Pour Adi Teelock de Platform Moris Lanvironnman entre patriarcat, pauvreté multidimensionnelle et précarité dans le secteur informel, les avancées ne seront durables que si une politique globale et cohérente prend enfin en compte toutes les dimensions de la vie des femmes.
Le 8 mars, on célèbre la femme. D’accord. Mais parlons réalité.
Il y a encore beaucoup à entreprendre encore pour faire avancer les droits des femmes tant les causes de la situation sont multidimensionnelles et profondes. Dans le système patriarcal qui est le nôtre, ce sont les hommes qui façonnent les structures économiques et sociales, l’ordre social, et dictent les lois et les règles. Nous vivons aussi dans un système économique profondément inégalitaire qui touche tant les femmes que les hommes. La conjoncture de ces deux systèmes de domination et d’oppression met les femmes des couches au bas de l’échelle dans une position de très grande vulnérabilité. A ajouter au tableau le fait que notre société est encore marquée par l’esclavage et l’engagisme ; on le voit, entre autres, à travers l’expression de préjugés et des pratiques discriminatoires.
Face à cet état des choses, il faudrait, pour avancer de façon significative, en être d’abord conscient afin de définir une politique globale et une stratégie à plusieurs axes qui s’adressent à tous ces aspects de la situation.
Les discours, c’est bien. Mais dans la vraie vie, qu’est-ce qui ne fonctionne toujours pas pour les femmes à Maurice ?
Par exemple, il peut exister des lois qui protègent les droits des femmes en matière d’emploi, mais une part importante des femmes qui travaillent ne sont pas des employées et se trouve dans ce que l’on appelle de secteur informel. Elles sont en situation précaire pour plusieurs raisons liées à leur condition de femme : pas de certificat d’étude, pas de formation, parce qu’elles doivent s’occuper du ménage et de la famille, ont un parent/conjoint/enfant malade de longue durée ou en situation d’handicap, ou tout cela à la fois. Quelle doit être la politique ciblée envers ces femmes-là ? Et quelles sont les structures et mesures qui doivent être mises en place pour qu’elles ne soient pas laissées pour compte ?
Il existe aujourd’hui une prise de conscience sur la pauvreté multidimensionnelle, c’est-à-dire celle qui définit la pauvreté non seulement par le manque de revenus mais aussi par des privations simultanées dans des domaines essentiels comme la santé, l’éducation et le niveau de vie (logement, eau, électricité). A Maurice, bien qu’il existe des systèmes de santé et d’éducation publics, les structures souffrent de manque de ressources humaines et financières, et les systèmes privés sont favorisés. L’accès au logement devient plus difficile en raison de la flambée des prix causée par une politique tout azimut de développement immobilier. Les quartiers périphériques des villes ainsi que des villages souffrent de problèmes de transport et d’approvisionnement en eau déficitaire. Dans toutes ces situations, ce sont les femmes à faible revenu qui sont les plus affectées.
Sans une politique globale et cohérente, les avancées ne seront que minimes et parcellaires.

