Maurice embarque dans le New Space Era avec le lancement de son premier petit satellite, le MIR-SAT1. Ce rendez-vous historique est fixé pour jeudi prochain à 9h29. Cet engin de 10 centimètres conçu par les ingénieurs du Mauritius Research and Innovation Council en collaboration avec l’United Nations Office for Outer Space Affairs (UNOOSA) et le Japan Aerospace Exploration Agency (JAXA) se trouve au Kennedy Space Centre à Cape Canaveral en Floride, et sera envoyé dans la fusée SpaceX avant d’atterrir à la station spatiale internationale (ISS). D’ici un mois, le satellite mauricien devrait être opérationnel.

A travers ce lancement, Maurice emboîte le pas aux pays africains qui se sont lancés dans l’exploration spatiale.

A une semaine du lancement du MIR-SAT1, Faraaz Shamutally et Ziyaad Sorefan, deux ingénieurs, qui ont travaillé sur le satellite, s’affairent dans la Ground Station spécialement aménagée pour communiquer avec le satellite. Devant eux, se trouve un Flat Sat obtenu il y a une semaine. Ce Flat Sat, explique Faraaz Shamutally, est une réplique du satellite mais est posé sur une table.

“Nous mettons en place ce Flat Sat. Nous avons terminé les connexions de différentes modules grâce à l’assistance de Clyde Space. Nous suivons les instructions pour établir les connexions. Maintenant, nous essayons de communiquer avec la Flat Sat”, ajoute-t-il. A travers ce Flat Sat, la simulation d’un satellite en espace peut être effectuée. Ces simulations impliquent la prise des photos, les communications avec le satellite et la réception d’informations.

Des tests sont ainsi effectués avant que des instructions ne soient envoyées vers le satellite. Pendant les premiers mois, des corrélations seront faites entre le satellite et le Flat Sat.

“ Ce Flat Sat nous permettra de tester toutes nos manoeuvres et de résoudre toutes les erreurs avant d’envoyer les commandes vers le satellite”, dit-il. Les deux ingénieurs travaillent aussi sur le logiciel qu’ils vont devoir utiliser pour savoir les passages du satellite sur Maurice. Clyde Space a déjà envoyé les équipements nécessaires pour l’installation d’une antenne. Une structure a d’ailleurs été installée sur le toit du bâtiment Ebène Heights à cet effet.

Ces équipements vont permettre d’établir la connexion entre la Ground Station et l’antenne afin de pouvoir communiquer avec le MIR-SAT1. L’assemblage des équipements sera effectué la semaine prochaine. D’ici deux semaines, la Ground Station sera complétée.

Faraaz Shamutally souligne que la fusée arrivera en orbite en 10 minutes. Et nécessitera 24 heures pour arriver sur l’ISS. Un astronaute sortira le MIR-SAT1 et le lancera dans un mois, soit en juillet. Une fois mis dans l’espace par un astronaute, le petit satellite déploiera ses antennes et ses panneaux solaires après 45 minutes pour commencer à alimenter ses batteries. En même temps, il s’éloignera de l’ISS. Ce processus pourra s’effectuer en un à deux jours.
Ziyaad Sorefan indique que le déploiement des antennes et des panneaux solaires s’accélérera si le satellite se trouve dans une région couverte par les rayons de soleil. Mais si l’engin est lancé dans la nuit, le déploiement prendra plus de temps pour activer le satellite. Les conditions solaires, dit-il, sont cruciales.
Le satellite fera ainsi le tour de la terre. “ Nous devons être prêts avant ce deuxième événement. Tous les équipements doivent être opérationnels au préalable ”, dit-il. Une fois l’activation du satellite, l’équipe mauricienne doit être prête pour recevoir les signaux du satellite. Suite à cette étape, une batterie de tests s’ensuivra.

Une fois le satellite déployé, un Identification Number sera transmis par la North American Aerospace Defense Command (NORAD). Actuellement, les ingénieurs sont en contacts réguliers avec JAXA pour mettre au point les détails.

Pour le déploiement, Faraaz Shamutally et Ziyaad Sorefan seront en contact avec Jaxa car un astronaute de la JAXA assurera cet exercice.

Le satellite mauricien sera déployé avec plusieurs autres petits satellites. “ Nous devons savoir quel est le nôtre. Nous aurons des signaux des satellites mais nous ne saurons pas quel est le nôtre. Pour en savoir, le processus nous prendra du temps car nous devons décoder les signaux. Norad nous enverra également des informations. Nous allons contre-vérifier les informations pour identifier le satellite mauricien”, avance l’ingénieur.

Mais pour pouvoir détecter le satellite mauricien, les deux ingénieurs devront surveiller 24 sur 24 les satellites. “ Les satellites seront dans un environnement très dur. Nous aurons quatre à cinq passages par jour. Certains peuvent durée 30 secondes et d’autres 10 minutes. Nous devons tout observer. Notre antenne va capter les signaux des satellites et nous aurons les informations. Nous devons être présents pour vérifier les informations”, fait-il ressortir.

La surveillance du satellite, dit-il, est crucial afin de pouvoir planifier les prochains jours. Lors de son passage sur Maurice, tout dépendra de l’orientation du satellite pour la prise des photos avec des solutions à être élaborées en cas de problèmes.

Le satellite mauricien pèse 1,2 kilo. La construction du satellite a coûté Rs 15 millions et le projet a totalisé Rs 22 millions. L’engin est composé des panneaux solaires et d’une caméra de 1,2 mégapixels. Concédant que la résolution des images sera faible, les ingénieurs font ressortir que le plus important est cette première étape qu’effectue Maurice dans le New Space Era. Ce satellite permettra aussi la communication entre les îles. Mais pour communiquer avec le satellite, il faudra être titulaire d’une Radio Amateur Licence. Le satellite mauricien a une durée de vie d’un an en raison de l’alimentation solaire.
Ce projet a duré pendant trois ans. Les deux confinements ont provoqué des délais. Les deux ingénieurs ajoutent que certains préparatifs auraient dû être terminés depuis longtemps. Durant la conception du satellite, les ingénieurs ont aussi fait face à d’autres défis tels le changement de caméra, les contraintes s’agissant de la taille du satellite. Ils soutiennent que la JAXA est très stricte dans ses exigences. Ils se réjouissent que leur satellite comprend un Automatic Image Management System qui n’est pas disponible dans d’autres satellites du même type. “Cela nous aide à obtenir de la précision. Nous avons travaillé avec Clyde Space pour cela. Ce système est assez unique pour un petit satellite”, disent-ils. Grâce à leurs innovations dans ce satellite, la JAXA et Clyde Space ont aussi apporté des changements dans leurs critères.

Ces deux ingénieurs estiment que ce projet est grand. Ils sont en effet cinq sur le projet. Sachant le manque d’ingénieurs à Maurice, ils forment des élèves du secondaire et des étudiants du tertiaire pour assurer que Maurice puise poursuivre sa lancée dans le New Space Era. Ils sont prêts à démarrer la conception d’un deuxième satellite une fois que MIR-SAT1 sera lancé dans l’espace.