(Photo by Suliane FAVENNEC / AFP)

Sous le préau de l’école Momo’a, dans la commune reculée de Hitiaa entre lagon et montagnes, une cinquantaine de personnes se pressent pour se faire vacciner face à la flambée de Covid-19 qui frappe la Polynésie française depuis début août.

Epargnée par la première vague en 2020, l’archipel français du Pacifique est engagé dans un marathon pour vacciner 70% de sa population afin d’enrayer l’épidémie.

Pour offrir la vaccination à ses habitants, cette commune située sur la côte ouest de Tahiti, à environ une heure de route de Papeete, a fait venir une équipe de médecins et d’infirmiers pour ceux qui ont des difficultés de transport.

« La grippe que j’ai eue, ça m’a fait peur, c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai décidé de me faire vacciner. S’il n’y avait pas eu (la vaccination) sur la commune de Hitiaa, je me serais déplacée par moi même », déclare Marie-Elise Hopuu, tout en expliquant qu’elle n’a « pas de moyen de locomotion ». « Et le bus c’est cher », ajoute une autre habitante de la commune.

« Nous avons été sollicités par le maire de Hitiaa pour être plus proches de la population », explique Laurence Mataitai, infirmière pour la direction de la Santé de Polynésie française.

Avant que nous intervenions, « il y a un travail en amont » qui est effectué par l’équipe municipale et les guides sanitaires « qui vont informer la population de notre venue », mais également « leur expliquer, les réconforter et essayer de dédramatiser le vaccin en français et dans notre langue, la langue tahitienne, car la majeure partie ne comprend pas » les « mots savants ».

Pour cela tout est bon: le site facebook de la mairie, comme les affiches dans les commerces. Mais ce qui marche le mieux, témoigne Mato, guide sanitaire employé par la maiie, c’est le bouche à oreille: « ça va très vite, il suffit que tu le dises à deux ou trois personnes, et tout le monde est au courant », assure-t-il.

– Convaincre –

Avec son équipe, Norma Ly, qui travaille à la mairie de Hitiaa a également préparé les habitants à cette journée de vaccination: « je discute, qu’est ce que vous pensez ? Est-ce que vous êtes partants pour faire le vaccin ? Il faut expliquer d’abord, c’est pas facile, mais j’ai pu convaincre », indique-t-elle.

« Il y a certains qui ne voulaient pas, il y a certains qui voulaient, mais je vois qu’ils sont tous là, je suis très contente », déclare-t-elle, les yeux rieurs au dessus de son masque.

A la fin de la matinée, elle est satisfaite: son travail a porté ses fruits et 117 de ses administrés ont été vaccinés, dans cette commune qui compte moins de 2.000 habitants.

« Mon peuple de Hitiaa, j’ai pas envie de le voir mourir », dit Norma Ly.

Et quand elle explique à l’équipe venue de Papeete qu’il reste une personne à vacciner, qui n’a pas pu se déplacer en raison de son diabète, médecins et infirmiers se rendent alors dans la maison donnant sur un jardin florissant de Laurent Curtis, 63 ans, pour lui administrer une dose unique du vaccin Janssen.

Cet homme grand et mince raconte en tahitien qu’au début, il n’avait pas peur du tout de la maladie, mais « avec le bouche à oreille, la peur a commencé à s’installer » au point qu’il a finalement demandé à se faire vacciner.

Le gouvernement polynésien a indiqué mercredi que « la situation reste préoccupante mais qu’une dynamique plutôt favorable semble se dessiner ». L’épidémie a, à ce jour, causé 535 décès, dont 13 lors des dernières 24 heures, dans l’archipel où le confinement a été prolongé jusqu’au 20 septembre.