Après trois semaines de vacances, les cours ont repris aujourd’hui pour P.I, inscrit à l’Université de Maurice. Si comme ses autres camarades il suivra les cours en ligne, confinement oblige, à la différence des autres étudiants de son cours, lui est coincé dans une chambre. Non pas à la maison comme les autres, mais à l’hôtel. Pendant deux semaines. Et pas pour des vacances, mais pour une quarantaine ! Depuis samedi, ce jeune habitant de Curepipe a été placé en quarantaine avec une centaine d’autres personnes de la circonscription 17 (Curepipe/Midlands), dont quelques-uns de ses propres amis ayant été en contact avec le même membre d’un des clusters. Une expérience traumatisante pour ce jeune homme âgé d’une vingtaine d’années, qui n’aurait jamais imaginé qu’il devrait se soumettre à l’isolement, loin de sa famille. Et encore moins, qu’il puisse avoir été en contact avec un porteur de la Covid-19.

La nouvelle lui est tombée dessus, samedi dernier. Un de ses amis qu’il avait rencontré lundi dernier avait été testé positif. Or, si cet ami ne faisait pas partie de la bande avec qui P.I a joué au foot, ils ont tout de même échangé des poignées de mains pour se saluer. Une poignée de mains qui a permis aux autorités, dans le contexte du contact tracing, de remonter jusqu’à  P.I ainsi que d’autres membres de son groupe d’amis, eux aussi emportés par la vague des recherches contacts pour se retrouver en quarantaine.

Il n’avait jamais découché

Assis dans sa chambre hier, dans un hôtel du nord, il nous raconte son expérience. Pour l’instant, dit-il, « pa ena pou plegne lor manze. Les repas sont plutôt corrects ». C’était une de ses craintes, car P.I n’a jamais découché et n’a jamais été loin de ses parents. « Dite mo pa konn fer. Mo ti pe gagn traka tansion pa gagn nanryen, me ziska ler, tou korek! » Pourtant, il a cru au pire, samedi soir lorsque les autorités sont venues le récupérer pour l’emmener en quarantaine. Déjà angoissé car dans le doute d’être positif à la Covid-19 comme son ami, et d’avoir pu contaminer les membres de sa famille, dont son grand-père de 85 ans, l’angoisse de P.I s’est accentuée quand il a atterri devant le poste de police de Curepipe.

« Au départ, ils (ndlr : les officiers de la Santé) sont venus me récupérer aux alentours de 21h30 à mon domicile dans un van. Ils étaient vêtus de leur PPE et masques. Un peu comme dans les films. C’était assez impressionnant. Mais comme il faisait nuit, cela s’est passé plutôt dans la discrétion. Je suis parti plutôt sereinement », raconte l’étudiant de l’UoM. Dans le véhicule qui l’emmène, il y a d’autres personnes, tous portant le masque et les officiers de la Santé eux vêtus en habit de ‘cosmonautes’. À ce moment-là, la distanciation sociale est respectée jusqu’à devant le poste de police de Curepipe où le minibus s’arrête. Là-bas, il y a davantage de personnes. Et la peur commence à gagner le jeune homme. Surtout que dans l’autobus dans lequel il est placé, ils sont nombreux à être priés d’entrer et il n’y a plus de distanciation sociale. « L’autobus était bondé et la tension palpable », raconte P.I.

« Deux clusters inn melanze dan bis »

« Monn plis gagn per akoz cluster Gunga ek enn lot cluster inn melanz ansam dans sa bis-la », explique le jeune homme, relatant son angoisse. D’autant plus grande que personne ne savait si elle était positive ou pas à la Covid-19 puisqu’aucun test n’ayant été encore fait à cette heure. « Ti ena lafoul dans bis ek viris-la fasilman ti kapav propaze », dit P.I, qui dit craindre que « aster ena enn posibilite ki mo ena viris akoz sa voyaz dan bis-la ek sa lafoul-la. ». L’angoisse est à son apogée lorsque démarre vraiment sa quarantaine avec l’arrivée dans un hôtel samedi soir.

Pas de prise de température

Si la chambre d’hôtel et les repas sont « korek », c’est l’attente qui est longue et quasi insoutenable, explique P.I. D’ailleurs, s’étonne-t-il, si tous les résidents du centre de quarantaine prennent les précautions d’usage, il n’y a jusqu’ici pas eu de prise de température par les officiers de la Santé, sur place. Ni samedi soir, à leur arrivée à l’hôtel, aux alentours de 23h, ni durant la matinée de dimanche. Ce n’est que vers midi que P.I a effectué son test PCR.

Désormais, c’est l’interminable attente des résultats des tests qui a vu l’état mental de ce jeune homme passer de la relative sérénité, affichée au début, peu à peu à l’angoisse d’une possible contamination. Surtout qu’il dit ne pas avoir peur pour lui mais « pour ma famille ». « Si je suis testé positif, cela pourrait signifier que j’ai contaminé les membres de ma famille, dont mon grand-père. J’ai hâte d’avoir les résultats, mais en même temps je crains les résultats. Il faudra attendre pour savoir, lundi après-midi(aujourd’hui), je pense…» , dit-il.

En attendant, il va se consacrer à ses cours en ligne en espérant fortement lire ou entendre aujourd’hui le mot « NÉGATIF ». Autrement ce sera le début d’une autre vie à laquelle, il n’a jamais imaginé un instant être associé, tant il était bien dans son cocon familial…