AVC, infarctus… pourquoi les couche-tard sont-ils plus exposés ?

Se coucher régulièrement vers 2 heures du matin n’est pas seulement une habitude sociale ou professionnelle : cela pourrait s’accompagner d’un surrisque cardiovasculaire mesurable. C’est la conclusion d’une vaste étude britannique publiée en janvier dernier dans le Journal of the American Heart Association, qui établit un lien statistique entre chronotype tardif et dégradation de la santé du cœur et des vaisseaux, avec un impact particulièrement marqué chez les femmes.

Les chercheurs de l’Université de Birmingham ont analysé les données de la cohorte UK Biobank afin d’évaluer l’influence du chronotype — c’est-à-dire la préférence naturelle d’un individu pour des horaires de sommeil et d’éveil matinaux ou tardifs — sur les indicateurs de santé cardiovasculaire.

- Publicité -

Plus de 300 000 adultes suivis pendant 14 ans

L’échantillon comprenait plus de 300 000 adultes, âgés en moyenne de 57 ans au moment de l’inclusion, avec une période de suivi d’environ quatorze ans. Les participants ont été classés selon leur profil : « du matin », « intermédiaire » ou « du soir ». Environ 8 % se déclaraient clairement « du soir », avec des heures de coucher situées autour de 2 heures du matin.

- Publicité -

Des scores cardiovasculaires nettement moins favorables

Les résultats montrent une différence significative entre les profils. Les personnes se définissant comme « du soir » présentaient des indicateurs cardiovasculaires globalement plus dégradés que les autres groupes. Concrètement :

- Advertisement -
  • leur probabilité d’obtenir un score de santé cardiovasculaire globalement médiocre était supérieure de 79 % par rapport aux profils intermédiaires ;
  • leur risque de survenue d’un infarctus du myocarde ou d’un accident vasculaire cérébral au cours des quatorze années suivantes était majoré de 16 % ;
  • à l’inverse, les profils « du matin », se couchant vers 21 heures, présentaient un risque inférieur de 5 % comparativement au groupe intermédiaire.

L’écart observé apparaît plus marqué chez les femmes que chez les hommes. L’évaluation reposait notamment sur un score global intégrant huit paramètres reconnus comme déterminants pour la santé cardiovasculaire : tabagisme, qualité et durée du sommeil, activité physique, alimentation, indice de masse corporelle, glycémie, cholestérol et tension artérielle.

Un rôle déterminant des comportements de santé

Les auteurs soulignent que l’horaire tardif, à lui seul, n’explique pas l’ensemble du phénomène. Environ 75 % du surrisque cardiovasculaire observé chez les profils « du soir » serait lié à des habitudes de vie moins favorables.

Parmi les facteurs identifiés :

  • le tabagisme représente 34 % du poids global du risque ;
  • un sommeil de moindre qualité compte pour 14 % ;
  • une glycémie élevée pour 12 % ;
  • un excès pondéral pour 11 % ;
  • une alimentation moins équilibrée pour 11 % ;
  • une activité physique insuffisante contribue également à la dégradation du score.

Les chercheurs constatent que les couche-tard cumulent plus fréquemment ces facteurs : ils fument davantage, dorment de manière plus irrégulière ou insuffisante, pratiquent moins d’activité physique et présentent plus souvent un surpoids.

Désalignement biologique et « jetlag social »

Au-delà des comportements, l’étude rappelle que le chronotype s’inscrit dans le fonctionnement de l’horloge biologique. Celle-ci régule le métabolisme, la pression artérielle, la sécrétion hormonale et la réponse au stress. Le décalage entre les rythmes biologiques internes et les contraintes sociales — phénomène parfois qualifié de « jetlag social » — peut entraîner une désynchronisation des processus physiologiques. Ce désalignement est susceptible d’affecter la régulation du glucose, des lipides et de la tension artérielle. Les analyses indiquent également qu’une forte irrégularité des horaires de sommeil, même en cas de durée suffisante, est associée à une augmentation de 26 % du risque d’événement cardiovasculaire.

Une vulnérabilité accrue chez les femmes

L’étude met en évidence un impact plus prononcé chez les femmes. Les profils féminins « du soir » présentent des scores cardiovasculaires plus défavorables que leurs homologues masculins. Les auteurs ne concluent pas à une causalité spécifique, mais soulignent la nécessité d’intégrer cette dimension dans les stratégies de prévention.

Une part de risque modifiable

Pour Kristen Knutson, membre de l’American Heart Association, ces données indiquent que « le risque accru de maladies cardiaques chez les personnes “du soir” est en partie dû à des comportements modifiables comme le tabagisme. Par conséquent, elles ont la possibilité d’améliorer leur santé cardiovasculaire en modifiant leurs comportements ».

Le chronotype comporte une composante génétique, certaines variantes influençant la sécrétion de mélatonine et les rythmes hormonaux. Néanmoins, l’étude souligne que la majorité du surrisque observé repose sur des facteurs comportementaux susceptibles d’être ajustés.

Des axes de prévention clairement identifiés

Les chercheurs identifient plusieurs leviers d’action pour les profils tardifs :

  • adopter une alimentation équilibrée et régulière ;
  • limiter ou arrêter le tabagisme ;
  • instaurer des horaires de sommeil aussi réguliers que possible, même s’ils restent décalés ;
  • pratiquer une activité physique adaptée et régulière ;
  • surveiller les paramètres biologiques clés : tension artérielle, cholestérol et glycémie.

L’étude ne démontre pas que se coucher tard provoque directement un infarctus ou un AVC. Elle établit une association statistique robuste entre chronotype tardif, accumulation de facteurs de risque et augmentation des événements cardiovasculaires sur le long terme.

Ces résultats invitent à considérer le rythme veille-sommeil comme un déterminant de santé à part entière. Chez les personnes « du soir », en particulier les femmes, l’attention portée aux comportements cardiovasculaires apparaît comme un enjeu central de prévention.

En bref

  • Les profils « du soir » (8 % des participants, coucher vers 2 heures) présentent un risque accru de 16 % d’infarctus ou d’AVC et 79 % de probabilité supplémentaire d’avoir un score cardiovasculaire défavorable (< 50/100).
  • À l’inverse, les profils « du matin » (coucher vers 21 heures) affichent un risque réduit de 5 %.
  • Environ 75 % du surrisque des couche-tard s’explique par des facteurs modifiables, principalement le tabagisme (34 %), la qualité du sommeil (14 %), la glycémie (12 %), le poids (11 %) et l’alimentation (11 %).
  • L’association est plus marquée chez les femmes.
  • L’amélioration des comportements de santé (sommeil régulier, arrêt du tabac, activité physique, alimentation équilibrée, surveillance tension/cholestérol/glycémie) est identifiée comme levier de réduction du risque.

Andropause : quand le corps envoie des signaux que l’on ne doit plus ignorer

Fatigue persistante, prise de poids inexpliquée, humeur en berne, bouffées de chaleur… Si ces symptômes évoquent souvent la ménopause, ils peuvent aussi signaler un phénomène masculin encore trop méconnu : l’andropause.

Contrairement aux idées reçues, l’andropause n’est pas une simple « ménopause masculine ». La ménopause touche toutes les femmes et survient brutalement ; l’andropause, elle, correspond à une diminution progressive de la testostérone, qui n’affecte pas tous les hommes de la même façon ni au même âge. Elle n’est ni systématique ni inéluctable.

Un phénomène fréquent mais discret

Cette baisse hormonale peut apparaître dès la quarantaine pour certains, mais se manifeste plus généralement vers 50 ou 60 ans. Selon les études, jusqu’à 50% des hommes pourraient être concernés. Pourtant, longtemps réduite à une question de sexualité, l’andropause reste largement ignorée, notamment en médecine générale, où ses symptômes sont souvent attribués au vieillissement ou au stress.

Les signes à repérer sont multiples :

  • fatigue chronique persistante,
  • prise de poids inexpliquée,
  • troubles de l’humeur et irritabilité,
  • bouffées de chaleur,
  • baisse de la libido et qualité des érections.

Des facteurs comme le diabète, l’obésité, l’insuffisance rénale chronique, certains traitements ou le stress peuvent favoriser l’apparition du déficit en testostérone.

Un diagnostic simple, mais trop souvent négligé

Le dépistage repose sur deux éléments :

Des symptômes cliniques évocateurs,

  • Un dosage sanguin de testostérone, réalisé le matin, moment où le taux est naturellement le plus élevé.
  • Un taux abaissé confirmé à deux reprises, à un mois d’intervalle, permet de confirmer le diagnostic.
  • Pourtant, faute de sensibilisation, de nombreux hommes vivent avec ces symptômes sans jamais en parler.

Des solutions existent

Pour les hommes présentant un déficit avéré et sans contre-indication, le traitement hormonal substitutif par testostérone peut améliorer significativement la qualité de vie. Disponible sous forme de gels quotidiens ou d’injections, il agit progressivement et doit être suivi médicalement par un endocrinologue ou un urologue.

Quand consulter ?

Dès lors que la fatigue devient inhabituelle, que le moral baisse, que la libido s’éloigne ou que des bouffées de chaleur apparaissent, il est recommandé d’en parler à son médecin traitant. Le dialogue et le dépistage permettent de ne plus banaliser ces symptômes et d’accéder à une prise en charge efficace.

Au-delà de l’individu 

Au-delà de la question individuelle, l’andropause interroge notre rapport à la santé masculine, au vieillissement et au silence qui l’entoure encore trop souvent. Mieux informer, c’est permettre aux hommes de ne plus traverser seuls ces bouleversements discrets mais profonds, et de retrouver, parfois, un équilibre qu’ils croyaient perdu. Andropause : un sujet encore tabou mais qui concerne jusqu’à un homme sur deux. Mieux la connaître, c’est mieux vivre son âge.

 

EN CONTINU
éditions numériques