Pr Alexandra Henrion Caude est une généticienne, directrice de recherche de l’Institut SimplissimA et ancienne directrice de recherche de l’hôpital Necker à Paris. L’institut de recherche pour la santé SimplissimA vise à trouver des solutions simples, durables, low-cost et éthiques à Maurice dans le but  de mettre la recherche et l’éducation à portée des Mauriciens. De France où elle vit l’expérience de la Covid-19 au quotidien, elle a bienveillamment répondu aux questions de Week-End sur les interrogations des Mauriciens concernant les différents vaccins anti-Covid, l’opportunité de la vaccination à Maurice et son éventuelle efficacité. Pour elle, il est surtout prudent et urgent d’attendre, car « tant que nous n’avons aucune connaissance sur l’impact vaccinal sur les diabétiques, je pense que ces projections sont dangereuses pour les Mauriciens avec presque le quart de leur population diabétique ou prédiabétique ! » 

l Quel impact a la vaccination anti-Covid sur la circulation du virus?

Pena personn ki konn sa repons-la. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’aucun pays n’a le recul suffisant pour le savoir. Il y a un autre souci qui ne permet aucune anticipation. Qui peut en effet connaître l’efficacité des vaccins anti-Covid sur les nouveaux variants ? Et des nouveaux variants, il y en a tout le temps. En France, à Marseille, ils en ont recensé plusieurs. Personne ne connaît l’impact que vont avoir les vaccins sur les diabétiques. Du coup, il semblerait plus prudent d’adopter une politique de prévention, en vérifiant les niveaux de vitamine D. On a en effet vu dans des études sérieuses et convaincantes que le faible niveau de vitamine D était lié aux formes les plus sévères de Covid-19.

l Que signifie un vaccin qu’on dit efficace à 75-90%? Est-ce une garantie d’une efficacité suffisante contre la pandémie? 

La signification de cette « efficacité » est une notion technique, hélas. Techniquement, on parle de 75-90% de l’efficacité supérieure du vaccin par rapport à un placebo, au sujet d’un primary outcome. Cependant, le primary outcome a été défini sur une période de deux ans. Comme les délais ont été accélérés, les laboratoires ont obtenu des mesures dérogatoires. Ils ont du coup changé cette notion d’efficacité et axé sur le pourcentage de participants qui ont fait des anticorps. Ce qu’il faut bien comprendre avec le coronavirus, c’est que les anticorps qu’on fabrique par le vaccin ne sont pas forcément de “gentils” anticorps qui “neutralisent” le virus. Ils peuvent être de “méchants” anticorps, qu’on dit “facilitants”, car ils facilitent l’entrée du virus dans la cellule, ce qui peut donner des formes empirées de Covid-19 à cause du vaccin. C’est ce qu’on appelle l’effet Antibody-Dependent Enhancement (ADE). Cela peut aussi provoquer spécifiquement une atteinte au niveau des poumons, qu’on appelle Enhanced Respiratory Disease (ERD). C’est à cause de ce risque, qui a tué de nombreux modèles animaux, que les vaccins anti-MERS et anti-SRAS n’ont jamais été approuvés. C’est aussi sur ce risque causé par les vaccins anti-coronavirus, et donc possiblement anti-Covid, que des scientifiques ont demandé un spécifique informed consent. Je cite « disclosure of the specific risk of worsened Covid-19 disease from vaccination calls for a specific, separate, informed consent form and demonstration of patient comprehension in order to meet medical ethics standards »(1).

l Maurice en tant que membre de la Gavi Alliance s’est assurée d’être fournie pour un vaccin contre la Covid à travers l’OMS, peu importe le producteur. Est-ce avisé d’utiliser n’importe lequel des vaccins mis sur le marché ?

Plus que jamais dans l’histoire des vaccins, chaque vaccin anti-Covid a ses propres spécificités. De nombreuses stratégies n’ont jamais été utilisées auparavant chez l’homme. Elles sont donc expérimentales. Tout gouvernement comme tout médecin administrant ces vaccins doivent être tenus responsables du risque si des effets sévères arrivent, puisque les laboratoires ont refusé d’endosser ce risque, et qu’avec les délais raccourcis, nous n’aurons pas d’historique auquel nous référer. Pour prendre une décision avisée, il faut évaluer les risques d’un côté et les bénéfices de l’autre. Grâce à la meilleure connaissance du virus et des traitements antiviraux, les risques de décès de la Covid-19 ont considérablement diminué (sauf à quelques exceptions près). Ces traitements qui sont définis autour de l’ivermectine, ou de l’azithromycine, ou du triptyque à base d’hydroxychloroquine, ont permis que dans la plupart des pays, la probabilité de survivre à la Covid-19 oscille désormais de 99,5% à 99,9997% de survie pour les moins de 70 ans. Au-delà de 70 ans, cette probabilité de survie atteint quand même 94,6% (Source : CDC, September 2020). Compte tenu de cette extraordinaire diminution de la dangerosité de la Covid-19, on comprend que la prise de risques avec le vaccin doit être quasi nulle. (2)

l Le plan du pays dans un premier temps est de vacciner 20% de sa population. Puis, à travers de récentes négociations avec d’autres laboratoires et le gouvernement indien, le pays tente obtenir d’autres contingents de vaccins pour s’assurer qu’au moins 60% de la population soient vaccinés. Que pensez-vous de cette stratégie?

Ce plan de 20%, puis 60% pour Maurice paraît non seulement théorique, mais dangereux. Je m’explique. Tant que nous ne savons pas quel vaccin sera mis à notre disposition ni quelles garanties, il apportera dans la balance bénéfice-risque pour le peuple mauricien: c’est une stratégie théorique. Tant que nous n’avons aucune connaissance sur l’impact vaccinal sur les diabétiques, je pense que ces projections sont dangereuses pour les Mauriciens avec presque le quart de leur population diabétique ou prédiabétique ! Enfin, tant que la population n’a pas été consultée sur son désir d’être vaccinée par des vaccins dont nombreux posent des problèmes éthiques, ce genre de planification est et doit rester théorique. Il faut préciser que certains vaccins sont développés à partir de cellules de fœtus avortés, d’autres touchent à l’intégrité humaine en utilisant l’homme comme machine à produire une protéine de virus, en nous traitant comme si on était un fruit ou un légume OGM. Continuer à planifier des stratégies chiffrées, qui reposent sur les modèles théoriques d’immunité collective, semble une approche risquée pour un pays dit Covid-safe depuis des mois, c’est-à-dire sans comparaison possible avec un autre pays.

l À ce stade, le ministère de la Santé est encore en train de mettre sur pied son plan de préparation pour le programme de vaccination. Sommes-nous en retard? Et vous, si vous étiez ministre de la Santé, que feriez-vous ?

La seule vraie urgence est de redonner toute l’attention du ministère de la Santé sur sa population malade et uniquement les malades, et d’arrêter de traiter la population saine comme si elle était malade ! Avec une probabilité de survie au-delà de 99,5%, n’est-ce pas la seule chose raisonnable à faire ? Et si j’étais ministre de la santé, j’attendrais le plus patiemment du monde les résultats détaillés des essais cliniques pour prendre la meilleure des décisions. J’éviterais de mettre des protocoles biomédicaux de nouveaux vaccins à grande échelle sur des sujets à risque, jamais testés. Pendant ce temps, je mettrais en place une politique active de prévention, que ce soit contre de nouveaux variants, de nouveaux virus, ou simplement contre le diabète…

l Est-il utile de vacciner les personnes ayant eu la Covid-19 et dont la réponse immunitaire leur permet de se prémunir du virus avec leur anticorps ?

C’est aussi une excellente question. Dans l’essai Pfizer, ils ont exclu de leurs groupes les sujets ayant déjà eu la Covid-19, comme si c’était risqué. Aucune raison n’a été donnée. J’émets l’hypothèse que cette exclusion soit liée à ces anticorps qui, au lieu de neutraliser, se mettent à faciliter le virus, l’effet ADE dont j’ai parlé avant. Ainsi, si on a déjà eu la Covid-19, il semble logique de ne pas essayer de se vacciner.

l Les mutations de la Covid-19 peuvent-elles diminuer l’efficacité du vaccin ?

Oui, il est évidemment possible que les mutations du virus puissent diminuer, ou même empêcher l’efficacité du vaccin. De même, on peut anticiper que certaines mutations ne modifieront pas du tout cette efficacité, ou même l’augmenteront. Sauf que, comme je vous l’ai expliqué, l’efficacité telle qu’elle est définie n’est pas vraiment le bénéfice recherché. Le problème est de savoir quel type d’anticorps on va faire en réponse au vaccin. Cela ne peut pas s’anticiper et risque d’être différent d’un individu à l’autre.

l Que pensez-vous des personnes qui ne veulent pas se faire vacciner étant donné qu’elles doutent de leur efficacité et qu’on ne maîtrise pas bien les effets secondaires?

Compte tenu de l’ensemble de ce que je vous ai expliqué, du nombre de traitements existants —sans compter les traitements de la médecine traditionnelle—, de la dangerosité très affaiblie de la Covid-19, du faible recul, de la mauvaise qualité des communiqués de presse, des fautes dans les articles rapportant la phase 3, et des soucis éthiques posés par certaines de ces nouvelles stratégies, on peut aisément comprendre ces personnes. Je suis profondément attachée à l’appartenance culturelle et/ou religieuse que ressentent bon nombre de Mauriciens. Or, dans la proposition du vaccin, je perçois une source importante de divisions possibles au sein de la population. Comme il me semble fondamental de préserver cette richesse culturelle de chacun, il est grand temps de revaloriser les autres possibilités de traitements, comme de préventions. Cela peut être fait d’autant plus facilement que la balance bénéfice-risque actuelle de ce vaccin est encore loin d’être démontrée.

l N’est-ce pas finalement quelque part une grosse opération financière pour les fabricants de produits pharmaceutiques?

Vous avez raison, c’est possiblement la seule question qu’il faut se poser quand on voit l’efficacité des traitements, mais aussi de la prévention (vitamine D, vitamine C, zinc, ivermectin…), de la chute du taux de létalité due à la Covid-19 et de la baisse du nombre de décès dans le monde. Je ne prendrai qu’un seul exemple, celui de Moderna, que je connais bien pour avoir travaillé sur l’ARN depuis plus de douze ans et qui était au bord de la faillite, n’était même pas un spécialiste du développement du vaccin, mais plutôt de stratégies géniques dans le cancer, et qui représente aujourd’hui à elle seule une capitalisation équivalente à celle de plus de trois quarts des sociétés du CAC40, bien au-delà des Rs 2300 milliards.

l Depuis le 26 avril 2020, Maurice ne compte plus de contamination locale de la Covid-19 à l’exception de deux cas atypiques, recensés en novembre dernier, qui ont été contenus. Avec la fermeture des frontières, le pays a réduit sa vulnérabilité. Alors pourquoi les vaccins anti-Covid sont-ils importants et devraient être une priorité pour le pays?

Au-delà des incertitudes encore existantes, on anticipe facilement un scénario proche de celui de H1N1… Les vaccins, comme traitement alternatif, ont une chance non négligeable d’arriver trop tard… ou de ne pas être adaptés à la population à risque qu’est Maurice. J’ose donc formuler un vœu. Mon vœu pour Maurice et pour nous tous. J’ose espérer qu’avec 2021, on change enfin de paradigme et qu’on sorte du cercle vicieux dans lequel nous sommes pris sans fin, et qui me prive de ce pays et de son peuple que j’aime. On nous a promis que le masque nous protégerait, et puis il a fallu nous distancier. On nous a promis que les deux marcheraient, et puis il a fallu nous confiner. On nous a promis qu’en fermant les frontières, nous retournerions à la normale, et on s’est mis à tester et à découvrir que ces tests n’étaient pas une solution fiable. On nous a vendu une situation idyllique d’un pays sans Covid, et puis on nous dit qu’il faudrait en fait faire comme tous les pays, nous vacciner ? Et on nous dit qu’on n’a pas le choix pour retourner à la normale. Right, donc, ces vaccins nous empêcheront de transmettre le virus ? Non ! On ne sait pas. Bon, OK ! Mais alors, ces vaccins vont nous protéger de la forme sévère de la maladie ? Non, a priori non, puisqu’une forme sévère a été rapportée. Bon, mais alors nous allons pouvoir vivre sans masques, sans nous distancier, sans être plus jamais à risque d’un confinement ? Non, non plus, car l’OMS nous a tous avertis, le 28 décembre 2020 ,qu’il fallait se préparer à pire qu’à la Covid… Quelle jolie carte de vœux, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi ne pas s’essayer à une autre histoire ? Les traitements efficaces sont donc bien réels. Certaines pistes Made in Moris n’ont pas encore été exploitées. Elles permettraient de sortir du narratif de la peur, et se réancrer aux forces mauriciennes, sans attendre un salut potentiel, risqué et annoncé finalement comme transitoire.