Après les sacs en plastique en 2016, c’est au tour des couverts et des récipients en plastique d’intégrer la liste noire du ministère de l’Environnement. À compter du 15 janvier 2021, dix produits : les couverts jetables (fourchettes, cuillères, couteaux, chopsticks), les gobelets jetables, les assiettes jetables, les bols jetables, les conteneurs avec couvercle à charnière, les touillettes pour boissons, les pailles, les plateaux jetables, les couvercles en plastique des récipients à usage unique et les récipients jetables pour consommer de la nourriture sur place ou à emporter et fournis par les services alimentaires, seront interdits. Une mesure louable qui suscite néanmoins quelques tensions.

Il est temps de (ré)adopter les bonnes habitudes d’antan, lorsque nos grands-parents ne sortaient jamais sans leur “tant vakwa”, leur bol en métal pour aller acheter à manger ou même leur gourde. En effet, si ces 10 produits fabriqués à partir de plastique à usage unique sont officiellement bannis, le délai sera étendu jusqu’au 15 avril 2021 pour deux des produits de la liste. “Quant aux plateaux jetables et conteneurs avec couvercle à charnière, un délai additionnel de trois mois sera accordé et ces produits pourront être utilisés uniquement pour contenir des produits alimentaires frigorifiés ou frais autres que les produits alimentaires prêts à être consommés. De la même manière, pour les pailles scellées aux briques de boissons, un délai additionnel de trois mois sera accordé. Ces produits seront interdits à partir du 15 avril 2021”, indique le ministère de l’Environnement.

Toutefois, si en théorie tout se passe bien, en pratique les choses sont bien plus compliquées. Dans un communiqué émis en début de semaine par l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), le CEO Bruno Dubarry parle “d’absence de concertation avec les parties prenantes avant l’introduction des différentes mesures, comme l’interdiction du plastique à usage unique”. Bien que favorables à la nouvelle mesure, l’association et plusieurs acteurs du secteur privé déplorent le manque de communication entre autorités et industriels, lesquels se disent lésés. Ces derniers demandent le décalage de l’entrée en vigueur de la mesure Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020 pour permettre une concertation technique qui n’a pas eu lieu.

Établir un dialogue public-privé

«L’économie circulaire, c’est de la concertation et de l’action collective. Nous sommes inquiets de voir imposées des mesures sans concertation aucune avec les chefs d’entreprises et les industriels, qui seront les plus affectés, et sans période de préparation. Tant au niveau des entreprises productrices d’emballages en plastique que des entreprises utilisatrices de ces emballages. Par exemple, qu’est-ce qu’un plastique à usage unique ? Nous sommes inquiets pour la simple raison que beaucoup de questions demeurent sans réponses dans nos textes de loi actuels et que pour un certain nombre de plastiques visés, il n’existe pas d’alternatives qui puissent assurer la sécurité des consommateurs”, a-t-il souligné.

Bruno Dubarry explique ainsi qu’il est essentiel d’établir le dialogue et de créer un “vrai comité technique public-privé sur le champ d’application et le contenu de la mesure Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020”. Il poursuit: “Il y a dans cette interdiction, une injustice contre l’industriel mauricien, à la fois pour la production pour le marché domestique et pour l’exportation. Par exemple, le produit importé avec son plastique entrera sans problème sur le territoire mauricien, parce que le code HS sous lequel il est enregistré spécifiera le produit lui-même et non pas le plastique qui est interdit. Quant au produit fabriqué localement, il ne pourra plus être proposé sur le marché domestique avec ce même plastique d’emballage, désormais interdit. À l’export, la problématique se situe sur la double information à faire figurer sur l’emballage – relative au produit et au plastique. Autre problématique : l’absence de clarté sur le scope de l’interdiction, c’est-à-dire produits industriels, produits de restauration et produits de vente à emporter.”

Une augmentation dans l’importation des récipients biodégradables

Du côté du ministère de l’Environnement, l’on affirme que des discussions en amont avec les parties prenantes ont bien eu lieu. “Le ministère a eu différentes consultations avec les représentants du MCCI et Business Mauritius. La loi avait prévu un délai de six mois afin de permettre aux importateurs et fabricants d’écouler leurs stocks existants et de se tourner vers des alternatives. Il faut faire ressortir qu’à la suite de l’introduction d’une taxe de Rs 2 par le ministère des Finances sur les « plastic containers » en mai 2019, on a noté une augmentation considérable dans l’importation des récipients biodégradables”, avance un préposé au ministère. Ainsi, plusieurs campagnes de sensibilisation ont été organisées, et plusieurs communiqués officiels ont été émis.

Et pour tenter de faciliter cette transition, le ministère préconise quelques alternatives, dont les sacs en jute, en tissu, les “tant vakwa”, des sacs en papier, des sacs en plastique biodégradables fabriqués à partir de plantes, dont le maïs, la pomme de terre, la canne à sucre, le coton ou le polytactic acid (PLA). Pour ce qui des produits en plastique à usage unique, il est conseillé d’utiliser: “Paper packaging/containers made from paper, palm leaves, banana fibre, from bagasse, from wood,  straw made from rice, toothbrushes made from bamboo, etc. all these have been exhibited during our expo-vente in October. Moreover, we are also considering new and emerging technologies such as Polyvinyl Alcohol (PVA) bags, which are non-plastic and which is a water-soluble material used to create 100% non-polluting bags. It can replace traditional supermarket bags, as well as non-woven bags.” Attendons donc 2021 pour le premier essai de cette mesure.

Les marchands de fruits confits déchantent

La question de la fin du plastique à usage unique n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. C’est du moins ce que pensent les marchands de fruits confits qui utilisent de petits sacs en plastique en guise d’emballage pour vendre leurs produits.

Si les tranches de mangue, d’ananas, de concombre, et d’olive verte, bien macérées dans le sel, le tamarin et le piment, sont très prisées, là où cela pose problème, c’est que, contrairement aux marchands de dholl puri, farata et autres gâteaux piments, qui pourront se procurer des cornets en papier pour mettre leur nourriture, les vendeurs de fruits confits n’auront pas d’autres choix que de se tourner vers des sacs biodégradables qui coûtent trois fois plus cher.

«Je n’utilise pas du plastique seulement parce qu’il n’est pas cher, mais pour ses caractéristiques, telles que sa solidité et sa résistance au liquide», nous confie Rajoo, un marchand de fruits confits qui parcourt quotidiennement les rues de Rose-Hill en quête de clients. «Pou Rs 100 nou kapav asté 500 sak plastik. Avek sa nouvo la loi la, nou pou bizin depans o moin Rs 300 pou gagn 500 sak biodégradab. Li pa fasil sirtou ki la polis anpes nou travay lor simin aster», souligne-t-il. Un autre marchand opérant à Port-Louis estime que «ces nouvelles mesures sont la conséquence de l’incivilité des Mauriciens. Nous payons aujourd’hui les pots cassés».   

Inspecteur Jean Nobin Brasse : “La police de l’environnement sera intransigeante”

Avis donc aux utilisateurs et aux commerçants, car tout contrevenant sera passible d’une amende allant de Rs 2000 à Rs 100 000 (voir tableau ci-dessous). Pour l’inspecteur Jean Nobin Brasse, de la police de l’environnement, “la nouvelle loi qui entrera en vigueur l’année prochaine est beaucoup plus limpide que celle promulguée en 2016. La population a été suffisamment informée grâce à une campagne de sensibilisation menée sur la toile, ce qui fait que la police de l’environnement sera beaucoup plus intransigeante à l’égard des contrevenants. Notre rôle sera également de sensibiliser les gens sur l’importance de l’environnement qui est un outil sans égal pour favoriser le développement durable”.

À partir du 15 janvier 2021, aucun individu n’aura le droit de posséder, utiliser, vendre, distribuer, importer et fabriquer les produits mentionnés ci-dessus. Tout contrevenant sera passible d’une amende comme suit :

Possession et utilisation – amende ne dépassant pas Rs 2 000

Vente et distribution – amende ne dépassant pas Rs 20 000

Importation – amende ne dépassant pas Rs 50 000

Fabrication – amende ne dépassant pas Rs 100 000

Quid des bouteilles PET ?

Elles sont un des plus gros polluants, et pourtant les bouteilles polyéthylène téréphtalate (PET) ne figurent pas sur la liste des objets à bannir. En effet, près de 125 millions de bouteilles en PET sont mises sur le marché mauricien, ce qui représente 2 500 tonnes par an de plastique, dont seulement 40%  sont collectées chaque année pour le recyclage, soit environ 1 000 à 1 125 tonnes par année. Le reste atterrit à Mare-Chicose, saturée à bloc ou tout bonnement dans l’océan. Interrogé sur une éventuelle interdiction des bouteilles PET, le ministère afiirme que “dans le contexte de promouvoir la consommation, la production durable et une économie circulaire, le ministère travaille avec comme objectif d’accroître la capacité du recyclage à Maurice en introduisant le concept de responsabilité élargie des producteurs. Les mesures sont actuellement étudiées au ministère afin de trouver une formule pour une récupération maximale des bouteilles en PET. D’autres régulations sont à prévoir dans ce sens”.

Par ailleurs, sous la Excise Act, une taxe de Rs 2 est prélevée sur les bouteilles PET. Pour info, pour savoir si le produit utilisé est fait de PET, sur vos emballages, le PET est symbolisé par le chiffre 1 entouré des flèches disposées en triangle.