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Depuis plus de deux mois, 58 enfants font le va-et-vient sous des tentes à Riambel après que les forces de l’ordre ont détruit leurs maisons. Sandra a quatre enfants âgés de trois, quatre, dix et 14 ans. Celui de quatre ans souffre de crise d’asthme. Il fréquente l’école maternelle Sir Robert Edward-Hart à Surinam. « En deux occasions, il a eu une crise d’asthme pendant le confinement. J’ai dû aller chercher de l’aide auprès de Mélanie Louise, une travailleuse sociale qui habite non loin où vivent les squatteurs pour l’emmener à l’hôpital », relate Sandra.

Sandra est contrainte d’aller se coucher chaque soir chez sa mère qui souffre de la surdité et qui habite dans la localité. Elle doit ramener son enfant asthmatique chaque matin sous la tente pour s’occuper des trois autres. « C’est un véritable calvaire que nous vivons depuis que notre maison a été détruite. Les tentes, en état ou pas, se transforment en passoire le soir lorsqu’il pleut. Et lorsqu’il ne pleut pas, les tentes sont mouillées par des gouttelettes de rosée. « Bann zanfan pa kapav dormi leswar eni kapav fer devwar ni kapav apran. » Le malheur de Sandra ne s’arrête pas là. Son époux, qui était employé dans un hôtel à Bel-Ombre, ne touche actuellement que la moitié de son salaire depuis la levée du couvre-feu sanitaire. « Nou truv zekler. »

Lasse de cette situation, Sandra suggère au gouvernement de trouver au plus vite un endroit pour les familles squatteurs. « Donn nou enn terin abay pou nou kapav mont enn lakaz depies omwen. Komien letan nou ban zanfan pou pass mizer ? » se demande cette mère avant de nous rappeler que le mois de juillet a été penible pour eux. « Lhiver a été bien dur. Nou finn bizin sibir sa », dira, pour sa part, Sharonne.

Madeline Louis, travailleuse sociale, habite à quelques mètres des squatteurs. Elle va rendre leur visite régulièrement. « C’est un drame que j’assiste chaque matin lorsqu’il a plu la veille. Les enfants passent la nuit sur des matelas mouillés. Ça fait mal très mal au cœur. Ils n’ont pas un endroit convenable pour manger, ni pour dormir. Cette situation devient chaque jour insupportable pour ces mères de famille. Il faut trouver au plus vite une solution », suggère-t-elle.

Anazia, qui vivait avec elle sous la tente, n’avait pas pu résister au froid en juillet dernier. Elle a été obligée d’aller habiter chez son oncle dans la localité. « J’apprécie beaucoup la générosité et l’hospitalité de mon oncle qui m’a accueillie sous son toit. Je lui suis infiniment reconnaissante. Mais pour combien de temps encore ? » se demande-t-elle. Et de poursuivre : « J’aurais aimé moi aussi vivre en toute indépendance. Je me sens gênée des fois. Il est temps que les autorités trouvent une solution pour les “genuine cases”. Il n’y avait aucune urgence pour que le gouvernement détruise nos maisons. »

Alain Auriant, qui habite Résidence Bethléem, Rose-Belle, est le président de l’association Sa nou Vise. Il avait lancé son premier projet social en 2009 et avait construit, avec l’aide de ses partenaires, plus de 30 familles dans le cadre d’un projet de construction visant à éliminer les maisons construites à base d’amiante. Il est, lui aussi, d’avis qu’il faut trouver un moyen au plus vite pour reloger ces familles qui squattent, ne serait-ce que temporairement. Il suggère à chaque Mauricien et aux Ong d’attirer l’attention des autorités là où il y a d’anciens bâtiments dans les quatre coins du pays. « Kapav esey trouv moyen pou reabilit bann vie batiman e konverti zot an lozman pour bann skwater. Combien de temps ces familles vont vivre sous les tentes ? Il ne faut pas oublier que nous sommes exposés à des cyclones et des inondations », rappelle le travailleur social.

Pour Delphine Ahnee, les autorités n’ont pas la volonté de trouver une solution. « Je ne comprends pas cette attitude de non-communication. Il y a trop de bureaucratie. Je demande au ministre Steven Obeegadoo et Gilles L’Entêté, le directeur général de la National Housing Development Corporation de quitter leur bureau et de descendre sur le terrain pour comprendre la réalité des gens. Il y a des “genuine cases” comme c’est le cas d’une jeune qui remplit toutes les conditions pour obtenir une maison depuis 2010. Rien n’a été fait depuis. Il y a beaucoup de logements inoccupés à Maurice. Les autorités ne bougent pas. Pour moi, c’est un cas de non-assistance à personne en danger. »

Du côté de la NEF, un haut cadre nous rappelle que pour bénéficier d’un service de la NEF, ceux intéressés doivent d’abord se faire enregistrer auprès du Social Register of Mauritius et qu’une visite sera effectuée au domicile de la personne pour constater de visu les conditions dans lesquelles elle vit et récolter un maximum d’informations pour traiter au mieux la demande. « Que vous soyez éligible ou pas, vous serez informé de la suite par la NEF », dira le haut cadre. En ce qui concerne les squatteurs de Riambel, il répond : « Nous avons eu quelque “genuine cases” que nous traitons actuellement. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a d’autres personnes qui sont sur notre liste prioritaire. »

Lors des débats sur le discours du budget en juin dernier, le ministre du Logement, Steven Obeegadoo, avait rappelé que le droit à un logement décent « est un droit fondamental et une aspiration légitime », mais que cela doit se faire conformément aux principes de justice sociale et d’égalité des chances. Il avait aussi annoncé que son ministère compte réviser les critères concernant les demandes de logements sociaux en vue de soutenir les plus vulnérables et en fonction des tendances sociales telles que la féminisation de la pauvreté.