« Nous n’avons aucune garantie que tout le personnel du MITD sera redéployé dans le cadre de la création de l’Institute of Technical Education and Technology. » C’est ce que soutient Sailendra Makhan, président de l’Union of Staff of the Mauritius Institute of Training and Development (USMITD). Dans l’entretien qui suit, ce dernier parle des craintes et d’absence de visibilité sur les perspectives de promotion du personnel du MITD dans le cadre de la refonte de cette institution.

Sailendra Makhan a récemment adressé une lettre au ministre du Travail, Soodesh Callichurn, pour lui faire de ses observations sur le transfert de cinq principaux centres de formation du MITD à l’Institute of Technical Education and Technology. Il suggère la mise sur pied d’une table ronde comprenant des représentants du ministère du Travail, des syndicats représentant le MITD et le ministère de l’Éducation pour entendre leurs préoccupations et éclaircir les zones d’ombre concernant l’avenir du personnel du MITD.

Le ministre du Travail Soodesh Callichurn a donné l’assurance que dans le cadre de la refonte du MITD, il n’y aura pas de licenciement. Pourquoi cette crainte persiste-t-elle ?

En décembre 2019, le MITD a été retiré sous la tutelle du ministère de l’Éducation et a été placé sous l’égide du ministère du Travail. L’idée était de faire en sorte qu’il y ait une refonte de cette institution de fond en comble. Cependant, en janvier 2020, cinq centres de formation les plus importants du MITD ont été placés sous la tutelle du ministère de l’Éducation dans le cadre de la refonte du MITD. À compter de cette date, le MITD a commencé à mettre sur pied des “training centres sub-standard”.

En juillet 2021, lors des débats à l’Assemblée nationale sur l’Institute of Technical Education and Technology Bill, la vice-Première ministre et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, annonce qu’il n’y aura pas de transfert automatique du personnel du MITD à l’Institute of Technical Education and Technology (ITET). Même si le ministre du Travail a annoncé qu’il n’y aura pas de licenciement dans le cadre de ce transfert, toujours est-il que le personnel ne croit pas à cette affirmation. Et c’est pourquoi la crainte est palpable chez le personnel du MITD.

Pourquoi, d’après vous, l’ITET a pris le contrôle des centres de formation les plus importants du MITD ?

Je pense que la ministre de l’Éducation sait que la mise sur pied de l’ITET nécessitera des investissements majeurs pour la construction d’un bâtiment et l’achat d’équipements. La ministre sait aussi qu’il est très difficile, sinon impossible, de réunir d’importantes sommes d’argent pour financer la mise sur pied de l’ITET. Cependant, la ministre a l’obligation de donner alternative aux élèves qui ne vont pas obtenir cinq “Credit” aux examens du School Certificate (SC). L’ITET vient ainsi combler ce vide. C’est aussi, au fait, la façon la plus simple pour la ministre de l’Éducation de “hijack” les centres de formation du MITD qui sont bien équipés.

Comment voyez-vous l’avenir du MITD dans ce contexte ?

Le MITD est maintenant constitué d’un seul gros centre de formation, en l’occurrence le Sir Kher Jagatsing Training Centre et quelques centres de formation à travers le pays. Le MITD est en train de convertir actuellement des ex-Prevo-Vocational Training Centres en des centres de formations vocationnelles. Ces centres sont pauvres en termes de bâtiment, d’infrastructures et “sub-standard” en termes d’équipements. En sus de cela, il n’y a pas de garantie que le MITD sera en mesure d’absorber tout le personnel lorsque les employés partiront dans les grands centres de formation. Je sais que le 24 août, le ministre Callichurn a rendu visite aux grands centres de formation qui tombent sous la tutelle de l’ITET. Le ministre était accompagné de la MBC et d’autres membres de la presse. Cette visite a d’ailleurs été diffusée sur les chaînes de la MBC, faisant croire à la population que ces centres sont pour le MITD. Je pense qu’il serait utilisé par le ministre pour aller visiter, en compagnie de la MBC, le Clairfonds Training Centre, le centre de formation de Bois-d’Oiseaux et le Goodlands Training Centre.

Avez-vous attiré l’attention du ministre de l’Éducation sur vos observations ?

Au fait, nous avons saisi l’occasion de sa visite d’un centre de formation à Port-Louis, le 24 août, pour lui adresser une lettre. Dans la lettre, nous avons fait mention des aspirations du personnel du MITD pour travailler dans des centres de formation de haut niveau. Nous avons dit qu’il est maintenant une certitude que le gouvernement va retirer cinq centres de formation appartenant au MITD pour mettre sur pied l’ITET. Nous avons rappelé au ministre que lors des débats parlementaires sur le projet de loi concarnant la création de l’ITET, il avait dit qu’il n’y aura pas de licenciement dans le cadre de cette refonte. Notre lettre se lit comme suit : “During the debates on ITET at the National Assembly, you mentioned that no MITD staff would lose job. However, our union would like to highlight the followings to you. (1) Certainly, the assurance of not losing job is important, but also important is under what conditions would the staff be working. The legitimate expectation of staff to move up the hierarchy is being suppressed. Several staff under actingship now find it impossible to be confirmed to post (like for Acting Training Centre Managers) or would find their post becoming personnel. Not only same is lost of opportunity, but these staff would also be losing their terms of service under actingship. The MITD is presently setting training centres by conversion of prevocational training centres. These centres are sub-standard, be it in terms of infrastructure, space or equipment. The large training centre of the MITD have been training most of the people coming from industry. These training centres moving under ITET would be at the detriment of industry people regarding training.”

Nous avons aussi attiré l’attention du ministre sur le fait qu’avec la décision de laisser le MITD opérer un seul gros centre de formation, cette institution se retrouvera avec trois Training Managers pour seulement un poste. L’ITET est responsable de l’éducation technique et de la technologie alors que le MITD sera responsable de la formation. A ce jour, le personnel du MITD travaille actuellement pour les centres de l’ITET. C’est pourquoi nous avons écrit ceci dans la lettre : “MITD staff are presently working for ITET centres. If these staff are on loan to the ITET, why are they not being remunerated/compensated for same ?

Quelles sont, au fait, les revendications de l’USMITD ?

Nous avons formulé nos revendications dans la lettre qui a été adressée au ministre Callichurn. Nous lui avons demandé de “reconsider whether the five large training centres of the MITD should move as a whole or partly to the ITET”. Et nous avons aussi dit : “Our union believes that the ITET would not be needing so much space representing the whole of the five training centres, at least for the time being. The MITD not to start stripping the large training centres, be in terms if equipment or staff.”

Nous avons suggéré au ministre de demander au MITD de travailler sur un plan par rapport au possible redéploiement de son personnel sans pour autant perdre les opportunités de promotion. Le personnel du MITD qui travaille pour le compte de l’ITET devrait avoir droit à des allocations. Je ne comprends toujours pas comment on peut demander aux employés du MITD de travailler pour le compte de l’ITET sans pour autant qu’il y ait une compensation pour nous car on sait très bien que jusqu’à présent, le “board” de l’ITET n’a pas encore été constitué et qu’il n’a pas non plus de directeur qui épaule cette institution. C’est de l’exploitation. Un point, c’est tout. Le MTID aurait dû ouvrir la voie à la création de campus au lieu de se fier à des petits centres de formation qui n’ont point de standard.

Nous avons aussi demandé au ministre d’accorder priorité au personnel du MITD redéployé à l’ITET. Pour l’heure, nous avons mis sur pied un front commun des syndicats du MITD pour réclamer la mise sur pied d’une table ronde comprenant les représentants du ministère de l’Éducation et ceux du travail. Ce front commun est épaulé par la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions et la Mauritius Trade Union Confederation.