Trois trous béants remplis d'eau pluviale à la rue Edgard Laurent

Rs 2 M dépensées dans des travaux de rapiéçage qui virent au fiasco

Le contracteur Best Construct Ltd pointé du doigt pour son incurie

Les habitants de Rose-Hill en ont assez de l’état dans lequel se trouvent de nombreuses rues de la ville parsemées de nids-de-poule. Les automobilistes contraints de slalomer entre ces trous béants, sous peine d’y laisser leurs essieux ou de subir une crevaison, sont à bout, d’autant que cette situation prévaut depuis plus de deux ans. Des trous béants de 50 cm se sont formés dans certaines rues en dépit des travaux de rapiéçage effectués par la mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill, au coût de Rs 2 millions, que lui remboursera la Central Water Authority (CWA). Les conseillers municipaux se dédouanent des problèmes liés au retard dans le réasphaltage complet des rues, imputant la faute à la CWA et à la compagnie Best Construct Ltd à laquelle incombe la responsabilité d’entreprendre ces travaux.

Pour se rendre à Rose-Hill en voiture ou à moto, mieux vaut avoir les reins solides et de bons amortisseurs. C’est à l’avenue Sir Célicourt Antelme, à la rue Maurice Curé (ex-Edward VII), à la rue Ambrose et à la rue Edgard Laurent que l’on retrouve les plus fortes dégradations. C’est avec un trait d’humour que Jean-Paul T. attire notre attention sur l’état de délabrement de la rue Edgard Laurent, où il réside depuis 15 ans. « Ici, c’est comme jouer à un jeu vidéo. Les automobilistes et les motocyclistes doivent zigzaguer pour éviter un trou béant, puis l’autre et  un troisième ! Vous n’avez même pas le temps de voir les nids-de-poule si ceux-ci sont évités par les voitures qui vous précèdent », indique notre interlocuteur. Ce n’est pas trois, mais quatre nids-de-poule, les uns à côté des l’autres, qui se sont formés à la rue Edgard Laurent. Un véritable danger pour les usagers, surtout lorsque ces trous sont remplis d’eau pluviale.

Face à la colère grandissante des citadins, la municipalité des villes sœurs a recours au rapiéçage — qui consiste en l’application d’une mince couche d’asphalte recyclée sur la cavité — de la quasi-majorité des rues dégradées par les travaux de la CWA. Sauf que ces réparations temporaires ne résistent pas plus d’un mois, la mauvaise qualité de l’asphalte étant a priori à l’origine de cette dégradation précoce. Là où le bât blesse, c’est la somme investie par la mairie dans ces travaux, soit Rs 2 millions. « Une obligation à la lumière du calvaire que vivent les automobilistes depuis plus de deux ans », nous indique un conseiller de la majorité MSM-ML.

En effet, c’est le 28 mars 2018, qu’avaient démarré les travaux de remplacement de 2,3 km de tuyaux vétustes, lancés en grande pompe par le Deputy Prime Minister déchu Ivan Collendavelloo. Selon les termes du contrat signé entre le contracteur, Best Construct Ltd, et la CWA, ces travaux auraient dû s’étendre sur 18 mois. Il était donc prévu qu’après ce laps de temps, Best Construct Ltd allait s’atteler à la réfection des rues. Or, 33 mois après, lesdites rues s’apparentent toujours à des champs de mines.

« De mauvais augure pour les élections »

Des conseillers de la mairie et des représentants de la CWA se sont réunis jeudi dernier pour tenter de trouver une issue à ce problème. Une réunion qui s’est déroulée dans un climat de haute tension, en attestent les reproches faits par certains conseillers municipaux aux représentants de la CWA concernant « ce retard démesuré dans l’achèvement des travaux effectués par Best Construct Ltd. »

Absents lors de cette réunion, Alain Letandrie et Zaed Nanhuck, respectivement conseillers MSM et du PMSD, n’y sont pas allés avec le dos de la cuillièreen pointant du doigt « l’incurie et l’incompétence » du contracteur. « Combien de fois ai-je demandé à l’ancien maire Ken Fong d’intervenir auprès du gouvernement central pour qu’il donne les moyens financiers à la mairie pour qu’elle procède elle-même au réasphaltage des rues au fur et à mesure que se déroulent les travaux de la CWA. Best Construct, qui est une entreprise désuète, est incapable de respecter ses engagements. Les automobilistes de Rose-Hill sont dégoûtés de devoir débourser de leurs poches pour réparer les dégâts récurrents infligés à leurs véhicules », nous confie Zaed Nanhuck.

Alain Letandrie évoque la proximité, selon lui, du contracteur avec un membre d’un parti politique. « Je connais les liens qui unissent les dirigeants de cette entreprise avec des ténors d’un parti. Par conséquent, les habitants de la ville, à juste titre, tirent à boulets rouges sur les conseillers depuis deux ans. De mauvais augure à l’aube des élections municipales », indique Alain Letandrie.

Au-delà des dommages matériels subis par les véhicules, des habitants des rues Maurice Curé et Lees s’inquiètent que les poussières générées par l’état lamentable des routes ne nuisent à leur santé. Le vent et le passage ininterrompu des véhicules, répandent quotidiennement une épaisse couche de saleté sur les façades des maisons de la localité. Toute cette poussière s’ajoute à la fumée des pots d’échappement et déclenche des quintes de toux chez les résidents.