Des Mauriciens et expatriés, rentrés au pays récemment, après la réouverture partielle des frontières, racontent leur parcours du combattant. Informations contradictoires au niveau d’Air Mauritius (MK), attente interminable à l’arrivée après des heures de Stress dans l’avion, surveillance par la police « comme des bandits », ou encore, le service basique à l’hôtel, loin d’un quatre-étoiles, sont autant de critiques consignées à voix basse ou haute. Ceux qui témoignent disent surtout vouloir attirer l’attention sur le fait que des touristes « ne viendront jamais » à Maurice dans de telles conditions. « On est en train de tuer l’industrie. Le sourire légendaire de Maurice s’éclipse », déplorent-ils.

Isabelle, Mauricienne mariée à un Français, se faisait une joie de venir à Maurice pour voir ses parents, après la dure épreuve de la COVID-19. D’autant plus qu’elle vient d’accoucher et que ces derniers n’ont pas eu l’occasion encore, de voir leur petit-enfant. Toutefois, affirme-t-elle, une cacophonie au niveau d’Air Mauritius a failli la priver de ce bonheur. « J’attendais l’ouverture des frontières avec impatience. Étant donné que mon époux est étranger, je ne pouvais venir par un vol de rapatriement. Mais on avait les informations au compte-gouttes. Il a fallu attendre la déclaration officielle du Premier ministre à la télévision le 30 août pour être fixé », dit-elle.

À partir de là, dit-elle, ses parents et elle ont entamé des démarches pour être sur les premiers vols commerciaux. « Mais c’était très compliqué. On ne savait pas encore quelles étaient les modalités de la quarantaine et la plateforme de la MTPA a été mise en ligne sur le tard. Le premier jour, je ne suis pas parvenue à faire ma réservation, car il y avait un Bug. Il a fallu attendre le deuxième jour », déplore-t-elle.

Commence alors une autre course pour le test PCR. Comme elle devait voyager avec un bébé, Isabelle dit s’être renseignée auprès d’Air Mauritius pour savoir si son enfant devait aussi faire le test. À plusieurs reprises, on lui a répondu par la négative. « Je ne me suis pas posé de questions, étant donné que, sur les autres lignes aériennes, les enfants de moins de deux ans étaient exemptés. Puis, surprise, je découvre sur Facebook, qu’il y a des personnes qui doivent voyager sur MK aussi et qui ont fait le test pour leur bébé », précise-t-elle.

Isabelle confie que sa mère a une nouvelle fois appelé la compagnie nationale pour être fixée sur le test PCR de son petit-enfant. Une fois de plus, on lui assure que « ce n’est pas nécessaire ». On lui dit même que « les enfants de moins de 11 ans sont exemptés ». Sur son insistance, par rapport aux messages sur Facebook, on lui demande d’appeler le ministère de la Santé. « Là, surprise, elle apprend que tous les passagers, y compris les nourrissons, doivent faire le test. À cinq reprises, MK a donné des infos contraires. On était à la veille de notre départ, on a dû, de toute urgence, chercher un laboratoire qui pouvait faire le test sur un nourrisson et nous donner le résultat le même jour. Heureusement qu’on a pu faire le nécessaire. »

Traitement « inhumain »

Le couple n’est pas au bout de ses peines pour autant. Arrivé à l’aéroport de Roissy, il découvre une queue interminable. « Ce qui m’a le plus choquée, c’est qu’il y avait une dizaine de personnes qui étaient mises de côté, dont quelqu’un qui arrivait du Canada, en fauteuil. Je ne sais ce qui s’est passé avec eux. J’ai trouvé cela très inhumain », dit-elle.

Une fois arrivées à l’hôtel, Isabelle et sa petite famille pensaient que le pire était derrière eux. Mais sur place, elle apprend du personnel de santé que la quarantaine n’était pas de 14 jours mais 15 jours, car il fallait attendre le résultat du dernier test. De plus, le protocole du ministère de la Santé, qu’elle a finalement obtenu après insistance, lui apprend également que, si une personne de son « cohort » est positive, elle devra rester en quarantaine pour encore quelque temps. « D’abord, je ne sais ce qu’ils définissent comme Cohort. Est-ce des membres de ma famille, des personnes qui étaient sur le même vol ? Et qui paiera pour ces jours supplémentaires ? » Au niveau de l’hôtel, ajoute-t-elle, « on ne semble pas être au courant de ce protocole ».

Rester enfermé dans la chambre avec un bébé est une autre contrainte que le couple doit subir. « Ce n’est pas évident. Elle est agacée. Parfois, elle ne veut pas dormir », souligne-t-elle. De plus, ajoute Isabelle, le service sur place est loin d’être celui d’un quatre-étoiles. « Le personnel est très gentil, mais on ne comprend pas pourquoi on nous servait à manger dans un conteneur en plastique. De plus, on avait beaucoup de riz et qu’un seul choix de plat. » Elle ajoute qu’il a fallu se battre pour finalement obtenir des assiettes qu’elle doit laver elle-même, tout comme le nettoyage de la chambre.

« On a payé pour un service quatre étoiles. Je pense à tous ces Mauriciens qui n’ont pas les moyens et qui ont dû payer gros pour ça. Je sens qu’on est un peu comme des cobayes », déplore-t-elle.

Isabelle se dit « déçue » de rentrer au pays dans ces conditions et se demande si des touristes accepteront de venir à Maurice dans de telles dispositions. « Pour moi, ce n’est pas une réouverture des frontières, mais une quarantaine payante, tout simplement. »

« On se croirait dans un pays en guerre »

Michel, un expatrié qui a son business à Maurice, a été « choqué » de l’accueil qui lui était réservé à l’aéroport de Plaisance. Après la longue attente, il s’est retrouvé dans un minibus qui devait être escorté par des motards, sans compter tous les policiers postés à l’aéroport. « Je n’imaginais jamais revenir à Maurice dans de telles conditions. À un moment, je me suis demandé si on était dans un pays de paix ou en guerre. » De plus, dit-il, il y a eu des informations contradictoires au niveau d’Air Mauritius.

« J’avais demandé si les boutiques Duty Free seraient ouvertes, on m’a dit oui. Finalement, lorsqu’on arrive, c’était fermé partout. Je me retrouve sans cigarettes. C’est peut-être quelque chose de banal, mais pas pour un fumeur qui, de surcroît, doit rester en quarantaine pendant 14 jours. Et on ne peut même pas en acheter à l’hôtel, ni commander un verre, alors que c’est sur leur carte. »

Mais d’autres surprises attendaient le businessman. À aucun moment, dit-il, il n’avait été informé qu’il devrait rester dans la chambre uniquement. « Pour moi, c’est l’hôtel qui est en quarantaine, comme cela se fait ailleurs. Pourquoi nous séquestrer, alors que la cour de l’hôtel est assez grande pour nous permettre de circuler tout en gardant la distanciation physique. » De plus, dit ce dernier, il a déjà fait deux tests PCR qui se sont avérés négatifs.
Michel met également en garde : « Ce n’est pas ainsi qu’on va attirer des touristes. D’ailleurs, à l’hôtel où je suis, il n’y a que des Mauriciens et des expatriés. Il n’y a pas un seul touriste. Je ne sais quel imbécile va faire tout ce trajet pour rester enfermé dans une chambre pendant 15 jours. C’est impensable. »

Ce dernier parle également de contradictions, car le protocole est appliqué différemment par différents établissements. « Je connais des personnes en quarantaine dans d’autres hôtels qui ont le droit de sortir, et même d’aller sur la plage. Mais ici, on me dit qu’on applique le protocole à la lettre. Je trouve que c’est humiliant d’avoir à subir un tel traitement. » L’homme d’affaires évoque également les contraintes au niveau de la nourriture : « Déjà, la qualité est loin d’un service quatre étoiles. En plus, il n’y a pas d’heure pour servir. Un jour le repas arrive à 19h et le lendemain, à 21h45. Il en est de même pour le déjeuner. » Ce dernier dit avoir déboursé Rs 90 000 pour son épouse et lui, estimant que le service n’est pas à la hauteur. « Si on continue ainsi, on va tuer l’industrie touristique », dit-il.

La Mauritius Tourism Promotion Authority ou encore le M. COVID-19 du gouvernement, l Dr Zouberr Joomaye, se retrouvent avec du pain sur la planche au titre de la quarantaine de 14+1…