Niché dans le district de Flacq, Montagne Blanche, dont le nom a été inspiré de la montagne qui surplombe l’endroit, a pendant longtemps été l’enfant pauvre du développement dans cette région de l’est. Depuis quelques années pourtant, ce village à vocation agricole à la base, a connu une belle évolution. Toutefois, il conserve envers et contre tout un cœur vert.

Le centre névralgique de Montagne Blanche.

Situé entre Melrose et Sébastopol, Montagne-Blanche abrite quelque 10,000 habitants. Le lieu tient son nom de la montagne du même nom qui domine le village. Il serait inspiré de la couleur crayeuse d’une falaise située sur sa face sud-ouest. Le village est divisé en plusieurs localités : Sans Souci, Petit Paquet, Cité St Joseph et Morcellement Sans Souci. En passant par Moka, Quartier Militaire, Providence, Melrose, nous arrivons à destination. Juste à l’entrée du village, nous apercevons les maisons NHDC qui sont présentes dans le  paysage depuis une quinzaine d’années . Sharmila Moonedhurrun y tient une petite boutique devant sa maison depuis une dizaine d’années. Parlant de sa localité, elle souligne : “Montagne-Blanche est une région où il fait bon vivre. Avant mon mariage, j’habitais Sébastopol, le village voisin. Je me suis très bien adaptée ici”. Selon cette dernière, “aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire de se rendre à Flacq pour certaines démarches. Nous avons eu beaucoup de développements dans le village ces dernières années”. Elle mentionne au passage le sub-hall flambant neuf qui vient d’être inauguré trois semaines plus tôt. “Une aubaine pour que les habitants de la NHDC puissent jouir davantage d’activités récréatives”. En repartant, nous passons devant ce sub-hall qui fait face à une aire de jeu pour enfants. Nous sommes à la mi-journée et ses portes sont fermées. “Il ne tourne pas encore à plein régime et les activités n’ont pas encore commencé. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que le sub-hall ouvre”, explique Pierre, un jeune de la NHDC.

Se réinventer

Montagne Blanche a longtemps été l’enfant pauvre du développement. Que ce soit en termes de commerces, d’infrastructures récréatives et sportives. “Tout a changé désormais”, souligne Arvind Taucoory, habitant du coin. La région se pare même de nombre d’institutions universitaires. En effet, à l’entrée du village, le panorama est dominé par un imposant bâtiment. Il s’agit de l’école polytechnique qui est opérationnelle depuis trois ans et qui propose des cours dans divers secteurs, nursing, informatique, tourisme, engineering, entre autres.

Plus loin, nous arrivons à hauteur du morcellement Sans Souci. “Des terres qui ont appartenu jadis à la propriété sucrière de Fuel et offertes par la suite à des familles qui ont travaillé au sein de l’établissement”, relate M. Peetumber, ancien inspecteur de police à la retraite. Remontant plus loin dans le passé, Ajay, que nous croisons en route, raconte que “les premiers habitants de Montagne Blanche étaient des employés de la propriété sucrière de Sans-Souci, jadis la plus grande usine de l’île. Puis, les activités ont basculé à la propriété de Fuel”.

L’école primaire a été au cœur de nombre de remous la semaine dernière.

À proximité d’une ancienne usine de la CMT, nous rencontrons Mamad Rampersand, 59 ans. Cet habitant de Sébastopol s’est vu contraint de fermer le garage familial qu’il tenait depuis douze ans “suite aux difficultés engendrées par le confinement”. Cependant, depuis quelques mois, il s’est réinventé en ouvrant un petit snack, appelé Janaat. D’autres ont aussi suivi le pas, comme Arvind Taucoory. De chauffeur de bus à commerçant, il loue depuis un mois un emplacement en face de l’école primaire à Petit Paquet et propose divers articles.

En continuant notre flânerie, nous arrivons dans le centre névralgique de Montagne Blanche, juste avant le Village Hall. Banques, magasins, boutiques et autres commerces sont regroupés et l’espace fourmille de vie. À hauteur d’un ancien cinéma, à l’époque au cœur des activités des habitants de coin, nous prenons la direction de Sans Souci. Localité qui abrite l’Anna Medical College, qui accueille des élèves en médecine.

Talk of the Town

Direction Petit Paquet. Le  talk of the Town est la manifestation qui s’est tenue devant l’école primaire la veille. Des parents mécontents par des problèmes persistants ont fait éclater leurs frustrations. Maneesh Futhee, l’un des organisateurs de cette manifestation est en charge du ramassage scolaire. Les parents ont à plusieurs reprises  fait remonter leur doléances, mais les problèmes persistent explique ce dernier. “Entre autres, le manque de vérification de la température, les caretakers qui ne sont pas présents sur une base régulière, l’insalubrité des salles de classe sans oublier les toilettes dont certaines, sont toujours dans le style asiatique en 2021”. Suite à une rencontre avec les responsables à l’issue de la manifestation, les parents d’élèves espèrent que d’ici la rentrée 2021/2022 des mesures concrètes seront prises. Autres problèmes qu’il soulève concernant le village, c’est que “notre jeunesse tombe de plus en plus dans les fléaux comme la drogue synthétique”. De rajouter que pour qu’ils ne tombent plus dans cet engrenage infernal, “les autorités, ainsi que l’école, doivent mettre en place beaucoup plus d’activités sportives pour les encadrer”.

Cet ancien cinéma a été à l’époque l’une des principales attractions du village.

De Petit Paquet, la vue sur la montagne est époustouflante. Bijanan Ramkhelawan, planteur, parcourt quasiment deux kilomètres tous les jours pour atteindre sa plantation qui se trouve au pied de la Montagne Blanche depuis plusieurs décennies. “En sus d’une variété de légumes, de la canne à sucre, j’ai aussi des arbres fruitiers. Il y a beaucoup de planteurs dans les environs car les habitants d’ici conservent le goût du travail de la terre”, explique ce dernier. Un des tracés pour accéder à la montagne se trouve d’ailleurs à proximité. “Le sentier est escarpé mais ça en vaut le détour, surtout lors de la saison de la cueillette de goyaves. De poursuivre que le seul problème qui se pose ce sont “les singes qui font des dégâts pas possible en ce moment sur nos plantations”.