La proximité Beegoo/Thomas dénoncée comme préjudiciable à la gestion claire de la compagnie aérienne nationale
Situation qui complique la mission du CEO Viljoen et du Président Megh Pillay
En ce début d’année 2026, les employés de Air Mauritius dressent un constat sombre de la situation de la compagnie nationale. Longtemps tenus à l’écart du débat public, ils sortent aujourd’hui de leur réserve et contestent ouvertement le discours qui les désigne, depuis des années, comme responsables des difficultés de l’entreprise.
À travers leurs témoignages et les positions syndicales, une autre lecture de la crise se dessine : celle d’une compagnie déjà fragilisée avant la pandémie, minée par des choix stratégiques contestés et des pratiques de gouvernance qui continuent d’alimenter un malaise profond en interne. Alors que le Paille-en-Queue demeure en situation critique, les employés rappellent qu’ils restent le principal pilier de la continuité opérationnelle et posent, en filigrane, la question de la responsabilité réelle dans l’avenir d’Air Mauritius.
Lorsque la pandémie de Covid-19 a frappé l’aviation mondiale, la majorité des compagnies aériennes ont subi un choc sans précédent. À Maurice, Air Mauritius abordait cette crise dans un état déjà dégradé, après plusieurs années de difficultés financières et organisationnelles.
Flotte réduite, perte de repères
La mise sous administration volontaire, décidée en 2020, a eu un impact direct et durable sur le personnel. Salaires de base ramenés à Rs 25,000, suppressions d’allocations, licenciements et départs forcés à la retraite ont profondément affecté les employés, plongeant de nombreuses familles dans la précarité et l’incertitude. Ces sacrifices, soulignent-ils, ont été consentis sans que les causes structurelles des difficultés ne soient réellement corrigées.
Dans le cadre de la restructuration, la flotte nationale a été réduite par la vente de plusieurs appareils, une décision présentée comme indispensable à la survie de la compagnie. Pour les employés, cette réduction a surtout renforcé le sentiment d’un affaiblissement durable de Paille-en-Queue, symbole historique du transport aérien mauricien.
Alors qu’à l’international, la reprise post-Covid s’est traduite par un rebond rapide du trafic et, dans certains cas, par des primes et mesures de reconnaissance envers les salariés, le redressement d’Air Mauritius apparaît plus lent. Cette situation alimente incompréhension, frustration et perte de confiance dans le personnel.
Malgré l’arrivée d’un nouveau gouvernement et la nomination d’une nouvelle équipe dirigeante, la situation de la compagnie demeure fragile. La direction met en avant des économies estimées à Rs 1,1 milliard, mais, sur le terrain, les employés estiment que les changements concrets tardent à se matérialiser dans les opérations quotidiennes.
Les syndicats évoquent la persistance de réseaux décisionnels et de méthodes de gestion héritées du passé, renforçant le sentiment que les causes profondes de la crise n’ont pas été pleinement traitées.
Beegoo–Thomas : des relations qui continuent de troubler l’opérationnel
Les préoccupations des employés se cristallisent particulièrement autour de certaines relations héritées de l’ancienne gouvernance, notamment durant l’ère de Kishore Beegoo. Selon des employés syndiqués, les liens entretenus avec Dass Thomas continueraient d’exercer une influence sur le fonctionnement interne de la compagnie.
Le rôle de Dass Thomas, qui disposerait d’un bureau au Paille-en-Queue Court, intrigue fortement le personnel. Sa présence régulière aux côtés de l’ancien chairman, notamment lors de rencontres à Cargotech, est ouvertement questionnée. Pour les employés, ces relations alimentent un flou persistant dans la chaîne de commandement et brouillent les responsabilités, en particulier dans la gestion opérationnelle.
Cette situation aurait des répercussions concrètes sur l’organisation du travail. Des cadres opérationnels, dont Megh Pillay, se retrouveraient au cœur d’un système où les lignes hiérarchiques apparaissent brouillées, compliquant la prise de décisions claires et cohérentes.
Dans ce contexte, la position du Chief Executive Officer, André Viljoen, est décrite par les représentants du personnel comme particulièrement délicate. Selon eux, le CEO serait confronté à une situation interne peu lisible, où des réseaux issus de l’ancienne gouvernance limiteraient sa marge de manœuvre et ralentiraient la mise en œuvre des réformes attendues.
Les employés estiment qu’une clarification rapide des rôles et des responsabilités est indispensable pour permettre à la direction actuelle d’exercer pleinement son autorité et de restaurer une gouvernance efficace.
La parole du terrain et l’alerte syndicale
Si Air Mauritius poursuit aujourd’hui ses opérations, rappellent les employés, c’est avant tout grâce à leur engagement quotidien. Malgré un contexte difficile, le personnel navigant, les équipes techniques, les agents au sol et les cadres intermédiaires continuent d’assurer la continuité du service avec professionnalisme et sens des responsabilités.
Du côté syndical, Radhakrishna Sadien, représentant des employés, souligne que cette ambiguïté persistante dans la gouvernance nuit directement à l’efficacité opérationnelle et entretient un profond malaise parmi le personnel. Il rappelle que les employés attendent une rupture claire avec les pratiques du passé, une mise à plat des relations héritées de l’ère Beegoo et une clarification du rôle réel de Dass Thomas et des cadres associés à cette période.
Les organisations syndicales estiment que l’avenir d’Air Mauritius dépendra largement de la capacité de la nouvelle direction à rétablir un climat de confiance interne, à reconnaître le rôle central du personnel et à améliorer concrètement ses conditions de travail. À défaut, préviennent-elles, la compagnie nationale risque de se réduire à une entité symbolique, privée de l’adhésion et de l’engagement de celles et ceux qui la font fonctionner au quotidien, compromettant toute tentative de redressement durable.

