La Covid-19 et le contexte sanitaire ont bousculé le quotidien déjà bien compliqué des sans-abri. Depuis 30 ans déjà, l’Association Groupe Tonnelle vient en aide à ceux que ses membres appellent affectueusement les “Mams San Baz” à travers divers services, notamment les repas du dimanche distribués à quelque 300 personne jusqu’à ce que ne vienne le confinement. Avec l’interdiction de se rassembler, ce collectif de bénévoles s’organise désormais autrement allant à la rencontre des sans-abris de Port-Louis pour les ravitailler en nourriture et autres denrées. Dimanche dernier, Scope les a accompagnés.

Dimanche,13h. À l’approche des véhicules de l’association Tonnelle au jardin de la compagnie, Port-Louis, une certaine agitation est visible. Agglutinés sous la foire du Ruisseau du Pouce, la vingtaine de sans-abri se rapprochent de la route pour accueillir les bénévoles qui leur apportent leur déjeuner. Arborant un débardeur et un short terni, François approche Jerry, un des bénévoles : “Hey boss, ou pena  enn triko pou mwa ? Mari freser sa !”. Si ce dernier est en mesure de trouver de quoi se réchauffer, d’autres comme Charlène, piochent dans la boîte à la recherche de sous-vêtements, mais ne trouve rien. Elle en profite pour nous montrer la bretelle usée et sale de son soutien-gorge qu’elle n’a pas été en mesure de changer depuis environ deux mois. Plus loin, du côté de la Cathédrale St-Louis, nous rencontrons Patrick. Sans-abri depuis plus de 25 ans, ses compagnons d’infortune et lui attendent ce déjeuner de dimanche avec impatience. “Ce n’est pas facile de vivre dans la rue. Depuis le confinement, le Centre Social Marie Reine de la Paix qui nous accueillait tous les dimanches est fermé. Au-delà d’avoir un dîner chaud, c’était un jour de la semaine où nous pouvions nous couper de la dure réalité de la rue, jouer à des jeux de société, nous rafraîchir, nous raser, nous faire couper les cheveux.” Autant de services proposés par le Groupe Tonnelle

Des volontaires engagés

À ses débuts, trente ans plus tôt, l’association servait du thé et de pain fourré aux sans-abris. “Puis, le Père Souchon a décidé de les accueillir au centre pour le fameux dîner du dimanche. D’une trentaine de sans-abris, le chiffre des bénéficiaires est passé à environ 300. Plusieurs services que nous offrions déjà ont été structurés comme l’aide à la reconstruction des maisons, les virées nocturnes et les sorties de fêtes avec les sans-abris”, explique Diane Flore, la présidente de l’association. “Toutefois, avec l’interdiction de se rassembler, c’est nous qui allons à la rencontre de quelque 150 sans abri dans les rues de Port-Louis pour leur offrir le déjeuner”.

Comme chaque dimanche, les bénévoles sillonnent les rues de la capitale vers des sites stratégiques. Entre autres, le Jardin de la Compagnie, l’hôpital Jeetoo, la foire de la Rue des Forges, le Jardin de Plaine-Verte, la Poste Centrale, la place camion à Roche-Bois. Toute une préparation en amont est nécessaire. Dès la matinée, l’arrière-cour de la cure Marie Reine de La Paix est en effervescence. Les volontaires venus aider ce dimanche se répartissent en groupe de deux ou trois pour préparer la tournée. D’un côté, Diane Flore et Jerry se chargent de classer des vivres dans un van. Des boîtes de donations contenant des conserves, des surgelés, du lait, des biscuits et autres provisions de base. Dans un autre coin de la cour, Angela et Paviola, rejointes par  Ruby, se chargent de faire réchauffer le riz, le salami poulet et le dholl dans des grandes marmites. Ils sont par la suite disposée dans des take-away. Le déjeuner des “Mams San Baz” était parrainé ce jour-là par un groupe hôtelier nous fait-on comprendre.

Fidèle au poste

“Chaque paire de bras, chaque bénévole qui donne de son temps sont aussi importants pour faire avancer le travail”, explique la présidente de l’association. Pour ces pères et mères de famille, pas de répit possible. Qu’il vente, qu’il pleuve ou par situation de confinement, ils sont fidèles au poste “Savoir que les tontons ont eu de quoi se mettre sous la dent nous donne du courage”, confie Paviola. Un avis que partage Diane Flore. À cinq mois de grossesse, c’est avec le même engouement  qu’elle est souvent la première sur place chaque dimanche. Sans oublier en semaine pour des virées nocturnes, occasionnellement mises en place avec l’aide des donateurs pour donner un repas, des denrées et échanger des conversations avec les sans-abri de la capitale. Bien que ce soit rare, certains bénéficiaires ont souvent un comportement hostile envers les volontaires. “Mais nous ça ne nous décourage pas car le plus important c’est de pouvoir contribuer à alléger leur réalité déjà compliqué”, explique une des volontaires.