Elodie Poo Cheong

Cela fait quelques semaines depuis que la nageuse élite du CAMO, Elodie Poo Cheong, a décidé de mettre fin à sa carrière sportive. Elle est rentrée des Etats Unis en juillet dernier après ses études. Elle a commencé sa nouvelle carrière dans le secteur financier à Maurice il y a environ un mois et elle s’est retrouvée face à un choix entre le sport et sa carrière professionnelle. Cependant, plusieurs autres facteurs ont contribué à cette décision, entre autres, la situation actuelle dans le monde sportif en raison de la pandémie de la Covid-19. Pour rappel, Elodie Poo Chong a commencé la natation vers l’âge de cinq ans en suivant les traces de son frère et de ses sœurs. C’est sans regrets, dit-elle, qu’elle se retire des compétitions aujourd’hui.

De droite à gauche: Elodie Poo Cheong, Camille Koenig, Alicia Kok Shun, et Tessa Ip, rayonnantes après un relais 4X100m 4 nages victorieux qui paraphait l’extraordinaire performance d’ensemble de nos sportifs aux 10es Jeux des Iles de l’Océan Indien en juillet 2019

Vers l’âge de 11 ans qu’Elodie Poo Cheong s’est lancé dans la compétition. Elle n’a pas tardé à rejoindre le Trust Fund For Excellence in Sport (TFES), établi par l’ancien ministre des sports Michael Glover. Elle a ainsi bénéficié du soutien Sport-Etudes jusqu’à la Higher School Certificate (HSC) au collège Lorette de Quatre Bornes. Enfin, l’ancienne nageuse a également bénéficié d’une bourse universitaire et d’une bourse du TFES afin de poursuivre ses études aux USA. « Je ne remercierai jamais assez tous ces acteurs qui ont contribué à mon succès, parmi Ricky Wai Choon qui a facilité la communication pour mes démarches, ainsi que Michael Glover. J’ai eu la chance d’avoir un très bon encadrement à Maurice et aux Etats-Unis, sinon j’aurais probablement déjà arrêté en HSC comme la majorité des nageurs. Je suis allée au club De Anza Cupertino Aquatics l’année dernière pour me préparer à l’étape qualificative des Jeux Olympiques 2020 (reportés à 2021) car c’est sur cette note que je voulais finir ma carrière », soutient Elodie Poo Cheong.

En ce qui concerne les raisons de son arrêt, il faut dire que c’est en grande partie sa nouvelle carrière professionnelle à laquelle Elodie Poo Cheong souhaite se consacrer qui a motivé sa décision. Les horaires de travail et la fatigue se faisaient de plus en plus ressentir. D’autre part, en tant que nageuse élite, elle réalise avoir perdu la forme et la motivation pour s’entraîner. En effet, elle devait mettre les bouchées doubles pour retrouver le niveau qu’elle avait il n’y a pas si longtemps. Et son volume de préparation pour les Jeux Olympiques devait doubler en conséquence. « Je suis réaliste concernant les objectifs. J’en ai discuté avec mes entraîneurs et ils m’ont dit que la décision m’appartenait évidemment. Une opportunité s’est offerte à moi à Maurice et je l’ai saisie », souligne-t-elle. Mais avant tout cela, elle confie qu’elle sentait venir cette décision depuis un petit moment déjà. Le fait qu’il règne une incertitude pour l’instant quant aux objectifs internationaux, Elodie Poo Cheong fait ressortir que c’est un moment très difficile pour les sportifs. « Un nageur élite se donne corps et âme aux entraînements. Et pour cela, nous avons besoin d’un objectif, savoir pour quelle raison on s’entraîne à en vomir tous les jours. Notre objectif et notre motivation nous ont un peu été enlevé faute de circonstance. Je n’oublierai cependant jamais tout ce que la natation m’a apporté », poursuit-elle.

« Un 4x100m des JIOI 2019 plein d’émotions »

C’est avec une voix remplie d’émotions qu’elle est revenue sur sa carrière sportive qui a duré environ 15 ans. Les bons souvenirs, les rencontres lors des compétitions dans différents pays, les opportunités obtenues, son expérience et les valeurs acquises dans ce domaine l’accompagneront toujours. Les meilleures victoires selon elle, sont celles qu’elle a obtenues en équipe à l’image des Jeux des îles de l’Océan Indien (JIOI) 2011 et 2019. « Le relais du 4x100m 4 nages pour les Jeux des îles de 2019 restera gravé dans ma mémoire. C’était la dernière course de la compétition. Au bout de cinq jours, nous étions épuisées et la victoire était encore plus satisfaisante. Inoubliable. C’était une compétition remplie d’émotions », laisse-t-elle entendre. Sa meilleure année a été en 2014, quand elle fut la première nageuse à se qualifier pour les Jeux Olympiques Jeunes (JOJ) et les Jeux d’Afrique durant la même année. Elle est également fière d’avoir nagé en 2e division lors des championnats universitaires des Etats Unis et de s’être classée parmi les dix meilleures après quatre ans. « En 2014, mon entraîneur du CAMO Philippe Pascal m’a beaucoup aidé à progresser. Il m’a toujours soutenu », rappelle encore Elodie Poo Cheong.

Elodie Poo Cheong a multiplié les records durant sa carrière de nageuse

Quant aux bourses dont elle bénéficiait de l’État jusqu’ici, Elodie Poo Cheong a informé les instances concernées de sa décision. « Je n’ai pas vérifié quand était le dernier mois oû j’ai perçu une rémunération de l’État mais je sais que pour les mois à venir je n’en recevrai plus. Je dois aussi dire que financièrement ce n’était plus trop évident pour moi car par manque de compétitions internationales, je ne recevais qu’une base. Il faut revoir ses priorités quelques fois. J’ai quitté ma maison très jeune à l’âge de 18 ans. J’étais livré à moi-même dans un pays étranger où j’ai finalement eu une nouvelle famille, des gens formidables qui m’ont aidé à faire la transition. En fait, grâce à la natation j’ai tout appris. J’ai rencontré des personnes de tous bords, j’ai découvert plusieurs pays, la neige en Alaska. J’ai appris des valeurs que je pourrai transmettre. Il y a tellement de choses que je n’aurais jamais vécues sans la natation. C’est un milieu qui m’a fait grandir. La Fédération mauricienne de natation m’a souhaité tout le meilleur pour ma carrière professionnelle » confie Elodie Poo Cheong.

L’ancienne nageuse a également voulu adresser quelques mots aux jeunes qui côtoient cette discipline. « Le sport, c’est de savoir s’adapter là où nous sommes amenés à être. Il y a des hauts, des bas et des périodes stagnantes. L’environnement et le support que nous avons, fait toute la différence, mais il faut aussi croire en soi et être fort. Les sacrifices, il faudra toujours en faire si nous visons loin. Aujourd’hui je n’ai aucun regret, car sans avoir participé aux Jeux Olympiques, j’ai pu mettre tout ce que j’ai appris tout au long de ma carrière dans ma préparation l’année dernière. Il faut toujours tout donner pour n’avoir aucun regret. Je remercie ma précieuse famille, tous les entraîneurs que j’ai connus et mes amis », conclut Elodie Poo Cheong.