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La séance de consultations prébudgétaires entre les artistes et le ministre des Finances Renganaden Padayachee s’est tenue mercredi dernier. Des artistes invités à y participer n’ont pas répondu présents. Comme eux, ils sont nombreux à ne plus croire dans cet exercice où leurs propositions sont écoutées, notées et oubliées. «Nous avions demandé une salle polyvalente pour que les artistes de toutes les catégories puissent trouver une plate-forme où se produire, exposer, etc. Il y avait une salle qui se prêtait à cette attente. Nous avions déjà fait cette proposition lors d’une consultation prébudgétaire. On nous a écoutés, mais pas entendus, puisque la salle a été transformée en casino», déplore un chanteur populaire.

A l’heure où près de 350 artistes sont touchés de plein fouet par la crise économique résultant de la Covid-19, ces derniers sont plus intéressés à voir l’adoption du Status of Artists’ Bill, un projet de loi qui viendrait non seulement reconnaître leur métier, mais aussi leur garantir une assurance financière. Pour Gérard Louis, président du conseil d’administration de la Mauritius Society of Authors, la prochaine loi doit être également une protection contre le plagiat et dans ce sens définir les paramètres  d’éligibilité au statut d’artiste. Selon nos informations, le projet de loi devrait être présenté à l’Assemblée avant ou au courant du mois d’août.


Questions à Bruno Raya, artiste et porte-parole de l’Association des auteurs et compositeurs mauriciens :« Le ministre de la Culture a la volonté de travailler pour les artistes, mais il y a un blocage… plus haut »

Vous n’étiez pas invité aux consultations prébudgétaires avec les artistes, mercredi dernier?
— Non, je n’étais pas invité. D’ailleurs, je n’y vais plus depuis 2016. Notre première participation remonte à 2015 où le Premier ministre Pravind Jugnauth, lui-même, présidait les consultations. Nous avions alors fait des propositions, lesquelles n’avaient pas été prises en considération. Idem l’année suivante. A la fin nous avions conclu que cela ne servait à rien de participer à cet exercice, si ce n’est que pour écouter des artistes sans concrétiser leurs propositions. C’est l’action qui importe. Nous inviter pour montrer qu’on nous écoute ne sert à rien, si ce n’est pour mettre des systèmes en place avec leurs lots de complications pour les bénéficiaires !

Quelles sont les actions, en faveur des artistes, qui auraient dû avoir été faites entre-temps?
— Ti bizin inn fini donn artis so stati ek align nou lor se ki fer internasionalman. Un plan pour la nouvelle génération, pour la protection des artistes. Il a fallu faire pression l’année dernière pour qu’enfin le gouvernement annonce le projet de loi pour le statut des artistes. Un artiste doit évoluer dans un cadre qui définit si ses activités relèvent du secteur formel ou informel. Avec les conséquences de la crise sanitaire liée à la Covid-19, nous devons connaître le contenu du projet de loi. Nous souhaitons qu’après sa présentation que nous ayons notre mot à dire et que nous puissions obtenir une rencontre consultative avant que la loi ne soit votée.

Le plan de soutien présenté par le ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck, ne démontre-t-il pas que celui-ci fait preuve de volonté pour soutenir les artistes en cette période difficile?
— Le ministre est jeune et je crois sincèrement qu’il a de la volonté de faire avancer les choses pour les artistes. Quand on discute avec lui, il est évident qu’il aime la culture. Il est ‘in’ Li kontan artis. Il est le seul ministre de la Culture à pouvoir interpréter une chanson de Kaya dans son intégralité. Mais ceci étant dit, il y a un blocage. Ki kote sa bloke? Le Support Plan scindé en thématiques, dans le fond, n’est pas une aide, mais plus un appel à projets. Et si les projets sont retenus, les artistes vont percevoir Rs 30 000! Ces mêmes projets seront alors utilisés pour la promotion de Maurice. Je pense que les Rs 400 millions données à Liverpool auraient été plus utiles ici et auraient été amplement suffisantes pour soutenir d’une part tous les artistes, et d’autre part, pour développer l’art dans tous ses états. Au final, nous les artistes, avons profondément envie de voir que l’Etat mauricien a le désir de concrétiser des projets pour nous. Il ne faut pas oublier que l’UNESCO nous a déjà fait des propositions sur le Status of Artists Bill, ce qui aurait aidé à développer l’industrie musicale à Maurice. Zordi zour se l’Inde ki finn felisit l’UNESCO pou so rapor, ki pe aplik sa bann mezir-la! J’ai toujours entendu les politiques dire que la culture est un pilier économique, qu’ils présentent une fois pour toutes le projet de loi.

Dans ce cas, comment, selon vous, le ministère concerné devrait aborder l’industrie de la musique, voire des arts dans un contexte de post-deuxième vague de la Covid-19?
— Nous devons faire comme dans tous les secteurs, passer au digital. Cette proposition a été faite l’année dernière, mais elle est tombée à l’eau à cause d’une politique de petits copains et de koler lafis. Toutefois, quand on adopte la plate-forme digitale, il faut le faire de manière professionnelle, car nous avons une visibilité internationale. On ne peut pas commettre l’erreur de faire bann zafer komik-komik. Et si l’Etat mauricien n’a pas de budget, il faut qu’il se tourne vers le secteur privé, lequel est disposé à investir dans des projets. D’ailleurs, c’est dans cette optique qu’aura lieu la première édition du festival en ligne «Eski to’nn pare?» au J&J Auditorium, le 29 prochain. Le public y aura accès en cliquant sur un lien et au tarif de Rs 150. C’est aussi pour ce genre de raison que la loi sur le statut des artistes est importante. Et lorsqu’il s’agit de mettre en place des plate-formes digitales, Mauritius Telecom entre en jeu parski se li ki ouver ek ferm robine! Qu’il ne se défile pas lorsqu’il y a des plaintes.

Vous êtes critique, ici, et aussi ailleurs à l’égard des autorités. Votre rapprochement avec l’activiste Bruneau Laurette de facto ne fait pas de vous un opposant du présent régime?
— Je voudrais rappeler que depuis que je fais de la musique, trente ans l’année prochaine, j’ai un engagement envers la société. Mo konba se fer geto vinn sato. A ne pas oublier qu’avant Bruneau Laurette, j’avais avec Boyzini poursuivi un ancien ministre de la Culture, devenu président de la République. Malerezman li’nn sap dan file. Et ce grâce à son immunité. Mais nous n’avions pas eu peur d’entamer cette action légale dans l’intérêt des artistes. Quand je vois quelqu’un qui s’appelle Bruneau Laurette prendre position pour des causes auxquelles j’adhère et que je vois que je peux aussi apporter ma contribution dans ce combat, je le fais! Je ne le fais pas uniquement avec Bruneau Laurette, mais aussi avec des organisations non gouvernementales qui oeuvrent pour une île Maurice meilleure, telle est ma philosophie. Je n’ai pas à cacher que je ne suis pas un fan du MSM. Bann la ena enn politik vant lerwa! Mais je reconnais d’emblée que le présent ministre de la Culture est quelqu’un d’accessible et qui a la volonté de travailler pour les artistes. Toutefois, comme je l’ai dit auparavant, il est confronté à un blocage. A quel niveau? Je ne sais pas, mais il est clair que c’est au plus haut niveau. Notre combat se fait dans l’intérêt de l’art. Le précédent gouvernement avait aussi commis beaucoup d’erreurs au détriment des artistes. Et je peux dire que de tous les ministres de tutelle, Mookeshwar Choonnee est celui qui nous a fait le plus de tort. Tou letan li ti pe fer sanblan.