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La boucle est bouclée, ou presque pour les dépollueurs Polyeco et Le Floch Dépollution, sollicités par l’assureur Japan P & I Club pour nettoyer le lagon et les côtes du sud-est affectés par la fuite d’huile du MV Wakashio en août dernier. Il ne leur reste ainsi que l’aval du Centre de documentation de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux (CEDRE) pour “ livrer” officiellement les sites au gouvernement mauricien. Week-End ainsi que plusieurs groupes de presse ont été conviés à une visite des lieux jeudi. Reportage.

9h. Nous arrivons au lieu de rencontre, au point d’embarcation de Pointe-Jérôme. Il y a un mois, ce même lieu était bondé de personnes en survêtements et combinaisons Polyeco. Aujourd’hui, il n’y a que quelques personnes sur le site qui se chargent de faire la maintenance des appareils utilisés pendant l’opération de nettoyage qui a duré un peu plus de cinq mois, Polyeco ayant terminé des sites vers mi-décembre et Le Floch le 9 janvier de cette année. À première vue, aucune trace de pétrole ou d’huile. D’ailleurs, il n’y a plus cette forte odeur de fioul qui flottait il y a quelques mois dans la région. Après un premier briefing des organisateurs, direction île aux Aigrettes, un des sites les plus affectés par la fuite d’huile.

Dans notre pirogue, le Japonais Ryu Sengen, surveyor chez CSA Marine, employé par Japan P & I Club pour faire le contrôle de tous les sites depuis le début des opérations. Lui et Jean Coulon, habitant de Rivière Noire et propriétaire de la pirogue, chargé de l’accompagner depuis son arrivée à Maurice, nous font la visite des lieux. «  Je suis ici depuis six mois et nous avons suivi de très près toutes les opérations de nettoyage, et ce, sur tous les sites  », nous dit-il. «  Jean Coulon m’a guidé, il est un peu comme mon père maintenant », nous dit Ryu Sengen en aparté. Ainsi, l’équipe des 15 techniciens japonais a fait le tour de tous les sites à pied. « Il s’agit d’un travail minutieux. »

«  Une question d’équilibre  »

De plus, Ryu Sengen, spécialiste des ship casualties depuis bientôt 15 ans, nous explique que les travaux de nettoyage se sont passés sans encombre. « Nous sommes très satisfaits du travail accompli par les deux dépollueurs », dit-il en nous montrant les parois coralliennes de l’île aux Aigrettes auparavant recouvertes d’huile.

« Nous avons fait un travail minutieux en utilisant parfois des brosses à dents pour pouvoir enlever l’huile collée aux coraux. Aujourd’hui, il n’y a rien », dit-il. Une huile qu’il explique être « plus légère » car les bateaux doivent répondre aux nouvelles normes internationales pour justement « atténuer » les dégâts s’il devait malheureusement y en avoir.

Par ailleurs, Ryu Sengen reste très réaliste. « Nous disons que les sites sont propres, mais il peut y avoir quelques minuscules traces qui partiront avec le temps. Vous savez, c’est une question d’équilibre. Il y a la nature qui fait son travail, avec les vagues, le soleil et les microbes présents dans la mer qui mangent ces microparticules d’huile, car après tout, le pétrole est un produit naturel qui provient du sol. Et ensuite, il y a nous, les humains, qui sommes là pour faire la partie du travail que la nature ne peut pas faire. »

Un équilibre nécessaire qu’il faut à tout prix préserver, dit-il, même si cela implique que quelques plantes ou animaux ont pu y perdre la vie. Nous lui demandons d’emblée s’il y a eu des animaux morts ou s’ils ont dû couper des plantes sur l’île. « Moi, je n’en ai pas vu, mais pour ce qui est des plantes, oui nous en avons coupé, voire élagué. Il s’agissait de plantes touchées par l’huile sur l’île aux Aigrettes que nous avons coupées avec l’aval évidemment de la Mauritius Wildlife Fondation et des autorités. »

L’eau a aussi retrouvé sa couleur cristalline… difficile d’imaginer qu’il y a à peine six mois, l’île connaissait une telle catastrophe. Après avoir fait le tour de l’île, direction Rivière des Créoles. Un long trajet de 20 minutes à peu près, ce qui nous a permis d’observer l’étendue du nettoyage, non pas de la terre comme nous l’avons fait dans nos nombreux reportages, mais de la mer. À Rivière des Créoles, l’eau est boueuse, à cause des pluies de la veille. Malgré cela, l’anse semble se remettre lentement mais sûrement des dégâts, car le site reste le plus affecté de tous par la fuite d’huile. « C’est de par sa nature et sa formation, car avec les vents du sud-est, l’huile est automatiquement dirigée vers cette anse et n’en ressort pas. »

Le lagon reprend vie

Un site d’ailleurs extrêmement sensible et qui a valu l’expertise des deux dépollueurs qui jusque-là s’étaient départagé les sites à nettoyer. Nous approchons des côtes précautionneusement, car « ena bokou ros, gros bat pa kapav aporte la », nous lance Jean Coulon. Lui qui ne pipait mot au départ de notre visite, semble avoir regagné vie en approchant cette anse qui lui est chère. « Avan, ti pe gagn enn mové loder, mo trouvé bannla inn netway li », dit-il. En effet, les Coulon sont des Mahébourgeois pure souche, du coup, revoir le lagon reprendre vie après le choc du Wakashio est un immense plaisir.

Pour ce qui est des mangroves, elles sont toujours là. « Nous avons pris le plus grand soin pour les nettoyer et les sauver, et c’est d’ailleurs pour cela que nous avons sollicité ces deux dépollueurs qui sont spécialisés dans ce type de nettoyage plus sensible », explique Ryu Sengen. « Au Japon, nous avons beaucoup de mangroves, donc, nous ne sommes pas en terre inconnue », ajoute-t-il. Quant à la qualité de l’eau, il nous répond d’emblée que ce sont les autorités qui s’en chargent. « Nous avons complété notre travail, maintenant c’est au tour du gouvernement mauricien de faire tous les tests nécessaires. »

Notre balade en pirogue touche à sa fin, ce qui nous laisse le temps de poser quelques questions à Ryu Sengen. « C’était tout à fait admirable de voir cet élan de solidarité, mais il faut avouer que lorsque nous sommes arrivés, ces bouées avaient déjà commencé à couler et nous avons dû faire face à d’autres problèmes. » Il reste néanmoins optimiste. « Au début, c’est le choc et c’est très naturel, mais après, la nature reprend le dessus et l’équilibre se remet en place. Au Japon, nous avons droit à des fuites d’huile vraiment très souvent, mais les choses retournent bien vite à la normale et nous sommes là pour donner un coup de main à la nature. »

A priori, la première étape est complétée. L’homme, coupable de ses actes, a fait sa part du travail, au tour à la nature maintenant de panser les plaies plus profondes de cet écosystème sans doute fragilisé… Il faut noter que si les activités marines ont repris dans le lagon, la pêche, elle, y est toujours prohibée.

1 300 m3 de déchets liquides et 5 900 m3 de déchets solides

À l’heure où nous mettions sous presse, c’est un total de 1 300 m3 de déchets liquides et 5 900 m3 de déchets solides qui avaient été récupérés. Les déchets liquides seront traités et recyclés par Virgin Oil et Eco fuel à Maurice, tandis que les déchets solides, toxiques, actuellement stockés à La Chaumière seront envoyés à l’étranger.