L’association Raise Brave Girls (RBG), représentée par sa présidente, Prisheela Mottee, avance que, dans le prochain budget national 2021/2022, la RBG Association plaidera pour que les congés menstruels soient introduits dans la loi sur les droits du travail et au niveau de la politique pour les étudiants par le biais du ministère de l’Éducation. Une pétition nationale dans ce sens a été lancée le 22 mai, avec plus de 5 200 signatures recueillies. L’un de leurs appels à l’action est la mise en place d’une boîte à serviettes hygiéniques (“sanitary pads box”) sur les lieux de travail et dans les établissements scolaires. L’association a aussi recueilli plus de 250 histoires inspirantes de femmes selon le Masterplan Africa We Want et le Sustainable Development Goal 5, mis en place par les Nations Unies concernant l’égalité des genres, avec pour thème “Voice Out your resolution to achieve gender equality for 2020”. L’association a aussi fait pression pour le projet de loi sur les enfants et le handicap, tout en faisant des propositions sur les politiques de lutte contre le cyberharcèlement, dont le scandale lié à Telegram. La Raise Brave Girls Association milite aussi pour la violence domestique et insiste sur le fait que les parents et la société, à travers le système éducatif, doivent élever de “brave girls” pour qu’elles fassent non seulement partie intégrante de la société, mais aussi de l’économie.

Détentrice d’un LLB et d’un BEC en sciences politiques, vous êtes aussi présidente de l’ONG Raise Brave Girls. Pourquoi une telle pertinence dans le choix de ce nom ?
Le nom « Raise Brave Girls » a été choisi parce qu’il est important de mettre l’accent sur le fait que nous ayons besoin de “Raise Brave Girls” dans les sociétés patriarcales. Traditionnellement, on n’apprend pas aux filles à prendre des risques et il y a une perception de perfectionnisme. Nous devons élever des filles courageuses en les encourageant à prendre des risques. Élever des filles courageuses aujourd’hui signifie forger un avenir plus fort. Les parents et la société, à travers le système éducatif, doivent élever de “brave girls” pour qu’elles fassent non seulement partie intégrante de la société, mais aussi de l’économie.

Vous êtes venue avec un projet rémunéré sur le « menstrual leave » pour les femmes qui travaillent et pour les étudiantes, et plusieurs pays de l’Afrique l’ont implémenté. Quelles sont les étapes à suivre pour que ce projet devienne une réalité ?
Depuis l’année dernière, la RBG Association fait pression pour les congés menstruels par le biais de la proposition prébudgétaire. Cette année encore, nous avons envoyé la même demande. La RBG Association a décidé de prendre le pouls de la population à travers une pétition nationale, qui a été lancée le 22 mai et qui a déjà atteint 5 200 signatures. Pour soutenir la pétition, nous avons lancé un appel à l’action pour recueillir des données, et 86% d’un échantillon de 104 personnes ont accepté l’adoption des congés menstruels. Le rapport de l’appel à l’action sera envoyé au ministère des Finances avant la présentation du budget pour examen. Au niveau de la mise en œuvre, nous nous attendons à ce que les congés menstruels soient introduits dans la loi sur les droits du travail et au niveau de la politique pour les étudiants par le biais du ministère de l’Éducation.

Il y a aussi des femmes qui souffrent de cancer et c’est incompréhensible de voir les assurances pratiquer une sorte de déni face à cette maladie. Ne pas avoir droit à un remboursement alors qu’il y a une cotisation mensuelle chaque mois, n’est-il pas temps de faire bouger les choses dans ce sens ?
Il est certain qu’il doit y avoir un fort lobby dans ce sens, ce qui nécessitera une modification de la loi. Une autre proposition consiste à soutenir les patients atteints de cancer par le biais du fonds consolidé pour le paiement intégral du traitement à l’étranger (si nécessaire). En tant que gouvernement et pays responsables, nous ne pouvons imposer un stress supplémentaire à un patient atteint de cancer pour la collecte de l’argent pour le traitement.

La Raise Brave Girls Association insiste sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des filles et des femmes. En 2021, cet objectif a-t-il été atteint selon vous ?
Maurice a été classée 115e dans l’indice mondial d’écart entre les sexes 2020. À l’heure actuelle, nous sommes loin du compte car, pour commencer, nous sommes dans une société patriarcale qui évolue, mais lentement. Il est également malheureux de constater que le nombre de féminicides augmente à Maurice, ce qui est un signe fort que notre société est malade. Cependant, nous devons admettre que les femmes bénéficient de l’égalité des chances et des salaires dans le secteur public et que plus de 40% des femmes occupent des postes de direction. Dans le secteur privé, certaines banques de premier plan ont pris l’engagement d’augmenter le nombre de femmes aux postes de direction. Nos filles ont également accès à l’éducation et obtiennent de meilleurs résultats scolaires, mais elles ne parviennent toujours pas à briser le plafond de verre sur le plan professionnel.

Votre association a aussi fait pression pour le projet de loi sur les enfants, dont le mariage des mineurs ou encore le problème de concubinage des mineurs. Votre réaction ?
Nous avons fait du lobbying pour le projet de loi sur les enfants en ce qui concerne l’abrogation de l’article 145 du Code civil mauricien qui concerne le mariage des mineurs à partir de 16 ans, avec le consentement des parents ou une ordonnance du juge. Nous soutenons que la place d’un enfant est à l’école et non pas pour gérer un foyer. Il y a aussi le concubinage des mineurs avec des adultes, problème sur lequel nous faisons pression pour qu’il devienne une infraction pénale pour les adultes. Nous avons également fait des propositions pour que la publication de photos d’enfants, séjournant dans des refuges ou des orphelinats sur les médias sociaux, devienne un délit pour l’intérêt supérieur de l’enfant.

La cause des handicapés est aussi votre cheval de bataille. Quelle est la situation à ce jour ?
Nous avons également envoyé nos propositions pour le projet de loi sur le handicap et avons demandé un projet de loi adapté au handicap et au genre pour les éléments suivants découlant autour de l’Infrastructure — ascenseur et plateforme pour fauteuil roulant accessibles aux handicapés, barres d’appui obligatoires pour les handicapés dans tous les bâtiments publics et commerciaux, braille obligatoire dans tous les ascenseurs, toilettes et rampes obligatoires pour les handicapés. Permis spécial pour les personnes handicapées pour toutes les nouvelles infrastructures, délivré par l’EdB avec la norme ISO. En ce qui concerne l’éducation, il faut des classes spéciales et « un disable board for educational admission ». Les documents d’état civil et les documents publics officiels doivent être traduits en braille si la demande est faite.
Au niveau de l’emploi, nous proposons de modifier la loi de 1996 sur la formation et l’emploi des personnes handicapées. De plus, un employeur, ayant un effectif de 35 travailleurs ou plus, doit employer le nombre de personnes handicapées correspondant à 6% de l’effectif au lieu de 3%, avec obligation de respecter l’égalité des sexes. Nous avons également proposé un recensement national des personnes handicapées et un “caucus” des personnes handicapées à l’Assemblée nationale. Les personnes handicapées doivent bénéficier d’un service accéléré dans les établissements de santé et l’État doit prendre en charge le traitement des patients atteints de maladies rares et le traitement des mineurs handicapés à l’étranger.

Qu’en est-il des propositions concernant les politiques de lutte contre le cyber harcèlement en ce qui concerne le scandale de Telegram ?
Le pays a été secoué par le scandale de Telegram. Les chiffres rapportés par le Mauritius Cybercrime Online Reporting System (MAUCORS), entre le 10 et le 22 mars dernier, s’élèvent à 148 cas signalés — cyberintimidation, cyberharcèlement, sextorsion, cyberharcèlement, ce qui est alarmant. Des recherches ont prouvé que, pendant la période de fermeture, les cas peuvent être multipliés par trois et que les chiffres rapportés ne sont que la partie visible de l’iceberg des cas non signalés. Nous avons pris l’initiative d’envoyer aux autorités les propositions suivantes : un groupe de travail contre la cyberintimidation, des subventions pour l’éducation contre la cyberintimidation afin d’équiper les parents, un sommet national de la jeunesse contre la cyberintimidation, une ligne téléphonique pour soutenir les parents et une politique basée sur des preuves pour s’attaquer au problème. La médiatrice pour les enfants a été attentive à nos propositions lors d’une session de consultation à son bureau.

Il y a aussi la collection d’histoires inspirante selon le Masterplan Africa We want et le Sustainable Goal 5, mis en place par les Nations Unies pour l’égalité des genres, et pour encourager les femmes à être une Wonderwoman. Combien d’histoires avez-vous recueillies et quelle est l’attente des femmes en 2021 ?
À ce jour, nous avons recueilli plus de 250 histoires et messages inspirants. Les femmes et les jeunes filles ont besoin d’une plateforme sûre pour s’exprimer sans être jugées. Lorsque les histoires et les messages sont partagés, non seulement la femme s’en trouve renforcée, mais cela incite également les étrangers à devenir forts et à se manifester. Aucun prince charmant ne viendra sauver une demoiselle en détresse. Nous devons nous équiper et apporter notre soutien aux personnes qui en ont besoin. Rien n’est plus beau que de partager une histoire qui inspire. En outre, il est également important de partager les problèmes et la voix afin que nous puissions étendre l’aide.

Le projet de dire non à la violence domestique n’a pas vraiment été d’actualité en cette période de confinement. Combien de cas ont été enregistrés et que propose la Raise Brave Girls Association ?
Selon Statistics Mauritius, entre le 20 mars et le 30 mai 2020, 520 cas de violence domestique ont été signalés et 111 femmes victimes ont quitté le domicile conjugal. Les chiffres rapportés sont alarmants et les chiffres non rapportés ont été laissés de côté. Selon les experts internationaux, les chiffres de la violence domestique devraient tripler pendant un Lockdown. La RBG Association a proposé des “daily lives” pour les encourager à s’exprimer contre la violence. Les femmes doivent s’exprimer pour que nous puissions les aider. Nous avons également fait pression pour la mise en place d’un double bracelet électronique pour les auteurs de violence, ce qui donnera à la police des informations et une alerte si l’auteur s’approche de la victime. L’application Lespwar est une bonne initiative, mais elle est limitée aux personnes possédant un mobile Android. Nous proposons d’adopter la formule indienne et d’allouer un mobile postpayé aux victimes de violence domestique. En ce qui concerne le départ des femmes du toit conjugal, il est grand temps d’adopter la formule britannique où les auteurs doivent quitter le toit conjugal.

Votre association a représenté Maurice au Forum sur le genre de Tunis, en 2019, en tant que conférencière pour le plaidoyer en ligne. Quelles étaient les retombées ?
J’ai eu l’occasion d’intervenir lors d’une “pop up session” sur la défense des intérêts en ligne. Le monde évolue rapidement grâce aux progrès technologiques et la manière de faire du lobbying doit changer. J’ai également eu l’occasion de partager les bonnes pratiques de l’île Maurice en matière d’égalité des sexes. De nombreux pays ont partagé leurs inquiétudes, principalement sur les féminicides, et malheureusement, nous observons que le même phénomène est en hausse à Maurice.

Les ateliers créatifs, comme Women You Lead, utilisant l’art comme outil, permettent une meilleure autonomisation des femmes. En quoi ce genre d’événement contribue à l’épanouissement de la femme ?
Nous avons eu l’occasion de présenter gratuitement des ateliers “Women you lead” à plus de 200 femmes dans tout le pays. Nous avons également eu l’occasion de présenter cet atelier aux femmes membres des forces de police. Ces ateliers aident les femmes à s’arrêter et à se concentrer sur elles-mêmes en tant que personne, en tant qu’individu et non en tant que mère, épouse ou sœur de quelqu’un. Ils relient la femme à son véritable moi et l’aident à se redécouvrir. Il existe des astuces simples comme une note de gratitude ou un journal pour noter son parcours ou ses émotions. Nous avons tous besoin de nous-mêmes dans ce monde occupé et il ne s’agit pas d’être égoïste ou égocentrique.

Votre plateforme crée cette visibilité auprès des femmes d’unir leurs forces pour combattre la violence et pour l’égalité des sexes. Cette prise de conscience est-elle palpable sur le terrain ?
La RBG Association dispose d’une plateforme en ligne d’environ 25 000 adeptes sur Facebook et Linkedin. Sur Facebook, nous avons un minimum de 4 000 activités par “post” et un minimum de 1 000 vues par “post” sur LinkedIn. Sur le terrain, nous ressentons le même besoin de nous exprimer. Les femmes veulent partager leur expérience et il y a un besoin absolu d’avoir une plateforme. Malheureusement, nous ne disposons pas d’une telle plateforme en dehors des médias sociaux. Par exemple, des sessions de partage sur les centres d’aide sociale ou les groupes de soutien/encouragement. Les femmes ne sont pas faibles, mais elles ont parfois besoin d’un petit coup de pouce pour aller de l’avant. Elles ont besoin d’être encouragées, d’être responsabilisées et de croire en elles.

Dans le prochain budget national 2021/2022, la RBG Association plaidera pour les congés menstruels et la distribution de serviettes hygiéniques gratuites ? De quelle manière ce « call for action » a été perçu par les hommes ?
Nous avons constaté qu’il y a un manque d’informations en ce qui concerne les menstruations dont certains hommes et femmes ne sont pas conscients. Nous avons trouvé le soutien d’un certain nombre d’hommes qui ont compris que les femmes ont une situation biologique différente. Il s’agit d’un plaidoyer pour les hommes et les femmes. Au bout du compte, les hommes aussi élèveront des filles courageuses.

Quels sont vos autres « calls for action » ?
L’un de nos appels à l’action est la mise en place d’une boîte à serviettes hygiéniques sur les lieux de travail et dans les établissements scolaires. Nous avons observé qu’il peut arriver que les femmes ou les étudiants n’aient pas de serviettes hygiéniques à portée de main pour différentes raisons : travail dans des régions éloignées, fuite, oubli à la maison, etc… Une boîte à périodiques deviendra nécessaire dans de telles urgences.

ACCROCHE
« Pour soutenir la pétition, nous avons lancé un appel à l’action pour recueillir des données, et, 86% d’un échantillon de 104 personnes ont accepté l’adoption des congés menstruels »

« Nous sommes dans une société patriarcale qui évolue mais… lentement »