La réouverture des frontières, en particulier de l’espace aérien, est une réalité depuis vendredi minuit. Après près dix-huit mois de fermeture forcée avec l’industrie du tourisme à l’arrêt complet, tout un chacun réalise que ce nouveau départ pour le pays doit être réussi à tout prix. Ainsi, comme pour les grands événements, la ravanne a résonné dans l’enceinte dans l’enceinte du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, hier matin, pour accueillir les premiers visiteurs post-Covid-19. Le vol EK701 d’Emirates Airlines, en provenance de Dubai, a inauguré cette nouvelle ère, avec 488 passagers. Même aux petits heures du matin, un premier vol Cargo d’Air Mauritius avait atterri. Puis a atterri le vol d’Air Mauritius, MK 015 en provenance de Paris Charles de Gaulle, avec 300 passagers. Du coup, le terminal a retrouvé l’ambiance habituelle des arrivées, avec les proches attendant dans le hall, les chauffeurs de taxi postés à la sortie et les transféristes attendant leurs clients, pancartes à la main. Mais les appréhensions par rapport à la situation sanitaire sont omniprésentes. Et tout un chacun sait que la seule assurance demeure le respect à toute épreuve des gestes barrières du protocole sanitaire.
Malgré l’ambiance festive, certains visages sont fermés. D’autres tentent de jouer la carte de la discrétion. Sanjeev, chauffeur chez un tour-opérateur, confie qu’il reprend le travail après 18 mois. « C’est mon premier jour de travail. Pendant un an et demi, j’ai dû subvenir aux besoins de ma famille avec une allocation de Rs 10 000. Ce n’est pas évident. J’ai deux fils qui sont encore à l’école. La réouverture des frontières est une bonne chose, mais en même temps, les réservations ne sont pas au top pour le moment. J’espère que cela va s’améliorer », dira-t-il avec un sens de soulagement tout compréhensible.
Ce qui inquiète surtout Sanjeev, c’est le fait que son salaire de base est très faible. Soit Rs 11 000 pour dix-sept années de service. Il compte sur les Extras pour arrondir ses fins de mois. « Avec peu de touristes, il y a donc peu de chances de pouvoir faire ces extras. J’espère de tout cœur que ce secteur pourra vraiment redécoller », rajoute-t-il. Il s’estime heureux d’avoir pu tout de même conserver son emploi car plusieurs de ses collègues ont été remerciés.
La même inquiétude se lit sur le visage de Vikash, bagagiste chez un réceptif. Au-delà de la situation encore précaire dans le tourisme, ce sont les risques liés au Covid-19 qui le préoccupent. « J’ai repris le travail aujourd’hui avec un sentiment partagé entre soulagement et frayeur. D’une part, je suis content de recommencer à travailler, mais j’ai très peur par rapport aux risques sanitaires. Tous les jours on entend des décès et c’est effrayant. Je vis avec mes parents qui sont âgés et j’ai des enfants en bas âge. Ce n’est pas évident, mais il faut s’accrocher », avoue-t-il.
Peu après 10h, les membres du personnel navigant d’Air Mauritius débarquent. Tous affichent le sourire, mais ne souhaitent pas s’exprimer. Le commandant de bord du vol MK 015, Dany Kwan, salue poliment les journalistes. Le vol s’est bien passé. Il n’en dira pas plus. Joy Nuckched, chef de cabine principal, accepte toutefois de répondre aux questions. « C’est un privilège pour moi de travailler pour la réouverture des frontières. C’était triste de voir les avions voler avec très peu de personnes, jusqu’ici. Nous avons accueilli nos clients pour ce premier vol commercial de la réouverture avec beaucoup d’enthousiasme. Les gens étaient contents de revenir à Maurice. Ils ont pu déjà profiter de l’hospitalité mauricienne en mettant le pied dans l’avion», dira-t-il.
Le revers de la médaille, toutefois, est que la situation financière d’Air Mauritius est toujours dans le rouge et les emplois toujours en suspens. Joy Nuckched confie ainsi qu’il est sur la formule alternée pour le service. « Je vais travailler pendant un mois et le mois suivant je serai en Leave Without Pay… Que voulez-vous, tout a été chamboulé avec le Covid-19. On essaye de s’adapter, même si ce n’est pas évident. C’est le monde dans son ensemble, tout le secteur du tourisme et de l’aviation qui ont été affectés… On essaye de faire avec », laisse-t-il entendre.
Marilyne accueille les clients pour le compte d’une agence de voyages. C’est après 18 mois qu’elle a sorti les uniformes du placard. « Je me sens revivre. Ces 18 derniers mois n’étaient pas évidents. On ne vivait plus, on ne pouvait plus rien faire… Je suis contente de voir que les touristes nous font toujours confiance. J’espère que les arrivées vont augmenter au fil des mois et qu’on va pouvoir reprendre le travail comme avant», confie-t-elle.
Les chauffeurs de taxi ont moins de chance. Comme d’autres opérateurs de l’aéroport, ils ont aussi repris leur place, mais les clients se font rares… Soorooj Jhummun et ses collègues attendent à la sortie du hall d’arrivée. Après deux vols, il n’a toujours pas eu son premier client. « Tous les passagers qui quittent le terminal sont dirigés vers des Contract Vans ou des tour-opérateurs… Nous n’avons pas eu un seul client depuis ce matin. Si ça continue je ne sais comment on va faire pour vivre. »
Les premiers passagers qui quittent le terminal sont des hommes d’affaires. Ils sont accueillis par les représentants d’agences et dirigés à leurs voitures. Les touristes se font attendre. Boris, un expatrié, revient au pays après avoir rendu visite à ses proches en France. « J’ai profité de l’assouplissement des règles sanitaires pour aller visiter la famille que je n’avais pas vu depuis trois ans. Avec la quatorzaine obligatoire auparavant, ce n’était pas évident de voyager. J’ai pu le faire maintenant et je rentre au pays avec moins de contraintes », dit-il.
Des difficultés, c’est en France qu’il les a rencontrées. Étant vacciné au Sinopharm, Boris n’a pas eu droit au Pass sanitaire. « Là-bas, je suis considéré comme non-vaccciné. Je n’ai même pas pu aller prendre un café à une terrasse. C’est très compliqué. Maintenant on entend dire qu’on va peut-être accepter le Sinopharm avec une dose de Pfizer en rappel… on ne sait pas. On attend de voir comment la situation va évoluer car ce n’est vraiment pas évident de voyager sans Pass Sanitaire », regrette-t-il.
Les touristes sont bien présents pour cette réouverture des frontières. Le couple Lagrange est venu de France pour célébrer ses 30 années de mariage. « Cela fait longtemps que nous attendions ce voyage, mais nous n’en avons pas eu l’occasion. Nous sommes très heureux de pouvoir venir aujourd’hui pour fêter cet événement. »
Le couple Hutchingson vient du Royaume-Uni pour sa lune de miel: « c’est la première fois que nous venons ici. Le voyage nous a été suggéré pour notre lune de miel et nous ne le regrettons pas. Nous avons eu droit à un bon accueil. »
Pour ce qui est du protocole sanitaire, les touristes confient que c’est un peu « compliqué », mais se disent tout de même rassurés que leurs tests PCR se sont révélés négatifs.
Cette réouverture des frontières fera aussi écho dans la presse internationale. Sarah Bridge, Travel Writer du Mail on Sunday, travaille en partenariat avec la Mauritius Tourism Promotion Authority. « La dernière fois que je suis venue ici, j’ai dû faire une quatorzaine à l’hôtel. Cette fois-ci, j’ai dû faire un test PCR seulement. C’est plus facile pour voyager ainsi. Pendant mon séjour ici, je vais visiter les hôtels et les noter. Cela servira de guide aux touristes britanniques qui aiment beaucoup la destination mauricienne. »
Plusieurs autres vols, notamment de British Airways, d’Air Austral et de Kenya Airways, entre autres, étaient au programme hier. Rappelons que les passagers vaccinés peuvent dorénavant quitter l’aéroport en présentant un test PCR négatif. Ceux qui ne sont pas vaccinés doivent passer par la quatorzaine.

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