crue et déborde sur la route. Le problème vient principalement des déchets qui s’entassent”, nous explique Shezad, un habitant du coin.

Un autre type de pollution

Un groupe en randonnée dans le sud avait récemment tiré la sonnette d’alarme et logé une complainte sur le portail de la Citizen Support Unit le 7 décembre. En longeant un sentier le long de la côte du Souffleur à l’Escalier, ils étaient tombés sur la rivière Tabac. L’eau était grisâtre et une odeur nauséabonde s’y dégageait. Ils ont noté “une quantité élevée de matières en suspension, d’effluents et de matières organiques mais aussi une prolifération d’algues”. Un des randonneurs a même été pris de malaise.

D’autre part, il faut aussi prendre en compte certaines pollutions qui ne sont pas forcément visibles. Bien souvent, une eau très claire peut aussi être très polluée et chargée en substances chimiques, “ce qui est encore plus néfaste”, souligne Thierry Le Breton. Ce dernier avance que certaines compagnies font des prélèvements et un monitoring pour évaluer le degré de pollution de nos cours d’eau. “Elles constatent à quel point c’est pollué mais ces informations ne sont pas divulguées. Aussi, très souvent, les chiffres officiels annoncés sont moins bons qu’ils laissent paraître”.

Constructions pas aux normes

Le secteur agricole a aussi largement contribué à polluer nos rivières. “Des eaux de ruissellement viennent de champs remplies d’herbicides et de pesticides”, souligne le consultant. De plus, de grosses concentrations d’habitation situées près des cours d’eau, des constructions pas aux normes, avec des décharges d’eaux qui vont directement dans les rivières, font que la pollution prend souvent des dimensions encore plus importantes. “Des bactéries comme le E. coli, connue pour donner des troubles comme la gastro entérite en résultent”.

“La biodiversité des rivières, qui comporte une diversité endémique très riche important à préserver, est sous considérée”, constate Thierry Le Breton. L’impact sur la santé humaine est aussi à considérer. Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que nous consommons également des produits de la rivière. Par exemple la chevrette, pêchée abusivement, a tendance à stocker facilement des polluants. “Dans quelle mesure est-ce que nous évaluons l’empreinte de cette pollution dans l’organisme de ces espèces ?”

Impacts cumulés des pollutions

Est-il possible de prévenir la pollution des cours d’eau ? Thierry Le Breton avance que le problème est multifactoriel. Quand une personne jette des ordures sur le bord du chemin, ils sont acheminés vers la rivière en passant par les drains. “Tout ce que nous jetons dans une ville va dans une rivière”. Les gens consomment directement et indirectement l’eau des rivières, car ils représentent 25% de nos ressources en eau. De même, “c’est au niveau des comportements que le travail doit se faire. C’est aussi à mon sens, la façon dont les autorités pensent la planification du territoire. Il faut revoir l’aménagement urbain, l’occupation des sols, le système de tout à l’égout, etc.”. De rajouter que “nous ne mesurons pas l’impact cumulé des pollutions que chacun occasionne à son niveau qui est dévastateur”.

Thierry Le Breton souligne que nous sommes un petit pays avec une forte concentration humaine. Pour cette raison, “aucune exception n’aurait du être permise, personne ne devrait trouver d’excuse pour créer une pollution et sous-estimé son impact. Ce type d’attitude sur un petit territoire, aussi fragile, n’est pas possible. Il faut qu’il y ait un changement dans les mentalités.”