Rajesh Bhagwan, qui siège au Parlement sans interruption depuis 1983, est à son neuvième mandat, siégeant comme député de l’opposition, mais également comme ministre. Il fait le point sur la situation politique qu’a connue le pays cette année.

Que retenez-vous de cette année 2020 ?

Les anciens Premiers ministres doivent sans doute s’en mordre les doigts en faisant le douloureux constat de la gestion du pays sous Pravind Jugnauth. En effet, personne ne s’attendait, dans les faits, que le destin du pays avait été confié à un autre capitaine du Wakashio… Confié ?… Pas sûr… Puisqu’une année après les élections générales de 2019, les pétitions électorales sont toujours devant les instances judiciaires, et la légitimité de ce gouvernement reste fort douteuse alors que ses actions et ses inactions plongent le pays dans un marasme sans précédent. 2020 se termine donc comme elle a commencé : dans la confusion alors que le pays broie du noir.

Quels sont les éléments qui vous ont le plus marqué ?

Outre l’incompétence, amplement démontrée au niveau de la gestion de la pandémie – avec la fermeture de l’aéroport dans les circonstances que l’on sait – on devait, par la suite, découvrir avec quelle incompétence les achats des médicaments et des équipements ont été effectués alors que la population faisait la queue en ordre alphabétique pour s’approvisionner dans les supermarchés. Toujours pendant la période de confinement, ce gouvernement sans cœur se mit à l’ouvrage pour démolir les logements de fortune, laissant des enfants dormir à la belle étoile. Cette même incompétence a plombé les ailes d’Air Mauritius et a permis aux “banksters” de la SBM de piller les réserves au grand jour. Incompétence et insouciance qui ont permis au navire Wakashio de pénétrer sans problème dans nos eaux territoriales et pour ensuite s’échouer sur les récifs, provoquant ainsi la plus grande catastrophe écologique que le pays n’ait jamais connue. Face à cette marée noire et l’immobilisme des autorités, c’est une marée humaine qui s’est mise en première ligne pour dépolluer les plages et le lagon. Un élan patriotique national qu’il faut saluer et qu’il faut soutenir et nourrir pour le bien de notre patrie. Ce réveil et cette mobilisation citoyenne sont indéniablement un des faits marquants en 2020 et peuvent constituer un rempart efficace contre les dérives constatées au niveau de la liberté d’expression cette année.

Vos commentaires sur les travaux parlementaires ?

Comment devrait-on qualifier cette mascarade qu’est devenu le Parlement sous la présidence du “loudspeaker” ? Complètement assujetti au Premier ministre, le “loudspeaker” expulse, sanctionne et suspend, comme bon lui semble, alors les séances de questions sont guillotinées et les questions restées sans réponse… Le déclin de cette institution, tout comme de nombreuses autres, fait craindre le pire pour l’État de Droit.

Quid de la situation sociale dans le pays ?

Toutes les limites ont été maintenant franchies, avec le meurtre de Soopramanien Kistnen. “Cover-up” de certains policiers, disparition des images de Safe City… un scénario qui ressemble au mode opératoire de la Mafia. La situation sociale se dégrade et la violence s’installe au sein même des foyers, provoquant la mort d’enfants innocents et des drames inqualifiables. La hausse de la criminalité et le bal des trafiquants de drogue affectent dramatiquement la qualité de vie de nos compatriotes.

L’heure est grave et il est de notre devoir citoyen de ne pas rester les bras croisés. Je fais un appel à la population pour être vigilante, car ce gouvernement a été démasqué publiquement et, par conséquent, il est devenu allergique aux critiques. L’ICTA, l’IBA, l’ICAC, une section de la police et les caméras de Safe City ne sont nullement là pour vous protéger, mais, au contraire, ils épient vos mouvements et la police peut débarquer chez vous pour un simple “post” ou une caricature sur les réseaux sociaux… Quant à la MBC, elle est devenue ni plus ni moins qu’une succursale du Sun Trust.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Notre liberté ne peut ni être confinée ni être mise en quarantaine… Les trois partis de l’opposition ont réalisé l’urgence de conjuguer leurs efforts au niveau du Parlement pour contrer les dérives de ce gouvernement pourri jusqu’à la moelle et pour déterrer des affaires les unes plus ténébreuses que les autres. Ensemble avec nos concitoyens, nous pouvons et nous devons sortir de cette dangereuse impasse pour assurer l’avenir de nos enfants.