Selon le constat des experts, le remplacement des filaos sur nos plages est l’une des mesures qui permettront de protéger les plages contre l’érosion. Des projets pilotes ont été lancés sur quelques sites, mais malgré l’urgence les grands moyens n’ont toujours pas été déployés pour contrer le phénomène. Un plan global et une approche multisectorielle sont attendus. La dynamique des courants et des vagues et la pollution des lagons qui détruit les coraux et les créatures marines qui combattent l’érosion sont autant d’éléments occultés alors qu’ils sont indissociables de ce phénomène.

Sur 200 mètres à Flic en Flac et Le Morne et sur 400 mètres à Belle Mare, des filaos ont été enlevés et des plantes endémiques ont été plantées dans des zones actuellement interdites d’accès. Ces projets pilotes ont pour objectif d’étudier l’efficacité d’une nouvelle approche dans la lutte contre l’érosion des plages. Un phénomène visible depuis des années et qui appelle une réaction urgente. Mais la réponse est timide. Nous sommes une nouvelle fois face à une manière de faire peu efficace puisqu’un plan global est nécessaire. Au lieu de se limiter à quelques sites, l’action aurait dû s’étendre à plusieurs lieux et aborder le problème de différentes façons. Le remplacement des filaos ne constitue qu’une partie de la réponse à ce problème complexe.

Les mesures ratées.

Par le passé, nous avons vu de multiples mesures sur différentes plages avec, au final, des résultats discutables qui n’ont pas atténué le problème. Des gabions à St-Martin, Mont Choisy ou Rivière des Galets aux sacs de sable à Trou-aux-Biches et La Preneuse en passant par des tétrapodes à Riambel et Pomponette.  Des projets se sont enchaînés avec les gouvernements successifs sans grand résultat. Au final, ces mesures ont défiguré les plages. Certaines, comme les sacs de sable, n’ont fait que repousser le phénomène d’érosion un peu plus loin. “On a un peu joué aux apprentis sorciers pour se rendre compte que toutes ces mesures n’apportent pas de résultat. Ce n’est pas de « Panadol“ dont nous avons besoin, mais d’une vraie stratégie pour combattre l’érosion côtière. Il ne faut pas uniquement traiter les symptômes. Il est primordial de s’attaquer à la cause du problème”, dit Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement. La seule mesure viable est la plantation de ‘lianes batatran’ qui maintient le sol. Présentes sur certaines plages, elles ont été enlevées progressivement.

Quant aux filaos, à l’origine, ces arbres avaient été plantés pour prévenir l’érosion de nos plages en protégeant les dunes du vent. Cependant, des recherches récentes montrent que les casuarinas (filaos) ne seraient pas efficaces et contribueraient même à accentuer le problème. D’où l’enlèvement de ces arbres sur les sites cités. Ce projet du ministère de l’Environnement s’étalera sur une période de deux ans. Les plantes endémiques qui feront désormais partie du paysage sont la baume de l’île Plate, le veloutier vert, le badamier, le veloutier argenté, la Ste-Marie, le bois bœuf et le bois d’ébène.

Danger public.

Ce projet était devenu nécessaire. D’autant plus que, dans certains endroits, les branches et les troncs pourris de filaos représentent un danger pour le public. En même temps, il faudra expliquer la stratégie aux Mauriciens alors que dans notre folklore les filaos ont toujours été associés aux plages. “Enlever les filaos est la bonne chose à faire. Mais l’autre réalité est que cela changera la face de nos plages. Il y a des panneaux explicatifs sur les sites. J’espère qu’il y aura une campagne de sensibilisation qui suivra, pour que les gens comprennent ce qui est en train d’être fait”, souligne Vikash Tatayah de la Mauritian Wildlife Foundation. Cet organisme a été sollicité pour conseiller les autorités sur les plantes endémiques qui pourraient replacer les filaos.

Les causes de l’érosion.

Si la montée des eaux (4,8 à 5 mm par an à Maurice) provoquée par le réchauffement climatique est inaltérable, repousser ses effets sur nos plages demeure possible. Pour ce faire, une approche globale est primordiale. Elle doit prendre en considération tous les éléments qui contribuent à l’érosion de nos côtes. Il faut savoir que nos récifs jouent un rôle prépondérant contre l’érosion : ils brisent les vagues qui, elles, contribuent à l’érosion. Or, beaucoup d’éléments mettent à mal nos récifs,  comme la pollution ou encore les pesticides. “Dans certains endroits, il n’y pas de système de tout-à-l’égout, les eaux usées atteignent les lagons et les récifs en sont grandement affectés. Les pesticides viennent s’y déposer favorisant la prolifération d’algues qui étouffent le lagon et les coraux.”

Constructions sur nos côtes.

D’un autre côté, les constructions sur nos côtes amplifient l’érosion. “Ces infrastructures, en béton ou en pierres, reflètent l’énergie des vagues au lieu de les absorber. Quand il n’y a pas d’infrastructures, les vagues arrivent sur le sable et se dissipent. Dans le cas contraire, les vagues viennent s’écraser contre ces infrastructures et rebondissent pour creuser le sable et créer de l’érosion. De la même façon, les jetées empêchent le transit du sable et bouleversent son flot naturel accentuant le phénomène d’érosion.”

Il est aussi nécessaire de rétablir la pente des plages. “Une plage idéale est dotée d’une pente de 12 %, sinon les vagues viennent arracher le sable.  En somme, il faut prendre des mesures simultanées pour que le bilan sédimentaire soit rétabli. Cela veut dire que la quantité de sable qui glisse vers le large doit être équivalente à la quantité ramenée sur la plage.” Vassen Kauppaymuthoo fait ici référence au cateau vert, poisson qui, en broyant les coraux ramène du sable sur nos côtes ou encore aux algues calcaires qui transportent du sable à travers leurs squelettes. “Il faut que la qualité de l’eau soit propice pour que tout cet écosystème fonctionne, qu’il n’y ait pas trop de nitrate et de phosphate. Le bambara est connu pour stabiliser le sable, mais vous ne le verrez pas dans des eaux polluées. Comme vous le constatez, tout ceci est intimement lié. Il faut vraiment voir la chose dans son ensemble et non pas bout à bout.”