(FILES) In this file photo taken on February 20, 2021 Russian opposition leader Alexei Navalny stands inside a glass cell during a court hearing at the Babushkinsky district court in Moscow. - The United States on April 18, 2021 warned Russia of "consequences" if the hunger-striking Kremlin critic Alexei Navalny dies in prison, as the opposition politician's team called for mass protests across Russia to help save his life. A day after Navalny's doctors said Vladimir Putin's most prominent critic could die "any minute", US President Joe Biden's national security advisor said Washington had warned the Kremlin that it would be "held accountable by the international community" if he died. (Photo by Kirill KUDRYAVTSEV / AFP)

La justice russe a ajourné lundi le procès visant à qualifier d' »extrémistes » les organisations de l’opposant Alexeï Navalny, une mesure destinée selon ses partisans à le faire taire en mettant tout son mouvement hors-la-loi.

Après seulement une heure d’audience, le tribunal municipal de Moscou a ajourné au 9 juin ce procès se déroulant à huis clos. Selon l’équipe d’avocats « Komanda 29 » qui défend les organisations en question, l’accusation a présenté de nouveaux éléments nécessitant ce report.

Le début de ce procès intervenait à la veille de la première lecture mardi par les députés d’une proposition de loi interdisant aux personnes impliquées dans des formations classées « extrémistes » d’être députés, un texte élaboré à l’approche des législatives de septembre auxquelles comptaient participer les partisans de M. Navalny, qui est lui inéligible et incarcéré depuis janvier.

Le parquet a demandé mi-avril à ce que plusieurs organisations lui étant liées soient déclarées « extrémistes », un qualificatif qui ferait encourir à ses collaborateurs et partisans de lourdes peines de prison. Lui-même est emprisonné, condamné à deux ans et demi de prison, dans le cadre d’une affaire de fraude datant de 2014 et largement vue comme étant politique.

La demande du ministère public vise le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), connu pour ses enquêtes dénonçant le train de vie et les malversations des élites russes, ainsi que les bureaux régionaux de l’opposant qui s’occupent d’organiser des manifestations et de l’activisme électoral.

Ces derniers ont annoncé leur auto-dissolution le mois dernier, après avoir déjà été ajoutés fin avril à une liste d’organisations « extrémistes et terroristes » du service russe des renseignements financiers, où figurent notamment les groupes jihadistes Al-Qaïda et Etat islamique (EI).

Selon le bureau du procureur, les organisations de Navalny cherchent à « créer les conditions de la déstabilisation de la situation sociale et sociopolitique » en Russie « sous couvert de slogans libéraux ».

 – « Peur » de la compétition électorale –

Les bureaux des mouvements de l’opposant et les domiciles de ses collaborateurs ont fait l’objet de nombreuses perquisitions ces dernières années et le FBK a déjà été classé « agent de l’étranger », un acharnement destiné à le faire taire, selon Alexeï Navalny.

Le quotidien Kommersant, qui cite une source au sein des forces de l’ordre, a affirmé lundi que le procès en extrémisme se déroulait à huis clos car les données personnelles de membres des services de sécurité sont citées dans le dossier.

Ivan Jdanov, un proche collaborateur d’Alexeï Navalny, qui réside à l’étranger, a rejeté cette version, affirmant sur Twitter que le dossier a été classé secret « pour que personne ne puisse voir l’absurdité de ce qui se passait ».

A l’approche d’élections législatives en septembre, le Kremlin ne semble vouloir laisser aucune chance à l’opposition, alors que le parti au pouvoir Russie unie est impopulaire après des années de stagnation économique et de scandales de corruption à répétition.

La Douma -chambre basse du Parlement- doit se pencher mardi sur une proposition de loi interdisant d’élection toute personne ayant occupé un poste à responsabilité dans une organisation « extrémiste ». Proposé par des députés de Russie unie, le texte devrait être adopté sans difficulté.

Aux yeux de Lioubov Sobol, une alliée de M. Navalny qui comptait se présenter, ce texte illustre que le parti au pouvoir « a terriblement peur d’une compétition honnête ».

Principal opposant russe, connu pour ses critiques acharnées du régime de M. Poutine, Alexeï Navalny espérait présenter des candidats aux législatives et, là où ça ne serait pas possible, pratiquer sa technique du « vote intelligent » visant à soutenir les candidats les plus à même de battre les représentants du Kremlin.

Le Fonds de lutte contre la corruption de M. Navalny avait réalisé en janvier son enquête la plus retentissante, accusant le président Vladimir Poutine d’être le bénéficiaire d’un « palais » sur les rives de la mer Noire. La vidéo a été vue plus de 116 millions de fois sur YouTube et avait forcé M. Poutine à démentir en personne, chose rare.

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