Des parcours exceptionnels, des histoires humaines émouvantes et surtout des centaines, voire des milliers de vies sauvées, aidées, encadrées. Week-End va, toutes les semaines, à la rencontre de citoyens et citoyennes lambda qui ont décidé un jour de se consacrer à une cause sociale ou personnelle, dans le cadre de la campagne Rise and Shine de l’Union européenne. Cette semaine, c’est au tour de Shamima Patel de Breast Cancer Care (BCC), qui existe depuis 2014, de nous raconter son histoire. Sept ans et quatre centres après son ouverture, la fondatrice du centre Shamima Patel ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, et nous confie ses projets, dont Madam Rodrig et Lakaz Warriors, maison d’accueil pour les femmes rodriguaises atteintes d’un cancer du sein.

« Quand on vit certaines choses, certaines épreuves, on ne veut pas que d’autres passent par là. J’ai vécu ce calvaire seule, mais nos Warriors ne le sont pas. Nous sommes là pour elles », nous confie Shamima Patel. Nous l’avons rencontrée dans le centre de BCC à Vacoas, accompagnée de Nada Padayachy, de Bioculture, entreprise spécialisée dans l’expérimentation biomédicale, et qui lutte à ses côtés contre le cancer du sein depuis bien des années. « Nous avons à cœur ce genre de projets. Quand Shamima m’a approché il y a plus de cinq ans, j’étais touché par cette cause, qui était finalement pour moi une cause personnelle, car ma belle-sœur Griselda Lazarre souffrait elle aussi d’un cancer du sein. Sa force de continuer et celle de toutes ces femmes qui continuent d’avancer malgré tout m’ont touché et nous ont touchés à Bioculture », dit-il.

En effet, Shamima Patel a tenu à ce qu’il soit présent, comme elle a tenu à remercier tous ceux qui l’ont aidée à mettre en place cette structure pour venir en aide aux femmes souffrant d’un cancer. « On n’aurait jamais pu faire tout cela sans l’aide de ces personnes, dont l’Union européenne, Bioculture et Fams air and sea Mauritius Ltd, entre autres, qui ont cru en notre cause », dit-elle. « Ce n’est que très récemment depuis que j’ai arrêté de pleurer lors de mes entretiens », confie-t-elle à Nada Padayachy. En effet, l’histoire de BCC, c’est avant tout une histoire humaine. Fondé en 2014 par Shamima Patel, elle-même victime d’un cancer du sein en 2010, le centre a depuis fait son bonhomme de chemin, et ce sont 11 000 femmes qui ont pu bénéficier de traitements, mais aussi de l’encadrement des professionnels du centre. Un parcours du combattant qui a fini par porter ses fruits, car les femmes, sans doute plus conscientes et averties, sont de plus en plus nombreuses à aller consulter au début de leur maladie. « Aussi, depuis 2020, BCC est capable de prendre financièrement en charge quatre femmes par mois, dont les cas sont sensibles. »

Par ailleurs, « on a aujourd’hui quatre centres, à Vacoas, Port-Louis, Mahébourg et Rodrigues, dont nous sommes très fiers », ajoute-t-elle. Quatre centres où les femmes, âgées entre 24 et 85 ans, peuvent se rencontrer entre elles et se partager leurs vécus. « L’idée d’ouvrir un centre à Rodrigues me trottait dans la tête depuis le début et en fait je me souviens que c’est lors de la soirée d’inauguration du centre en 2014 qu’une journaliste m’avait posé la question : pourquoi pas Rodrigues ? Et depuis, Rodrigues a été une de nos priorités », dit-elle. C’est ainsi, avec l’aide de leurs nombreux partenaires, dont l’Union européenne, avec qui le BCC a travaillé sur quatre grands projets, que le centre à Rodrigues a ouvert ses portes en 2016. « On voulait absolument un pied à terre à Rodrigues depuis 2014 », se souvient-elle. « Karoonen Valaydon, du Decentralised Corporation Programme de l’Union européenne, nous a beaucoup aidés et on a tellement appris d’eux, de leur méthode de travail », soutient Shamima Patel.

Le besoin de se

sentir femmes

Ainsi, plusieurs centaines de Rodriguaises ont pu bénéficier de traitements pour leur cancer du sein à BCC Mauritius. « Nous avons aussi des médecins qui les accompagnent, de même qu’un professionnel de la santé mentale qui est à leur écoute. » Un élément sacro-saint pour BCC, qui met en exergue l’importance de la santé mentale, surtout dans des moments aussi éprouvants. « Nous venons de perdre cette année des Warriors, car c’est ainsi que les surnommons. Ce sont après tout de vraies battantes », nous dit Shamima Patel. « C’est dur pour tous, car ce sont des femmes que nous connaissons et que nous avons côtoyées. Elles ont soudé des liens entre elles et suivent des thérapies de groupe. » Ainsi, les femmes de même que leurs proches bénéficient d’un soutien psychologique gratuit.

Aussi, Shamima Patel met un point d’honneur sur la dignité humaine et sur le besoin de toutes ces femmes de se sentir femmes. « Nous allons dans les hôpitaux et apportons toujours avec nous des prothèses et des perruques », dit-elle. Un geste anodin, mais qui peut pourtant tout changer. « Un des moments forts que j’ai vécus avec nos Warriors s’est passé à l’hôpital. Nous étions allés voir une patiente un peu âgée qui avait fait une ablation du sein et quand nous lui avons donné un soutien-gorge, elle a fondu en larmes. Pas de tristesse, mais de joie ! Elle nous a dit : “Asterla mo kapav real mo bann bal dansant”. » Oui, BCC c’est avant tout une histoire humaine. « Le cancer du sein reste un sujet tabou, mais surtout très sensible pour ces femmes, qui perdent une partie importante d’elle. On parle aussi de la perte de leurs cheveux, de leur féminité ». Elle explique par ailleurs que beaucoup de femmes ont du mal à accepter la maladie, et qui en souffrent. « Un accompagnement est nécessaire », martèle-t-elle. « Moi, je n’ai pas eu tout cela, et je veux que les femmes après moi puissent avoir tout ce dont elles ont besoin pour vivre cette épreuve. »

Shamima Patel continue son combat aux côtés de ses Warriors et lance par la même occasion un appel aux autorités. « Nous avons au centre le know-how, et nous sommes prêts à aider l’État. Il faut parler davantage du cancer du sein, car parler peut sauver des vies », conclut-elle. Pour plus d’informations sur BCC, appelez sur le 698 6710.