Jean-Luc Daridon et le personnel formé aux techniques d ''flooding'' et ''flushing'' à la Case du Pêcheur

Une lueur d’espoir. S’il est indéniable que l’impact écologique, voire économique, de l’échouage du MV Wakashio sur le petit lagon du Sud-Est s’échelonnera sur des années, la vie reprend lentement mais sûrement son cours à Mahébourg. Avec l’aide d’experts en dépollution dépêchés par l’assureur, notamment la société grecque implantée à Maurice Polyeco et Le Floch Dépollution, société bretonne avec 50 ans d’expertise dans le domaine, les côtes du Sud-Est jadis perlées de marchands de poissons et d’ourites se sont transformés en véritables chantiers. Reportage.

Le cauchemar est loin d’être terminé et Mahébourg et ses villages avoisinants commencent à panser leurs blessures. Le Floch Dépollution, entreprise spécialisée venue tout droit du Finistère, a bien voulu nous faire faire le tour des lieux. S’occupant pour sa part des sites 4 ,5, 6, 7, soit de la Rivière des Créoles à Pointe du Diable, en passant par la jetée de Bois des Amourettes et la Case du Pêcheur, l’équipe a beaucoup avancé depuis le début des opérations il y a un peu plus de deux semaines.

Vendredi, 9h halte à La Case du Pêcheur, soit un des sites les plus touchés par la fuite d’huile. Sur place, quelques habitants en Personal Protective Equipment (PPE) s’attellent à rincer les parois rocheuses du site, pendant que Jean-Luc Daridon, superviseur du site, discute avec un représentant japonais du P&I Club, association d’assureurs maritimes. La Case du Pêcheur, fleuron de Bambous Virieux, est elle devenue un chantier où rien n’est laissé au hasard. La plage surplombant le lagon est désormais recouverte de tissus absorbants pour éviter toute contamination. “Ici sur La Case du Pêcheur, la phase 1 est terminée, soit le ramassage manuel des déchets, et la phase 2 est enclenchée avec le nettoyage mécanique qui démarre”, nous explique Jean-Luc Daridon.

François Kergoat explique comment laver les galets avec une bétonnière à Rivière des Créoles

“Esthétiquement ça fait peur, mais le pétrole est produit par la terre”

“Il est vrai que le site est bien affecté, parce qu’il y a ici de petites anses et les déchets d’huile viennent se piéger à l’intérieur. Mais ça avance, ça va prendre du temps, mais ça avance”, dit-il. Un travail d’horloger qui demande du temps, un personnel bien formé, des équipements adéquats et beaucoup d’adaptation. “Sur les quelques kilomètres de côtes qui ont été touchées, il y a tous les substrats, notamment du sable, des murs, des enrochements, et on est obligés de s’adapter. Il y a des méthodes générales de nettoyage et après on s’adapte”, explique-t-il. Ayant travaillé sur plusieurs opérations de ce type au Pakistan et au Péru, entre autres, Le Floch Dépollution reste confiant pour l’île Maurice. “Nous n’avons pas envie de vous laisser quelque chose de sale. Nous, notre objectif c’est de vous rendre quelque chose de propre, après il y a la protection des opérateurs, etc., et après la nature fera le reste du travail.”

Justement, la nature, leur meilleur allié. “Le pétrole est un produit naturel, ce qui n’est pas naturel c’est l’essence, c’est le gasoil. Donc, oui, c’est naturel sauf que c’est noir, c’est collant et ça pue, ça sent très fort. Esthétiquement ça fait peur, c’est un choc visuel, mais le pétrole est produit par la terre et il va naturellement se désagréger au fil du temps. Le travail que l’on fait, et c’est pour cela que la phase 1 est super importante, est qu’on évite que cette huile, ces déchets repartent en mer pour aller renoircir partout. Avec les “karchers” et les “motopompes”, on accélère le nettoyage naturel, pour gagner du temps pour tout le monde notamment et on n’ajoute rien du tout. Et puisqu’on est dans un lagon, on est assez protégés des mouvements de mer alors que sur la barrière avec les vagues qui tapent, le nettoyage se fait naturellement”, dit-il.

Par ailleurs, Jean-Luc Daridon nous explique que depuis l’arrivée de toute l’équipe à Maurice en août, “les premières opérations ont été d’enlever tous les déchets récupérés par les volontaires, notamment.” Des déchets acheminés à La Laura et à Mare Chicose. “On travaille en étroite collaboration avec le Solid Waste qui nous ont aidés sur la collecte des déchets.” Pour ce qui est des boudins artisanaux, Jean-Luc Daridon est catégorique : “Sans boudins artisanaux, il y aurait plus de dégâts, mais il aurait fallu pouvoir les retirer avant qu’ils ne s’échouent. Dans l’instant T, c’était ce qu’il fallait faire.” Pendant ce temps-là à parler de choses techniques, les pêcheurs locaux employés par l’entreprise bretonne continuent, eux, leur boulot. Un boulot qui leur tient particulièrement à cœur. “Sé nou lamer, sé nou bout manzé”, nous lance l’un d’entre eux.

“C’est aussi cela le but de jeu. Nous sommes aussi là pour former les gens d’ici à nos techniques de nettoyage et de tri pour qu’ils soient préparés si jamais un tel incident devait se reproduire”, précise Jean-Luc Daridon. L’heure file. Après La Case du Pêcheur, direction la jetée de Bois des Amourettes, où nous rencontrons Erwan Stephan, superviseur du site. “Là on est sur du nettoyage mécanique, de la haute pression avec des karcher et on va nettoyer la jetée et la plage”, dit-il d’emblée. Derrière lui, une énorme benne où sont stockés tous les boudins artisanaux récupérés par les pêcheurs du coin.

“Sans boudins artisanaux, il y aurait plus de dégâts”

“On a employé ces derniers car ils connaissent bien la mer, ils sont les mieux placés pour travailler”, dit-il. D’ailleurs, sur ce site, classé prioritaire par les autorités, les experts espèrent terminer les travaux le plus vite possible. “On fait aussi du ramassage manuel de toutes les algues polluées sur la zone qui peuvent repartir en mer. On ramasse aussi les dernières couches d’huile maintenues entre les rochers pour après attaquer une phase de nettoyage. Ainsi, pour le sable, on utilise le flushing et pour la roche et le béton, on utilise de la haute pression pour bien nettoyer les traces. Des petites méthodes qu’on adapte ici à chaque situation.” 

Des situations certainement changeantes au gré du vent et des marées. À Rivière des Créoles, une dizaine de personnes s’occupent à travailler avec une bétonnière. La marée haute de la veille a transporté encore plus d’huile sur les côtes… une situation à laquelle les experts doivent s’adapter pour nettoyer de nouveau cette partie du lagon. “On fait ici le rinçage des galets et on les lave avec de l’eau chaude en bétonnière, et on les remet en place et on avance”, explique François Kergoat, superviseur du site. Alors que notre reportage s’achève, sans avoir eu le temps de visiter le quatrième site sous la supervision de Yannick Lagardère, nous apercevons Dayanand, habitant de Rivière des Créoles. Sa maison s’ouvre sur la petite anse engluée de Rivière des Créoles. Un pied-dans-l’eau dont il est fier.“Népli éna otan loder. Li’nn kalmé. Avan pa ti kapav ouver lafnet mem. Li trist parski avan bokou dimounn ti pe vin rod pétay, palourd, mangouak. Aster-al péna nanyé”, se désole-t-il.