Le Label Made in Moris s’affiche, s’affirme et s’accentue. Et ce, avec fierté en valorisant « Swa, Konfians, Kalite ». Shirin Gunny, Managing Director de Made in Moris, qui depuis huit ans, mène un combat sans arrêt dans les différentes sphères de l’économie à ce sujet, entrevoit une lueur d’espoir dans les ténèbres accompagnant la COVID-19. Elle le dit sans fausse modestie : « La COVID-19 a eu un impact positif sur la prise de conscience des Mauriciens quant à l’importance de cette industrie locale que l’on défend depuis maintenant huit ans. Les Mauriciens reconnaissent que le Made in Moris est un label de qualité, un label de confiance, un label qui offre aujourd’hui un vrai choix ». Et à partir de ce constat, elle se dit confiante que la reconnaissance de l’industrie locale ira crescendo.

Une nouvelle campagne « Swa, Konfians, Kalite, Nou ena », pour valoriser les produits Made in Moris. Pourquoi avoir choisi de mettre l’accent sur le choix, la confiance et la qualité ?

Les trois mots-clés de la campagne n’ont pas été choisis au hasard. Choix, qualité et confiance ont émergé des études que nous avons menées durant le confinement. Ce sont les réponses des consommateurs mauriciens qui, en quelque sorte, nous ont conforté dans le choix de ces mots-clés.

Cette campagne est menée avec la MCB, notre partenaire fondateur. 98% des Mauriciens estiment que l’industrie locale est importante aujourd’hui. Mieux encore, ils estiment que l’industrie locale est importante pour l’autosuffisance alimentaire, la création d’emplois ou le soutien aux PME entre autres.

Autre résultat significatif : 92% estiment qu’il est important d’acheter des produits labellisés Made in Moris. La COVID-19 a eu un impact positif sur la prise de conscience des Mauriciens quant à l’importance de cette industrie locale que l’on défend depuis maintenant huit ans. Les Mauriciens reconnaissent que le Made in Moris est un label de qualité, un label de confiance, un label qui offre aujourd’hui un vrai choix. La diversité, c’est notre cheval de bataille et notre force. On peut consommer du local dans différents secteurs.

On peut, si tant est qu’on soit motivé en tant que consommateur et qu’on veut devenir justement ce consomm’acteur. On peut vraiment faire le choix dans la plupart des secteurs, d’opter pour des produits fabriqués localement, faits par des gens de chez nous, qui ont vraiment à coeur cet ancrage local et cet effet multiplicateur sur l’économie. On le dit toujours, on défend aussi bien la qualité que le process de fabrication qui comprend la traçabilité, la fraîcheur mais aussi la pérennité de l’entreprise, la gestion des ressources humaines, ses bonnes pratiques environnementales et sociales, l’engagement de la direction et aussi l’engagement de l’entreprise pour l’amélioration continue.

Cette prise de conscience de nos marques s’est faite auprès des Mauriciens, non seulement pour leur côté essentiel, pour ce qu’elles représentent, mais aussi le côté social qu’elles jouent sur un aussi petit territoire comme le nôtre. Les Mauriciens ont constaté que nous avons des marques citoyennes qui ont joué un rôle primordial durant la COVID pour venir en aide aux populations les plus démunies et aussi pour assurer un approvisionnement continu pendant tous les mois de confinement. Donc, il y a un avant et un après dans le sens qu’aujourd’hui, on a de nombreuses demandes qui nous arrivent chaque semaine avec des gens qui sont motivés et convaincus d’avance.

Les deux dernières années ont été charnières pour le label Made in Moris. Vous avez labellisé de nouveaux secteurs d’activités et le label s’est fait davantage connaître. Quel est le bilan. Êtes-vous satisfaite d’avoir atteint vos objectifs, ou du moins une partie d’entre eux ?

Huit ans, c’est long et court à la fois. Nous sommes sur la bonne voie. Aujourd’hui, nous sommes présents dans six secteurs. Le dernier étant Services-Services hôteliers avec la labellisation des hôtels du groupe Attitude.

Le label est de plus en plus reconnu comme un véritable levier économique avec des mesures budgétaires spécifiques comme le Made in Moris avec SME Mauritius et la marge préférentielle de 40% sur les achats publics. La voix de toutes les entreprises locales, et pas seulement celles au sein du Made in Moris, est plus forte aujourd’hui !

Nous invitons vos lecteurs à découvrir notre tout nouveau site web – www.madeinmoris.mu dont nous sommes particulièrement fiers. C’est un outil pour les entrepreneurs qui veulent nous rejoindre et les consommateurs qui veulent en savoir plus sur notre démarche et les produits et marques que nous avons déjà labellisés. C’est une vraie vitrine en trois langues.

C’était important en tant que marque emblématique de notre identité mauricienne, d’être à l’image de cette identité de tous les Mauriciens qui ont trois langues : le français, l’anglais et le créole mauricien.

Nous sommes contents d’annoncer que le label a désormais une équipe élargie pour répondre à l’intérêt croissant pour le Made in Moris. Nous avons recruté trois jeunes Mauriciens avec un dénominateur commun : une envie de servir le pays et de soutenir le projet de société qu’est le Made in Moris.

Nous sommes contents de constater que de plus en plus de Mauriciens reconnaissent la contribution économique de la production locale et l’importance du label. Si, à nos débuts, nous parlions beaucoup de fierté, aujourd’hui, nous pouvons ajouter aussi la notion de responsabilité des producteurs locaux.

Une entreprise a une responsabilité et un engagement sur son territoire. Un entrepreneur a des responsabilités envers son équipe, ses produits, ses prestataires, ses consommateurs et vis-à-vis de toute une communauté qui entoure cette entreprise. À titre d’exemple, il y a tous les emplois indirects qui gravitent autour de chaque entreprise. L’interdépendance est essentielle. L’entrepreneur a un vrai rôle à jouer sur des liens à tisser avec tout un entourage à la fois économique et social. D’où l’importance de l’industrie locale et de l’entrepreneuriat par rapport au maintien de l’équilibre social et au développement économique.

Cependant, il y a encore de grands chantiers qui nous attendent et nous sommes très loin d’avoir atteint tous nos objectifs. L’un de ces chantiers est l’évolution du mindset des consommateurs mauriciens, chez lesquels, l’achat local devrait être un réflexe naturel, tout le temps peu importe COVID ou pas.

Ensuite, ce ne sont pas seulement les consommateurs qui doivent avoir le réflexe de l’achat local. Cela se joue aussi au niveau du gouvernement et des entreprises. Le Local Procurement doit être une priorité pour tous, l’engagement de tout un chacun. Il ne faut pas y voir une contrainte mais une occasion pour nous de nous questionner et de nous réinventer, de créer de nouvelles filières, d’analyser le marché de l’exportation pour voir ce que nous pourrions produire localement plutôt que de “dépenser” et d’importer plus de Rs 40 milliards en produits alimentaires.

Nous nous sommes engagés, auprès de Business Mauritius, dans l’élaboration de SigneNatir, l’initiative pour encourager les entreprises à produire et à consommer de façon responsable. Et le label Made in Moris est déjà une solution de confiance pour ces entreprises qui souhaitent faire du sourcing local. Nos autres chantiers restent des corners Made in Moris dans les hôtels et à l’aéroport mais aussi l’envie de servir de plateforme pour le développement d’affaires et d’idées qui permettraient à nos entrepreneurs de continuer à se diversifier et/ou donner envie à d’autres de se lancer dans un entrepreneuriat qui fait sens et qui apporte des solutions concrètes pour notre pays qui se doit de prendre les devants en matière de transition énergétique.

Y a-t-il vraiment eu une hausse dans la vente des produits locaux depuis la création de Made in Moris ?

Je vais vous répondre par nos chiffres. Nous avons commencé, il y a huit ans, avec 11 entreprises. Aujourd’hui, nous regroupons plus de 100 entreprises, plus de 300 marques et plus de 2 500 produits. Cela indique que les chefs d’entreprises voient l’importance de faire labelliser leurs produits Made in Moris. D’ailleurs, ils nous disent souvent que ce sont les consommateurs qui les poussent à faire labelliser leurs produits. Le label agit comme un projecteur sur les produits locaux.

Dans le dernier budget, le gouvernement a établi que les supermarchés et hypermarchés devaient proposer un minimum de 10% de produits locaux aux clients. Saviez-vous qu’aujourd’hui, il y a déjà plus de 30% de produits locaux en rayon. Oui, la perception a changé et les Mauriciens incluent dans leurs achats des produits locaux. Mais il reste encore à revoir l’implication, le rôle incontournable et la responsabilité de la grande distribution dans la promotion de l’achat local.

Selon le concept de Behaviorial Economics, si nous voulons faire évoluer les modes de consommation, il faut d’abord faciliter le choix des consommateurs. Les grandes enseignes à l’étranger consacrent des rayons entiers et spécifiques aux produits locaux, pourquoi pas nous ? Précisons aussi que la vente en ligne des produits Made in Moris a également connu une hausse durant le confinement. Désormais, nos produits sont disponibles sur quatre sites de e-commerce : Price Guru, Eshops, Lokals, Mauritius Products, Shop Online.

Comment devient-on membre de Made in Moris. Quelles sont les différentes étapes et vos critères et audits sont-ils assez rigoureux pour inspirer confiance aux Mauriciens dans ce label ?

Précisons d’abord que le Made in Moris labellise des produits, des marques et non des entreprises. Le label est un projet collectif de l’Association of Mauritian Manufacturers. Ce projet collectif a démarré en 2013 grâce à 11 entreprises volontaires. Comme je le disais plus haut, la progression est tangible, avec le label ouvert à six différents secteurs : la production industrielle, le textile, l’agro-alimentaire, l’agricole, le culturel et créatif et l’industrie des services-services hôteliers ajouté en 2019.

Pour la labellisation, le Made in Moris s’appuie sur l’expertise du cabinet SGS qui évalue, avec notre équipe, les demandes d’adhésion via un Cahier des Charges. Il y a deux critères essentiels pour être labellisé Made in Moris. D’abord, la preuve de la transformation locale, fixée à un minimum de 25% dans le cahier des charges. Cette transformation locale est la valeur ajoutée.

Nous avons une réalité, nous sommes une île. C’est normal qu’une partie de nos matières premières soit importée. Aucun territoire n’est indépendant à 100% du reste du monde, en matière industrielle. D’où l’importance du critère de la transformation locale. Le second critère porte sur le chiffre d’affaires. 80% du chiffre d’affaires de la marque doit être réalisé à partir des produits fabriqués localement. Il faut aussi savoir que nous proposons aussi des recommandations et des mesures correctives aux entreprises qui n’obtiennent pas le score nécessaire, du premier coup. Le processus de labellisation est avant tout une démarche volontaire de l’entrepreneur pour exprimer sa fierté de réaliser une production locale de qualité.

Y a-t-il encore beaucoup d’entreprises qui sont dans l’attente d’obtenir le label ?

Nous notons l’intérêt grandissant pour le label. Nous avons actuellement 150 demandes que nous traitons, une à une. Chaque demande nécessite deux à trois conversations en profondeur pour évaluer la motivation du chef d’entreprise, la maturité de l’entreprise, son “readiness” en termes de rigueur opérationnelle et de bonnes pratiques, et aussi une à deux visites en entreprise pour évaluer le processus de fabrication avec notre partenaire SGS.

C’est un processus rigoureux qui requiert du temps, mais c’est de là entre autres que vient la crédibilité du label. Certaines grandes marques locales ont même pris deux ans, parfois même quatre ans pour obtenir le label car il leur a fallu du temps pour appliquer les mesures correctives. Ce n’est pas si facile que cela d’obtenir le label Made in Moris.

Quelles seront vos priorités pour 2021 ? Vous avez évoqué une nouvelle étape avec la labellisation des services. Qu’en est-il?

Dans notre campagne, nous mettons en avant le choix qui s’offre aux Mauriciens. Nous sommes contents d’être sollicités par des marques très diverses et aussi par les entrepreneurs dans l’industrie des services. Nous devons développer de nouveaux cahiers des charges. C’est un processus important qui nous permettra d’agrandir davantage la famille Made in Moris.

La conjoncture nous oblige à revoir certains projets mais nous participerons certainement aux prochaines missions export avec notre association-mère, l’Association of Mauritian Manufacturers, en Afrique. Notre priorité pour 2021 est d’obtenir de vrais résultats avec le local procurement. Le vrai coup de pouce à l’industrie locale réside dans le Buy Mauritian Programme tourné vers les Rs 16 milliards que représentent les achats publics annuels, où l’on trouve à ce jour très peu de sourcing local.

On attend beaucoup de la mise en application de ce Buy Mauritian Programme dont l’objectif est de parvenir à 30% de sourcing local dans les ministères et les administrations publiques. Ce programme est crucial pour consolider la production locale de qualité.

Le Public Procurement Office vient de publier ses directives sur la marge préférentielle pour les entreprises locales dans les tenders. Rappelons que si vous avez le label Made in Moris, vous bénéficiez d’une marge préférentielle de 40%. Enfin, la production locale entre dans l’achat public par la bonne porte, celle de l’achat responsable. C’est une reconnaissance de la valeur du Made in Moris. Pour obtenir de vrais résultats, il faut un outil d’évaluation. L’AMM a proposé la création d’un observatoire de l’achat responsable public et privé. Notre label et le Made in Moris sommes les mieux placés pour aider à structurer cette politique publique.

Quel a été l’impact économique de la crise liée à la pandémie et au confinement sur les membres et adhérents de Made in Moris ?

Vous serez surpris de savoir que, selon la SGS, notre partenaire en certification, les entreprises labellisées Made in Moris, sont celles qui ont le mieux résisté à la crise de la COVID-19. Pourquoi ?

Parce qu’elles ont une structure, des process bien établis et opèrent dans un vrai cadre. D’où notre campagne MADE IN MORIS, NOU ENA. Pour nous, pas question de baisser les bras. Nous voulons saisir cette opportunité, ces temps difficiles pour rappeler à quel point les Mauriciens, le pays tout entier peut compter sur les entrepreneurs locaux.

C’est clair que tous nos adhérents ont subi et subiront les revers économiques. Comme tous les opérateurs économiques du pays, nous sommes inquiets. Inquiets pour la pérennité de nos activités, la sauvegarde des emplois et les familles que nous soutenons. 2020 restera sans doute l’année où l’importance de l’Association of Mauritian Manufacturers et la pertinence de son label Made in Moris ont enfin pris tout leur sens et ne sont plus questionnées.

La crise de COVID-19 a remis sur le tapis l’urgence d’assurer notre autosuffisance alimentaire et notre indépendance économique. 2021 s’annonce une année particulièrement difficile sur le plan économique. D’où l’importance aussi de rappeler, à travers notre campagne, l’importance de la solidarité et du mauricianisme. Les prochains mois seront complexes et il faut absolument que nous soyons mobilisés à tout faire pour garder le cap ensemble et de façon solidaire.

Le marché local étant restreint, l’exportation est-elle la solution obligée pour les produits fabriqués localement ?

Il faut arrêter avec cette perception que le marché local est restreint. N’oublions pas que l’Ile Maurice importe l’équivalent de Rs 40 milliards de produits alimentaires, en provenance de plus de 80 pays. Donc, nous ne représentons pas un petit marché ! Loin de là !

Notre industrie locale a été bâtie sur une politique d’import-substitution. Il faut la renforcer. Nos Domestic-Oriented Entreprises abattent un travail énorme et fournissent le marché local. L’exportation est le passage obligé et naturel pour une croissance de nos Domestic-Oriented Entreprises, pour qu’elles transitionnent en Export-Oriented Entreprises. Nous devons continuer à diversifier l’offre des producteurs locaux, relancer certaines filières notamment dans l’agro-industrie, développer de nouveaux secteurs (par exemple, dans l’économie bleue) et encourager l’achat local.

Ensuite, il faut évidemment se serrer les coudes entre pays voisins. La région océan Indien peut devenir un vrai hub industriel. Repensons ensemble toute notre chaîne de production, incluant le sourcing.

Made in Moris promeut la consommation des produits locaux. Mais quelle est l’importance d’encourager la production locale de manière générale surtout pour une petite île comme Maurice, qui n’a pas de réserves naturelles ?

La réponse est simple. Nous n’avons pas d’autre choix ! Nous sortons de six mois de confinement et nous n’avons pas de visibilité sur la réouverture totale de nos frontières. Toutes nos chaînes d’approvisionnement ont été bouleversées. Nous avons tous compris qu’il faut réduire notre dépendance aux importations. Ce n’est plus un modèle économique viable dans le monde d’après-Covid. Les consommateurs eux-mêmes vont réclamer plus de produits Made in Moris. Ce mouvement est déjà enclenché !

Pensez-vous que le gouvernement doit prendre certaines mesures ‘protectionnistes ‘ pour protéger l’industrie locale, un peu à la manière de Trump ?

Le gouvernement montre son engagement avec la marge préférentielle et le Buy Mauritian Programme. Cependant, le  Le gouvernement et ses entités doivent exiger du sourcing local, dans leurs opérations quotidiennes.  Le secteur privé s’engage déjà avec le pacte SigneNatir. C’est au tour du gouvernement de concrétiser et de faire des mesures budgétaires annoncées, une réalité. De plus, le gouvernement doit se montrer plus proactif dans la protection de la production locale. On ne doit plus s’accommoder de pratiques favorisant les importations de tous produits. C’est urgent de revoir nos accords commerciaux régionaux et internationaux afin d’assurer la sécurité alimentaire et d’approvisionnement en besoins essentiels des Mauriciens. Parlons plutôt d’un protectionnisme éclairé ou intelligent. C’est le propre d’une économie circulaire. Lorsqu’on consomme un produit local plutôt qu’un produit importé, la roupie dépensée reste à Maurice. Cette roupie sert à payer le salaire pour des emplois locaux et la valeur ajoutée locale. La roupie dépensée localement circule et contribue à un effet multiplicateur qui peut à son tour irriguer notre territoire. C’est une richesse qui reste chez nous. C’est l’effet multiplicateur de la production locale. A nous de faire multiplier et fructifier, Made in Moris, NOU ENA !

 

« Les Mauriciens reconnaissent que le Made in Moris est un label de qualité, un label de confiance, un label qui offre aujourd’hui un vrai choix »

« Aujourd’hui, nous regroupons plus de 100 entreprises, plus de 300 marques et plus de 2 500 produits. Cela indique que les chefs d’entreprises voient l’importance de faire labelliser leurs produits Made in Moris »