Une nouvelle dynamique syndicale s’installe au sein d’Air Mauritius (MK). La semaine dernière, quatre syndicats représentant le personnel ont annoncé la création de l’Air Mauritius Common Platform (AMCP). Cette initiative vise à parler d’une seule voix dans les négociations portant sur la révision salariale et les conditions de travail post-Covid-19, notamment.
La nouvelle plateforme regroupe l’Air Mauritius Staff Association (AMSA), l’Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA), la Union of Employees of Air Mauritius Ltd (UEAM) et la Private Transport Employees Union (PTEU). Selon Radhakrishna Sadien, négociateur de la plateforme, « nous avons des raisons de croire que la situation de la compagnie s’est améliorée et qu’il est désormais temps de revoir les conditions de travail des employés, après les sacrifices consentis durant la période sombre. »
Salaires et sous-effectif
Faisant ressortir que la crise sanitaire avait entraîné des réductions salariales importantes pour de nombreux employés, l’AMCP réclame que la révision salariale prenne effet à partir de juillet 2025. Elle conteste de même que toute modification des conditions de travail ne s’applique qu’à la signature d’un nouvel accord collectif. Les syndicats insistent par ailleurs pour que les négociations se basent sur le rapport de 2018, et non sur celui établi par l’administrateur volontaire.
Autre point soulevé celui du sous-effectif qui demeure un problème majeur, notamment dans les Ground Services, où le personnel a été réduit de moitié depuis 2018. Vishal Gajeelee, président de l’AMSA, explique que « dans certains départements, nous étions 15. Aujourd’hui, nous travaillons avec la moitié des effectifs. Plusieurs départs survenus durant la pandémie n’ont jamais été compensés. »
Les syndicats dénoncent de même le recours à des consultants rémunérés entre Rs 200 000 et Rs 500 000, alors que des postes permanents restent vacants. La pression sur le personnel augmente et des sanctions sévères frappent désormais des erreurs mineures.
Gouvernance et transparence
Radhakrishna Sadien pointe un problème de gouvernance : « Un membre du conseil d’administration mène actuellement les négociations pour la signature de l’accord collectif, ce qui, selon des observateurs syndicaux, constitue un risque de conflit d’intérêts. » La plateforme réclame transparence totale sur les rapports financiers et la stratégie de la compagnie, jugés insuffisamment communiqués. Les syndicats dénoncent par ailleurs une tentative de division du personnel et un manque de clarté dans la gestion interne.
Direction et management
Le personnel accueille favorablement l’arrivée du CEO André Viljoen et du président d’Airports of Mauritius Holdings Ltd, Megh Pillay. « Le nouveau CEO connaît bien l’aviation et Air Mauritius. Megh Pillay est un fin professionnel qui a toujours instauré un “Feel Good Factor”. Si ces deux personnalités travaillent ensemble, Air Mauritius sortira gagnante »,estime Radhakrishna Sadien. Pour les syndicats, la présence de dirigeants expérimentés est un atout, mais elle ne dispense pas la compagnie de définir une stratégie claire et de garantir la transparence dans ses décisions, éléments essentiels pour la reprise et la pérennité de MK.
Dialogue avec le GM et stratégie aérienne
La création de l’AMCP intervient alors que plusieurs compagnies étrangères, dont Qatar Airways et Ethiopian Airlines, demandent des droits d’atterrissage à Maurice. Les syndicats veulent comprendre l’impact de ces développements sur le personnel et insistent sur la nécessité d’un plan stratégique clair pour Air Mauritius et le secteur aérien mauricien.
Krish Sunnasy, secrétaire général de la Federation of Progressive Unions, précise : « Nous voulons proposer des idées pour une politique d’aviation clairement définie, avec un rôle précis pour MK. Les travailleurs doivent pouvoir s’exprimer sur les décisions. » Yasdev Ramlagan, autre membre de la plateforme, appelle à l’élaboration d’un business plan à long terme, visant à positionner Air Mauritius parmi les compagnies les plus performantes en Afrique.
Valorisation de la main-d’œuvre locale
Les syndicats réclament également une meilleure valorisation de la main-d’œuvre locale et un traitement plus équitable des employés permanents par rapport aux consultants et expatriés. Selon eux, la compagnie ne doit pas dépendre uniquement des consultants et doit renforcer son personnel permanent pour garantir le service et la pérennité de MK.
Dès lors, la plateforme sollicite une rencontre avec le Premier ministre Navin Ramgoolam, le Deputy Prime Minister Paul Bérenger, ainsi que les ministres Richard Duval et Ashok Subron, afin d’évoquer la révision salariale, le sous-effectif et la stratégie à long terme de la compagnie. En unissant les syndicats, la plateforme AMCP, qui marque un tournant dans les relations industrielles à Air Mauritius, cherche avant tout à défendre les droits des employés, en s’assurant que leurs revendications soient entendues et respectées. Elle entend également garantir la transparence dans la gouvernance, notamment sur les rapports financiers et les décisions stratégiques de la compagnie. Selon les représentants syndicaux, cette démarche constitue une étape essentielle pour garantir un avenir équitable et durable à l’ensemble du personnel d’Air Mauritius.

