Plus de 1 200 membres, et des centaines d’images et de vidéos à caractère pornographique de mineures et même d’enfants mauriciens en libre circulation sur les réseaux sociaux : c’est le résumé du « scandale Telegram » qui a éclaté durant la semaine. Une pratique cybercriminelle de plus en plus courante parmi les jeunes internautes. Selon le CERT MU, l’on compte, pour le mois de mars 2021, 148 cas de sextorsion et selon les statistiques de l’Information Communications Authority (ICTA) en 2020, il y a eu une moyenne de 41 673 tentatives d’accès à des sites pédopornographiques par mois. Des chiffres glaçants qui en disent long sur notre société actuelle, car que ce soit des images volées, données ou vendues, la diffusion de celles-ci sans le consentement d’autrui est un acte criminel, selon l’Information and Communication Technologies Act 2001.

J.S. est celle qui a tout révélé. Aujourd’hui, cette mère de famille est la cible de ce qu’elle appelle ce « réseau d’hommes qui se font beaucoup d’argent avec des photos de femmes et d’enfants. » « Il y a deux semaines, une amie m’envoie la photo d’une fille de 15 ans proposant des services sexuels tarifés sur Internet. » Un phénomène grandissant à l’étranger, à l’instar de plateformes comme Onlyfans et autres. « J’étais choquée et j’ai commencé à fouiller », dit-elle. J.S. tombe alors sur plusieurs pages sur Facebook, Telegram, WhatsApp, sur lesquelles des photos intimes d’ex-copines, d’ex-concubines ou épouses sont partagées et vendues à des hommes mariés, à des pères de famille… comme de la viande. « Je ne pouvais pas me taire et ça a commencé à attirer l’attention des médias », dit-elle. « J’ai reçu la vidéo d’un enfant de 10 ans ! Je n’en pouvais plus », confie-t-elle.

Elle alerte les autorités, mais le « réseau » change de stratégie à chaque fois en utilisant des noms de groupe différent. De plus, depuis mardi, elle est la cible de ces hommes, qui auraient fait un photo-montage de ses photos dites « normales » et de photos de femmes nues. Des images qui ont atterri sur ces fameux groupes et qui se les partagent « par défiance ». J.S. ne compte cependant pas baisser les bras et continue de contacter les parents dont les enfants sont exposés sur ces réseaux sociaux. « Ce sont des mineures, des enfants ! Comment peut-on accepter cela ? » dit cette assistante légale de profession. Elle a aussi formellement porté plainte contre un officier de la Cybercrime Unit qui serait impliqué dans cette affaire.

« Pas la maturité pour consentir à des activités sexuelles »

En effet, ce scandale, il est important de bien le cerner, car il est question d’images certes, mais surtout d’êtres vivants, de Mauriciennes dont l’intimité a été violée…  En plus de photos volées et détournées celles, de J.S. ; il y a aussi des photos données à un ex-petit-ami dans l’intimité du couple (communément appelés des Nudes) et qui relève ici du Revenge Porn ; des photos d’influenceuses sur les réseaux sociaux qui ont été récupérées ; des photos de jeunes filles qui proposeraient des services sexuels tarifés et finalement des photos d’enfants… Dans tous les cas, ou presque — du moins ça c’est l’enquête policière qui nous le révélera -, les victimes n’étaient pas consentantes et les abuseurs qui se cachent derrière les lois d’encryption de Telegram devront répondre de leurs actes.

Ainsi, Rita Venkatasawmy, Ombudsperson for Children, n’a pas tardé à réagir dans cette affaire impliquant des victimes de moins de 18 ans. « J’ai été surprise, choquée et triste que des mineures soient abusées sexuellement sur un réseau social. Les recherches démontrent que les abus sexuels en ligne contre les enfants ont bondi durant le confinement. Des adultes sans scrupule profitent de la vulnérabilité des enfants durant le lockdown pour prendre contact avec elles via les réseaux sociaux », dit-elle.

Et ajoute que « ces filles, dont les images sont vendues, parfois à leur insu, sont des victimes d’exploitation et d’abus sexuels. De nombreuses personnes malheureusement les perçoivent comme des mauvaises filles qui méritent d’être sévèrement punies. C’est dommage ! Une fille mineure n’a pas la maturité pour consentir à des activités sexuelles. Si elle le fait, c’est un « uninformed consent » ! Toutes ces mineures ont besoin et ont droit à une réhabilitation. Les agences de protection de l’enfance, les organisations non-gouvernementales (ONG) et mon bureau doivent se serrer les coudes pour contrer les abuseurs et soutenir les enfants victimes. Sans une synergie entre les différentes institutions, nous ne pouvons faire avancer la cause des enfants les plus vulnérables. »

Elle met aussi en garde contre ceux qui font circuler des images à caractère pédopornographique. « J’aimerais attirer l’attention sur le fait que le pédophile, aussi longtemps qu’il ne passe pas à l’acte, n’est pas considéré comme un criminel. L’Organisation mondiale de la santé définit la pédophilie comme « une préférence sexuelle pour les enfants ». Il peut ne jamais passer à l’acte. Il serait plus convenable donc dans le cas présent de parler de pédophiles abuseurs. » Affaire à suivre, car ce scandale n’est que le « tip of the iceberg ».

Kaleem Usmani (CERT Mauritius) : “Once someone posts something, it becomes very difficult to get it removed completely”

Kaleem Usmani de CERT Mauritius, qui travaille en étroite collaboration avec la Cybercrime Unit, nous explique que les autorités suivent cette affaire de très près et que Telegram a été contacté pour désactiver les groupes qui sont toujours en activité. Il explique aussi que c’est malheureusement une pratique courante, sauf que cette fois-ci, le modus operandi est différent avec notamment l’utilisation de la plateforme Telegram, qui rend la tâche plus ardue. Ils ont eu affaire à 148 cas de sextorsion pendant le mois de mars 2021 (voir tableau).

Il nous affirme ainsi « it’s mainly sharing of nude and intimate images without the authorization of the owners which is an offence as per the Information and Communication Technologies Act 2001. » Interrogé sur si les autorités étaient au courant des activités de jeunes Mauriciens sur les réseaux sociaux, il soutient que depuis plusieurs années, CERT-MU organise des causeries dans les collèges et centres communautaires, entre autres, mais face à ce fléau grandissant, il est d’avis qu’il faut plus de campagnes. En effet, il préconise le « mieux vaut prévenir que guérir », car « CERT-MU assists the reporting parties for the removal of fake accounts, hacked accounts and also inappropriate and offensive contents from a particular page or websites but the person who has the possession of the picture or the video could post it again. That is why once someone posts something online and it goes in wrong hands, it becomes very difficult to get it removed completely. »