25 ans de St Mary’s West — Mgr Durhône : « Ce ne sont pas les élèves les boiteux, c’est le système »

L’évêque de Port-Louis a invité les responsables des collèges catholiques à croire eux-mêmes dans l’intelligence multiple

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Le collège Saint Mary’s West, à Petite-Rivière, célèbre son 25e anniversaire cette année. L’événement a été marqué par une messe d’action de grâces, présidée par l’évêque de Port-Louis, Monseigneur Jean-Michaël Durhône, en présence du cardinal Maurice E. Piat, évêque émérite. Retraçant le parcours de l’établissement, Mgr Durhône a déclaré que Saint Mary’s West valorise l’intelligence multiple. Il a également estimé que «si nous nous retrouvons dans un système engendrant 30% d’échec. Souvent je me dis que ce ne sont pas d’abord les élèves qui sont boiteux, mais notre système éducatif qui est boiteux. »
Collège mixte fondé en 2001, Saint Mary’s West a célébré ses 25 ans d’existence, mardi, lors d’une messe d’action de grâces. Initialement connu comme Saint Mary’s de Bambous, il a d’abord accueilli des élèves de la filière prévocationnelle, avant de s’ouvrir au mainstream. L’histoire du collège a commencé modestement, dans une salle, à l’arrière de l’église Saint Sauveur, à Bambous, sous la tutelle de Carl de Souza, aidé de Claudette Commarmond.

Collège prônant la philosophie Lasalienne, il a été créé pour être au service des plus nécessiteux dans la région. Une réponse au « cri des pauvres, des petits. Particulièrement, ceux du monde créole, trop souvent déçus dans leurs attentes, parce que leurs enfants sont les délaissés du système éducatif ou qui n’ont pas de place dans les collèges et les écoles catholiques », comme mentionné dans le document du Synode 1999-2001.
Une démarche en ligne avec la philosophie « option préférentielle pour les pauvres», portée par le Cardinal Maurice Piat, alors évêque du diocèse de Port-Louis. De collège Prevoc, Saint Mary’s West allait grandir, en accueillant, à partir de 2003, les premiers élèves du mainstream et en 2011, sa première cuvée de HSC. Fin 2006, le collège déménage dans un nouveau bâtiment à Petite-Rivière, pour préparer la rentrée de 2007.
Dès sa création, le Collège St Mary’s West s’est donné pour mission de rendre l’éducation accessible à un grand nombre d’élèves aux capacités d’apprentissage diverses. « Faire cela voulait dire bousculer certaines conceptions d’une éducation catholique perçue comme élitiste », a affirmé l’évêque., ajoutant que « je crois que cela a été prophétique, et nous sommes heureux d’avoir pris ce chemin, encore en 2026. »

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Pour célébrer ce parcours, une messe d’action de grâces a été organisée dans l’enceinte du collège. Dans son homélie, Mgr Durhône a d’abord partagé sa joie d’avoir lui-même été aumônier au Saint Mary’s West, pendant presque 10 ans : « Je rends grâce pour l’Esprit Saint qui a touché le cœur de Mgr Piat pour fonder quatre collèges en régions rurales, à savoir Saint Mary’s West, Saint Esprit Rivière Noire, BPS Fatima, à Goodlands et le Collège Lorette de Bambous Virieux », exhorte-t-il.

Il a ajouté qu’en choisissant l’option préférentielle pour les pauvres, ce collège a permis un apprentissage différent. « Cela équivaut à donner un coup de pied dans les fourmis rouges, bousculer certaines conceptions à l’effet que l’éducation catholique est une éducation d’élite. Nous sommes heureux d’avoir pris ce chemin », s’est appesanti Mgr Durhône.

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Un regard qui valorise

L’évêque de Port-Louis a tenu à remercier tous ceux qui ont porté ce collège au cours de ces 25 ans, notamment les élèves, les enseignants, le personnel non-enseignant, l’administration et les parents. « Un collège, ce sont les personnes d’abord et ensuite le bâtiment. L’âme du collège se construit sur les relations humaines. Jésus veut que par Saint Mary’s West, des vies soient transformées à travers des valeurs de justice, de bonté, de bienveillance, d’écoute et de respect », affirme-t-il.
Depuis 25 ans, a poursuivi Mgr Durhône, on s’attelle à guérir les personnes à Saint Mary’s West. Cela en apprenant à voir ce qu’il y a de beau dans chaque personne, avoir un regard qui valorise, qui fait grandir. Toutefois, a-t-il reconnu : « Les regards ne sont pas positifs tous les jours. Il y a des jours, quand les élèves regardent leurs enseignants, ils se disent : get problem ! Ou alors quand les enseignants regardent les élèves, ils se disent : get problem pe vini ! »

Il a ainsi invité à sortir de cet aveuglement pour voir les personnes autrement. Se référant à l’Évangile, il a déclaré : « guérir les boiteux, c’est marcher au rythme de ceux qui vont lentement dans l’apprentissage. Ce ne sont pas les élèves qui sont les boiteux, c’est le système. »

Comme le Cardinal Piat avant lui, il a souligné qu’un système éducatif ne peut créer 30% d’échec. « Cela doit nous alerter. Dans ce système éducatif boiteux, il faut croire dans les personnes avec l’intelligence multiple et non seulement dans les personnes avec les têtes pleines. C’est le défi de l’éducation catholique », a-t-il insisté.
Pour cela, a ajouté Mgr Jean-Michaël Durhône, il faut que ceux qui sont à la tête des collèges catholiques y croient eux-mêmes. « Nous ne l’avons pas encore à 100%. Nous avons encore un chemin de conversion à faire nous-mêmes. Le problème des boiteux est peut-être aussi, à l’intérieur des cœurs de nos enseignants, du personnel, de nos administrations… », devait-il mettre en exergue.

L’évêque a ainsi invité à se libérer des chaînes et à s’engager avec amour et sincérité, pour servir, former, afin de contribuer à l’épanouissement intégral de chaque personne de la communauté scolaire. Il a également mis en avant la fierté de voir le collège briller académiquement et humainement : « Avec Marie comme exemple de ce collège, c’est apprendre à mettre Jésus au centre de l’éducation catholique. »

L’avenir du collège, a-t-il fait ressortir, c’est de continuer à promouvoir les intelligences, autant académique que sportive, musicale et spirituelle. « Avec le Lycée professionnel Saint Gabriel, nous encouragerons ceux qui optent pour la formation professionnelle. Le lycée est pour tous. Il ne faut pas croire que c’est pour ceux qui ne réussissent pas au collège. C’est une espérance, pour former des personnes bien debout et professionnellement responsables. »

Mgr Durhône a également plaidé pour la fraternité des écoles catholiques, notamment à travers des activités communes. Il a invité à continuer à faire de Saint Mary’s West une étoile qui brille. « Former des personnes debout dépend de chacun de nous, de la manière dont nous nous investirons, pour que le collège brille comme une étoile, dans notre système éducatif », a-t-il dit.

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Cardinal Maurice E. Piat : « Une autre étape s’ouvre avec beaucoup d’espoir »

Le cardinal Maurice E. Piat a témoigné que le collège Saint Mary’s West a vu le jour après le Synode, tout comme trois autres collèges, Saint-Esprit Rivière-Noire, BPS Fatima et Collège Lorette de Bambous Virieux.

Il a précisé que ce n’est pas une décision prise par une personne. « Il y a eu 250 personnes qui ont voté. Ce sont les représentants de tout le diocèse qui ont voulu qu’il y ait ce collège. Je rends grâce à tous ceux qui ont participé. Beaucoup de personnes ont mis la main à la pâte. Je n’omettrai pas des personnes du gouvernement. En particulier deux ministres, à savoir Kadress Pillay et Rama Sithanen. Sans leur aide nous n’aurions pas pu faire ce que nous avons fait. Je voudrais aussi les remercier », indique-t-il.
Le cardinal Piat a ajouté qu’après ce parcours de 25 ans, une nouvelle étape commence pour le Saint Mary’s West. « C’est une autre étape qui s’ouvre avec beaucoup d’espoirs. Je vous souhaite de marcher ensemble pour la prochaine étape. Pour pouvoir s’écouter, se comprendre, collaborer et avancer ensemble », dit-il.

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