Longtemps associée aux adultes, l’hypertension touche de plus en plus les jeunes à Maurice. Portée par l’obésité, la sédentarité et de mauvaises habitudes alimentaires, cette progression silencieuse inquiète. Décryptage a vec Dr Alleesaib Rubina,Pédiatre au Life Bon Pasteur
Pourquoi observe-t-on aujourd’hui une hausse des cas d’hypertension chez les jeunes à Maurice ?
Au niveau mondial, la prévalence de l’hypertension chez les enfants et les adolescents a doublé en vingt ans, passant d’environ 3 % en 2000 à plus de 6 % en 2020, soit près de 114 millions de jeunes concernés. Maurice suit cette tendance. Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation de l’obésité infantile, le manque d’activité physique et une alimentation trop riche en sel.
À partir de quel âge cette tendance devient-elle préoccupante ?
La tension artérielle peut devenir préoccupante dès l’enfance. Toutefois, la vigilance s’impose particulièrement à partir de l’adolescence. Chez les enfants et les jeunes, le diagnostic repose sur des courbes de référence adaptées à l’âge, au sexe et à la taille, et non sur des seuils fixes comme chez l’adulte.
Quels sont les principaux facteurs de risque chez les jeunes ?
L’obésité constitue le facteur de risque majeur. Le risque d’hypertension est multiplié par 2,6 chez les enfants en surpoids et par plus de 9 chez ceux souffrant d’obésité. La sédentarité, liée notamment au temps passé devant les écrans, joue également un rôle déterminant. À cela s’ajoute une alimentation déséquilibrée, souvent trop salée. L’hypertension est par ailleurs une maladie silencieuse, fréquemment asymptomatique, ce qui explique qu’elle soit encore sous-diagnostiquée.
En quoi l’hypertension chez un jeune diffère-t-elle de celle observée chez l’adulte ?
Chez l’enfant, l’hypertension est plus souvent secondaire à une pathologie sous-jacente, notamment rénale ou cardiaque. Chez l’adulte, elle est majoritairement dite “essentielle”, liée au mode de vie et à l’âge. Le diagnostic diffère également : il repose sur des valeurs adaptées à chaque enfant. Enfin, une hypertension précoce expose à un risque accru de maladies cardiovasculaires plus tôt à l’âge adulte.
Quels signes précoces doivent alerter ?
Dans la majorité des cas, l’hypertension ne présente aucun symptôme, d’où son qualificatif de “maladie silencieuse”. Elle est souvent découverte de manière fortuite lors d’un contrôle médical. Chez les plus jeunes, notamment les nourrissons, elle peut toutefois se manifester par des signes plus graves comme une défaillance cardiaque. D’où l’importance d’un dépistage régulier, idéalement dès l’âge de trois ans.
Quelles complications à long terme ces jeunes risquent-ils sans prise en charge ?
Une hypertension apparue durant l’enfance a tendance à persister à l’âge adulte. Elle augmente significativement le risque de maladies cardiovasculaires précoces, de diabète de type 2 et de mortalité prématurée, parfois avant 55 ans.
Quelles mesures concrètes recommandez-vous pour prévenir — voire inverser — cette tendance ?
La prévention repose avant tout sur des mesures d’hygiène de vie. Il est essentiel d’encourager une activité physique régulière, au moins trois à quatre fois par semaine, et de privilégier une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes, tout en réduisant la consommation de sel et de produits transformés. Le maintien d’un poids sain et un sommeil de qualité sont également déterminants.
Un suivi médical régulier est indispensable, notamment chez les enfants à risque. Dans les cas les plus sévères, un traitement médicamenteux peut être envisagé sous supervision spécialisée.

